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Dutilleux et la mairie de Paris : il faut sauver le soldat Girard

Complètement plantés à cause de leur rien savoir, de leur isolement social, les élus parisiens cherchent à sauver leur soldat Girard-maire-du-4e, qui a osé comparer le Résistant Henri Dutilleux au militant nazi Louis Ferdinant Céline. Emprêtrés dans leurs contradictions et désordres intellectuels pour justifier le refus de poser une plaque à la mémoire du grand compositeur, ils viennent de trouver un nouveau subterfuge pour éviter de reconnaître leur erreur.

On lira le texte diffusé par les services de presse de la maire de Paris, et au-dessous celui de Guy Krivopissko, Conservateur du Musée de la Résistance nationale.

Lire : Affaire Henri Dutilleux : fumisterie à la mairie de Paris

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Plaque en hommage à Henri Dutilleux : la Ville demande une expertise complémentaire

« Devant l'émoi suscité par la polémique autour d'un hommage dédié à M. Henri Dutilleux, musicien, né en 1916, décédé en 2013, la Ville de Paris tient à apporter les éléments suivants :

Chaque fois qu'un hommage à une personnalité, artistique, politique, historique, est demandé par un Elu, par la voie d'un vœu par exemple, ou par un groupe de personnes, la Ville de Paris a comme règle de saisir le Comité d'histoire de la Ville de Paris, commission indépendante constituée d'historiens, afin d'apporter une expertise scientifique et historique.

Lorsque l'avis est favorable, une délibération est soumise au vote du Conseil d'arrondissement, puis du Conseil de Paris.

Pour ce qui concerne M. Henri Dutilleux. l'avis rendu par le Comité d'Histoire de la Ville de Paris concluait à un avis favorable, mais donnait en son corps des éléments ambigus à propos de l'activité professionnelle de M. Henri Dutilleux durant la Seconde Guerre mondiale.

La Ville de Paris a donc décidé de surseoir à la rédaction de la délibération afin de demander des précisions qui clarifieront les activités de M Henri Dutilleux durant l occupation.

La Ville de Paris est dans l'attente de cette expertise complémentaire, et les conclusions qui seront apportées lui permettront de prendre une décision dans la clarté et dans la sérénité.

La Ville de Paris est dans son rôle, chaque fois qu elle rend hommage à une personnalité, de s'assurer de conseils argumentés et scientifiques, afin d'éviter toute polémique, et ce. quels que soient la femme ou l'homme honorés. »

Catherine Vieu-Charier
Adjointe à la Maire de Paris
En charge de la Mémoire et du Monde Combattant
Correspondant Défense


Henri Dutilleux le compositeur Résistant

Par Guy Krivopissko, Conservateur du Musée de la Résistance nationale —

Texte diffusé dans les réseaux sociaux

Henri Dutilleux, le compositeur résistant, était membre du comité d'honneur du musée de la Résistance nationale (MRN) aux côtés de l'écrivain résistant Jean Cassou, du cinéaste résistant Jean-Paul Lechanois, du philosophe résistant Vladimir Jankelevitch, de l'artiste résistante Madeleine Milhaud, du poète résistant Pierre Seghers, des peintres résistants Boris Taslitzky et Édouard Pignon, ainsi que des résistant(e)s Lucie et Raymond Aubrac, Renée Bédarida, Jacques Debu-Bridel, Vincent Badie, Georges Montaron, Pierre Sudreau, Christian Pineau, Louis Terrenoire, Charles Lederman, Joel le Tac, Hélène Langevin, Henri-René Ribière, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Jacques Piette, Gaston Cusin, Pierre Meunier, etc.

Une place justifiée qui honore le musée.

Avec son épouse la pianiste Geneviève Joy, résistante elle aussi, le 24 juin 2004, il présidait en l'église Saint-Eustache à Paris, le concert « Musiques résistantes, Musiques libérées » coproduit par le Musée de la Résistance nationale, le Musée du général Leclerc de Hautecloque et de la libération de Paris – Musée Jean Moulin et France musiques (Réalisation Karine Le Bail) pour le 60e anniversaire de la libération de Paris.

