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16 novembre 2016, par Jean-Marc Warszawski ——

Du piano russophile avec Philippe Guilhon-Herbert

Guilhon-Herbert

Philippe Guilhon-Herbert (piano), Tchaïkovski (Roméo et Juliette), Moussorgski (Tableaux d'une exposition), Stravinski (L'oiseau de feu). Calliope 2016 (CAL 1632).

Ce cédé présente un programme russophile des plus agréables et accessoirement particulièrement virtuose.

Tout commence ou finit avec « Les cinq », Moussorgski compris, qui décident vers les années 1870, une vingtaine d'années après les plasticiens, de se libérer de l'hégémonie des cultures française, italienne et allemande, pour se consacrer à un art inspiré par leur environnement et destiné à leurs concitoyens. Tchaïkovski, qui connaît bien la musique populaire ukrainienne, va se rapprocher d'eux par d'autres voies (et par son ami Balakirev). Il a besoin, lui, de la musique pour faire bouillir la marmite, il répond à des commandes officielles sabre et goupillon, et moins radical, tente de concilier le vin du classicisme et l'eau populaire. Il admet d'ailleurs que Moussorgski emploie un langage nouveau, mais un langage boueux. Les paysans, le peuple, c'est bien, mais pas de trop près. Vingt ans après la mort de Tchaïkovski, c'est à Paris que Stravinsky livre, après les coups de maître que furent les ballets L'Oiseau de feu et Petrouchka (1911), le monument de la modernité musicale, avec Le sacre du printemps, avant de rétropédaler pour ce qui est des explorations futuristes, tout en restant attaché aux idiomes russes, à Moussourgski et à Tchaïkovski, desquels il a arrangé plusieurs œuvres.

L'Oiseau de feu a été créé à l'Opéra Paris par les Ballets russes en 1910. Igor Stravinsky en a tiré une version pour piano fort difficile à rendre (ce n'est pas une version pour le travail des danseurs sans orchestre), et jusqu'en 1945, plusieurs suites pour orchestre. Philippe Guilhon-Herbert a retenu 3 tableaux sur les 14 que comporte ce ballet selon la version originale : le 10e, La ronde (khorovod) des princesses, du 13e, la Berceuse, et le dernier, Disparition du palais et des sortilèges de Kachtcheï.

Du drame de Skakespeare, Tchaïkovski a fait une « ouverture-fantaisie », sorte de forme sonate libre, d'après une idée de Balakirev, allant selon lui à l'essentiel du drame et nourrissant les thèmes de l'amour de la haine, de la mort. Sensible à la critique de ses amis, Tchaïkovski a révisé deux fois sa composition de 1869 : en septembre 1870 et en 1884. L'œuvre a été créée le 4 mars 1870 à Moscou (donc la première version). Il ne semble pas, selon la correspondance du compositeur, que cette œuvre ait rencontré un immense succès, mais les éditions Bote & Bock ont commandé à Carl Bial (arrangeur de quelques œuvres don Der fliegende Holländer de Wagner), une réduction pour piano qui a été éditée en 1871, à la demande de Nikolaï Rubinstein. C'est cette réduction que Philippe Guilhon-Herbert a retravaillée et amplifiée pour en « restituer le caractère tout à tour follement chevaleresque, amoureux et solennel ».

Quant aux Tableaux d'une exposition, écho à une vraie exposition des œuvres d'un architecte défunt, ami des « Cinq » et de Moussorgski on est dans la somptuosité harmonique et l'amplitude de ces thèmes carillonnants typiques de la musique russophile, qu'Arvo Pärt pense avoir réduite à son essence.

Philippe Guilhon-Herbert a étudié avec Michel Béroff, Denis Pascal, Jean-Claude Pennetier, resté partenaire de piano à quatre mains, Maria João Pires, Aldo Ciccolini. Il a obtenu les Premiers prix de piano, musique de chambre et accompagnement au Conservatoire national duperieur de Paris et à la Musikhochschule de Freiburg. Il est lauréat de plusieurs concours Dont celui d'Orléans et de l'Adcadémie Maurice Ravel. Plutôt dévoué à la musique du xxe siècle, il crée toutefois des œuvres de compositeurs d'aujourd'hui. Il a enregistré des œuvres d'Albéric Magnard (Hortus), de Reynaldo Hahn et de Claude Debussy (Continuo Classics), réunissant sur un même cédé des ennemis en musique, de Chopin et de Liszt (Artalinna). Il est compositeur et chef de chant.

plume 4 Jean-Marc Warszawski
16 novembre 2016

Récital de Philippe Guilhon-Herbert à l'Hôtel de Beauvais, Paris, 28 juin 2015, par Strapontin au Paradis.


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