musicologie
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mardi 23 octobre 2018 —— Claude Charlier.

La dernière fugue inachevée de l’Art de la Fugue (BWV 1080/19)

Cet article sera le dernier hommage que je rendrai à J.S. Bach, je pense avoir assez écrit sur le « sujet ».

J’ai toujours été étonné par la hardiesse de certains musicologues et de certains interprètes qui se sont aventurés à terminer la dernière fugue de J.S. Bach.

Se prendre pour J.S. Bach n’est pas très évident et toutes ces tentatives de terminer l’œuvre ne sont pas suffisamment documentées.

Ainsi, on trouve de tout, de la résolution en quelques mesures proposée par G. Nottebohm à un accord parfait plaqué abruptement à la fin du contrepoint final que j’ai dû subir lors d’une exécution à l’orgue, en direct.

Mais dans l’ensemble on peut relever trois aspects négligés dans ces tentatives hasardeuses.

Il y a tout d’abord la brièveté de l’exercice. Il y a deux cent trente-quatre mesures exposées avant la réunion des trois sujets. À cet antécédent grandiose, bien souvent on n’oppose qu’un conséquent « maigrichon » d’une cinquantaine de mesures ce qui provoque un déséquilibre évident dans cette œuvre.

Le plus souvent ces compositeurs dénués de toute modestie ne proposent comme solution que quelques renversements des trois thèmes.

Enfin, il n’existe aucune relation, aucun lien, aucune analyse comparative avec une œuvre précédente qui pourrait servir de guide pour tenter d’approcher une résolution au problème.

Je ne tomberai pas dans le piège de réécrire la fin de cette œuvre. J’en suis parfaitement incapable, mais je vais tenter d’apporter une réponse qui me semble plausible et assez proche de la vérité.

Dans un contrepoint triple renversable, comme c’est le cas qui nous occupe ici, il y a six renversements possibles. Bach, quand il travaille intensément ce type d’écriture ne dépasse pas le nombre de quatre combinaisons. C’est le cas dans la neuvième Invention à trois voix (BWV 795) ou encore dans la quatorzième fugue du second livre du Clavier bien tempéré (BWV 883). En effet, le procédé deviendrait rapidement ennuyeux et le compositeur n’exploite jamais, pour cette raison, la totalité des renversements.

Mais cela manque aussi d’ingéniosité et n’est pas digne du talent de J.S. Bach.

J’écarte donc d’office une simple exposition des renversements des sujets pour terminer cette œuvre.

Il existe pourtant une fugue prémonitoire, la quatrième fugue du premier livre du Clavier bien Tempéré (BWV 849) qui peut nous apporter un élément de réponse pour résoudre le problème.

Il s’agit d’une fugue à trois sujets et lors de mon analyse de cette œuvre — à laquelle je renvoie le lecteur — j’ai bien exposé qu’elle anticipait la fugue finale de L’Art de la fugue.

Les sujets sont présentés d’une manière strictement identique. Un premier sujet très court de quatre notes, un second sujet très long et enfin un troisième sujet très bref lui aussi.

En tous points, la même disposition des thèmes que dans le contrepoint dix-neuf !

Que fait le compositeur ? Après avoir combiné les trois éléments, J.S. Bach élimine le second sujet ce qui lui permet de terminer l’œuvre avec des strettes serrées sur le premier et le troisième sujet ! (voir mes. 94).

C’est bien évidemment cette hypothèse que je privilégie.

En effet, si J.S. Bach est très inventif il reprend bien souvent des techniques d’écriture expérimentées auparavant.

Ainsi, pour terminer cette pièce majestueuse, je proposerais d’abord une combinaison des trois sujets sur trois ou quatre renversements.

Ensuite, je présume que le compositeur aurait terminé l’œuvre en abandonnant le second sujet pour conclure avec des strettes intensives avec le premier et le troisième sujet. Exactement de la même manière que dans la quatrième fugue du Clavier bien Tempéré !

Je ne me suis jamais hasardé dans mes analyses à des considérations autres que strictement musicales. Mais ici, je pourrais tenter d’avancer une explication philosophique qui pourrait renforcer mon hypothèse.

L’œuvre se terminerait alors par un « mélange » de deux strettes.

Une strette sur l’intemporel (, la, sol, fa, sol, la ). Ce thème non rétrogradable signifiant la fin du parcours du compositeur (ma fin est mon commencement) en quelque sorte son entrée dans l’éternité, et une seconde strette sur son nom : le B. A. C. H., le côté temporel de l’artiste qui revendiquerait ainsi avec force la totalité de son œuvre !

Claude Carlier
23 octobre 2018

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