Le maire empêché, Christophe Girard, alors adjoint en charge de la culture et Odette Christienne en charge du monde combattant et de la mémoire, étaient à leurs côtés pour ce concert d'anthologie où furent jouées des œuvres de Jehan Alain, d'Elsa Barraine, de Francis Poulenc, de Georges Auric, de Manuel Rosenthal, de Darius Milhaud, de Louis Durey, de Claude Delvincourt, d'Henri Dutilleux mais aussi des œuvres du compositeur italien Mario Castelnuovo-Tedesco et du compositeur allemand Arnold Schönberg toutes écrites entre 1940 et 1945. L'élaboration de ce programme lui devait beaucoup : sa manière à lui de prolonger l'hommage à ses compagnons qu'avec Madeleine Milhaud ils avaient apporté le 9 mars 2001 au conservatoire de Champigny lors d'une d'une soirée d'hommage à Jean Cassou (animation : Marc Dumont, producteur à France Musiques).

La présence d'Henri Dutilleux au concert et au comité d'honneur du musée furent ses seules affirmations publiques de son engagement en résistance avec pour seul désir de témoigner de l'histoire méconnue du petit groupe de compositeurs et de musiciens qui, à l'exemple de tant d'autres patriotes engagés sur d'autres fronts résistants, avaient, par leur Art, continué la France, par leurs actes, contribué à sa libération et à sa renaissance.

L'histoire en résistance d'Henri Dutilleux et de ses compagnons est simple et courageuse.

Faisant suite à l'appel lancé, en mai 1941, par le Parti communiste français pour la constitution d'un « Front national de lutte pour la liberté et l'indépendance de la France » Elsa Barraine et Roger Desormière constituent le noyau fondateur d'un comité de « Front national des musiciens » en liaison avec Pierre Villon (dirigeant du Front national de lutte pour la liberté et indépendance de la France) et Louis Durey replié, alors, en zone non occupée.

En octobre 1941, un manifeste pour la profession est rédigé par Claude Delvincourt. Il paraît dans le numéro clandestin de L'Université libre aux côtés de ceux en direction des universitaires, des intellectuels de zone non-occupée, des médecins, des écrivains et des plasticiens. Autour de ce manifeste se regroupent entre l'automne 1941 et le printemps 1942 : Henri Dutilleux mais aussi Roland Manuel, Georges Auric, Francis Poulenc, Charles Munch, Manuel Rosenthal, Henry Barraud, Irène Joachim, Monique Haas, Marcel Mihalovici et Geneviève Joy. Leur devise « L'Art n'a pas de patrie, certainement. Mais les artistes en ont une ».

Autour du journal clandestin Musiciens d'Aujourd'hui dont le titre est dessiné par le plasticien André Fougeron, le groupe développe une résistance originale, spécifique sur plusieurs fronts. Musiciens d'Aujourd'hui tiré à 1 600 exemplaires, Le musicien patriote et une dizaine de tracts dénoncent l'aryanisation et la vassalisation de la musique réalisées par l'occupant et l'État français. Dans le même mouvement sont affirmées les positions éthiques à prendre par la profession et la défense du patrimoine musical français et celle des œuvres des compositeurs étrangers, notamment allemands, mis à l'index.

S'il doit, comme ses compagnons, consacrer une large part de son temps à des travaux alimentaires (notamment à des commandes de l'Etat français dont Forces sur le stade), tous font preuve d'une grande activité créatrice et de recherche. De nombreuses œuvres sont créées, notamment sur un répertoire de poésie clandestine, des travaux de musicologie sont entrepris. Ces créations ou des œuvres de contrebande sont jouées dans des concerts autorisés ou clandestins. Henri Dutilleux et ses camarades organisent et développent la solidarité envers leurs collègues juifs exclus (chefs de chant, danseurs, musiciens, électriciens, etc.) ou en exil (en premier lieu Madeleine et Darius Milhaud) : collectes ; planques des biens et des personnes ; fausses déclarations pour la perception des droits d'auteur (ceux de Jean Wiener par exemple), etc. Déjà en 1941, Henri Dutilleux s'était distingué en renvoyant, vierge avec pour seule inscription manuscrite « la honte ! » , à Alfred Cortot président du comité d'organisation professionnelle de la musique, le questionnaire officiel de l'Etat français pour « l'aryanisation » du monde musical.

