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Basilique de Saint-Denis, 8 juin 2016, par Frédéric Norac ——

Un requiem pré-Verdien : Requiem « à la mémoire de Bellini » de Donizetti

orchestre Millenium

C'est sous le signe de Rossini que Leonardo Garcia Alarcon a voulu placer son exécution du très rare Requiem « à la mémoire de Bellini » de Gaetano Donizetti, en donnant en guise d'introduction, la très curieuse Sinfonia sur des thèmes du Stabat Mater, hommage de Mercadante datant de 1843 qui s'amuse à y réorchestrer et à imbriquer dans une texture très originale les thèmes de Rossini dont trois seulement sont vraiment développés.

Pourtant, c'est bien plus souvent à Verdi qu'à Rossini que cette composition ambitieuse fait penser, notamment dans les parties chorales, d'un dramatisme très appuyé à grand renfort de percussions, de cuivres et de contrastes dynamiques, ou encore dans le fameux « Ingemisco » confié ici comme chez le maître de Busseto au ténor, à tel point que l'on peut se demander si ce dernier n'avait pas eu l'occasion d'entendre ou d'avoir accès à cette partition, composée en 1835 à l'annonce de la mort de Bellini et demeurée dans les tiroirs pour n'en ressortir qu'en 1870 afin de servir — ironie du sort — à la translation des restes du compositeur dans sa ville natale de Bergame. Si l'invention mélodique et la maîtrise de Donizetti surprennent et séduisent souvent, jamais le compositeur n'atteint vraiment au niveau émotionnel et à la puissance de son illustre successeur. Il est vrai que l'œuvre est restée inachevée — il y manque en effet, malgré ses dimensions importantes (presque une heure quinze), un Sanctus, un Benedictus et un Agnus Dei — et qu'elle ne possède pas cette structure dramatique susceptible de construire un véritable discours.

Les lacunes dans la composition expliquent sans doute que les deux voix féminines y soient réduites à jouer les utilités dans les ensembles tandis que la part du lion est réservée à la basse. Basse chantante, bien sûr, à l'italienne, car si les parties chorales renvoient souvent à la rhétorique traditionnelle de la musique d'église, avec au moins deux passages fugués, les parties solistes sont elles directement issues du répertoire lyrique. On ne s'en plaindra pas car, des quatre solistes, la basse biélorusse Nicolay Borchev possède une présence vocale magnétique. Voix superbement timbrée et projetée, au phrasé subtil, coloré et nuancé, chacune de ses interventions fait d'un coup monter la tension. Dans le duo (« Judex ergo ») qui les réunit, sa puissante carrure sonore écrase quelque peu la voix légère et presque transparente, du ténor suisse Fabio Trümpy, par ailleurs plutôt bien chantant. L'autre prestation majeure vient du chœur de Namur, splendide d'homogénéité et de variété de couleurs.

À la tête de son orchestre Millenium, Leonardo Garcia Alarcon frappe parfois un peu fort dans sa volonté de faire ressortir le dramatisme de l'œuvre mais se révèle partout ailleurs sensible à la pulsation particulière du belcanto et révèle au final une œuvre riche en beautés variées, sinon tout à fait aboutie.

Frédéric Norac
Saint-Denis, 8 juin 2016


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