Avec d'autres résistants, particulièrement Marie-Louise Böllmann-Gigout, militante de Défense de la France, s'organise la résistance au STO, l'aide aux réfractaires. En liaison avec Jean Rieussec, chef tapissier de l'Opéra de Paris et Camille Dézormes, dirigeants de groupes « Front national » à l'Opéra (orchestre et personnels) et dans les théâtres lyriques nationaux, le front économique et social n'est pas délaissé. Se mettent en place l'organisation des luttes contre le Comité d'organisation des entreprises du spectacle, la défense des conditions de travail et des salaires, l'indépendance des Arts du spectacle remis en cause par les accords passés entre la firme allemande « Continental » et la « Metro Goldwin Meyer », etc.

Le 18 août 1944, Henri Dutilleux et ses camarades se joignent à l'appel à la grève insurrectionnelle lancé par la Fédération clandestine des syndicats du spectacle. Un groupe de plus de cent FTP composé d'artistes et de techniciens de l'Opéra et des théâtres lyriques nationaux participe aux combats de la libération de Paris.

Dans le même temps, autour de Pierre Schaeffer, dans le studio d'essai clandestin de la radio, les compositeurs, et les musiciens du « Front national des musiciens », Henri Dutilleux, Manuel Rosenthal et Henry Barraud en tête, participent à la reconstruction et à la renaissance de la radio de la Libération : une radio de service public assurant l'enseignement et la diffusion de la culture.

Temps étrange où l'ignorance et l'oubli blanchissent sans murmure ceux qui se sont compromis au premier rang desquels Alfred Cortot et salissent ceux qui résistèrent.

Henri Dutilleux et Geneviève Joy de leur vivant auraient mérités la médaille de la Résistance et la reconnaissance de Justes parmi les nations, à titre posthume il revient à Paris et aux Parisiens d'exprimer leur reconnaissance d'avoir eu de tels artistes et de tels citoyens.

Guy Krivopissko

Conservateur du Musée de la Résistance nationale

Professeur d'histoire détaché

Co-auteur de la communication consacrée au Front national des Musiciens au colloque « La vie musicale sous Vichy » sous la direction de Myriam Chimènes, éditions Complexe

Co-auteur de Quand l'Opéra entre en résistance, les personnels de la Réunion des théâtres lyriques nationaux sous Vichy et l'Occupation, éditions l'œil d'or, 2007

Intervenant dans le film d'Emmanuel Roblin « Quand l'Opéra entre en résistance ».


Académie des beaux-arts : Respectons la mémoire d'Henri Dutilleux

Communiqué de presse de l'académie des beaux-arts, 19 mars 2015

L'Académie des beaux-arts fait part de sa consternation à la suite de la remise sine die d'une plaque commémorative du compositeur Henri Dutilieux sur l'immeuble de son domicile parisien du 12 rue Saint-Louis en l'Ile. Cette décision de report fait suite aux remarques apportées à ce dossier par Mme Tartakowsky, saisie en tant que Présidente du Comité d'histoire de la Ville de Paris pour avis consultatif. Le motif : Henri Dutilieux a signé unemusique du film « de propagande » en 1942, intitulée « Forces sur le stade ». S'il est avéré que le nom d'Henri Dutilieux figure au générique du film en question, et qui célèbre les vertus du sport, aucune preuve n'est apportée à un soutien quelconque au régime de Vichy d'Henri Dutilieux, comme le reconnaît d'ailleurs cette experte. Cette figure majeure de la musique française a fait preuve, bien au contraire, d'un soutien aux forces de la Résistance, comme son appartenance au Front National des musiciens l'atteste. Rappelons également que Dutilieux a mis en musique, pendant l'Occupation, des poèmes de Jean Cassou, grande figure de cette même Résistance. Après la Libération, Henri Dutilieux a occupé des fonctions de direction artistique au sein de la Radiodiffusion nationale pendant de nombreuses années, fonctions qui auraient été jugées nécessairement incompatibles avec une quelconque suspicion de collaborationnisme.

L'Académie des beaux-arts proteste vivement contre cette décision précipitée de la Mairie de Paris qu'elle juge injuste et insultante pour la mémoire de ce grand musicien internationalement reconu et respecté.

musicologie.org.


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ISSN 2269-9910.

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Mercredi 5 Août, 2026 17:35