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Les Éléments
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Les Éléments (Joël Suhubiette), Méditerranée sacrée. L'Empreinte digitale 2011. Il n'y a pas de musique sacrée, sinon ce qu'exprime notre manière de caractériser un répertoire qu'on associe à un culte ou a des croyances religieuses. Aucun culte, aucune religion ne livre de traité de composition ou d'interprétation aux artistes. D'autre part, on peut penser que la méditerranée — dont les civilisations originelles ne se cantonnent pas à ses abords géographiques d'origine — est plus diverse dans ses expressions musicales inspirées par l'imagination spirituelle ou religieuse, que celles dévoilées par cet enregistrement. Mais comment caractériser la magnifique musique gravée sur ce disque, qui, puisée dans des traditions, des langues, des époques diverses, sonne comme une seule et même tradition musicale, avec tout de même des éléments de cohérence, comme la présence de trois Repons de Gesualdo, deux œuvres de Rossi, contemporain de Gesualdo, de Victoria également au programme, d'une antiquité grecque et poésie arabe non pas d'origine, mais visitées par deux compositeurs contemporains ? D'abord par le goût et la sensibilité esthétique qui ont présidé au choix des œuvres, à leur interprétation et bien entendu à la qualité de l'ensemble vocal les Éléments. C'est une musique des ténèbres et des lueurs du jour, ambassades salvatrices — de ce point de vue, la pochette du disque est parfaitement expressive. Ces ténèbres, sources d'angoisse, résidence de démons, d'ombres menaçantes et de la mort, moment du sommeil qui rend la personne vulnérable et l'habite de rêves incontrôlables. Ce disque révèle une liturgie destinée à neutraliser les angoisses des ténèbres inconnues et dangereuses, tout en étant une incantation pour le retour de la lumière, comme l'était l'Office des ténèbres catholique des jours de Pâques et de la remontée des enfers, qui s'achevait, bougie après bougie, par le retour du soleil levant, reprenant cette symbolique d'un rituel juif, et peut-être remontant aux gardiens du feu des âges d'avant l'écriture. Ou comme dans Orfeu Negro, le magnifique film de Marcel Camus (d'après Orfeu da Conceição, de Vinícius de Moraes), quand à la fin, Oprhée fait se lever le jour avec un air de guitare, après en avoir charmé les monstres infernaux. C'est bien là les intentions de ce spectacle gravé en disque, où trois repons des ténèbres de Gesualdo — qui expia toute sa vie l'assassinat de son épouse, sont placées symboliquement aux plages 1, 3 et 6. Les œuvres de ce programme couvrent huit siècles de musiques jusqu'à aujourd'hui avec Alexandros Markeas ou Zad Moutalka (qui se tournent vers le passé arabe ou les évangiles), en passant par Giacinto Scelsi, leurs textes sont en hébreu, en arabe, en syriaque, en latin, en grec ancien, elles ont pour berceaux la Catalogne médiévale, l'Italie et l'Espagne de la Renaissance, les juifs Lombards du xviie. et l'envie d'artistes d'aujourd'hui. Jean-Marc Warszawski
1. O vos omnes. Répons des Ténèbres du Samedi Saint, Carlo Gesualdo (1560-1613) latin 2. Ave Maria. Three Latin Prayers Giacinto Scelsi (1905-1988) latin 3.O vos omnes. Tomâs Luis de Victoria (1548-1611) latin 4. Mèn èntè, Zad Moultaka (1967) sur un poème d'Hatlaj, arabe 5. Barechu, Salomone Rossi (1570-1630) hébreu 6. Jerusalem, surge. Répons des Ténèbres du Samedi Saint Carlo Gesualdo (1560-1613) latin 7-9. Trois fragments des Bacchantes,Alexandros Markeas (1965-) d'après Euripide, grec ancien 10. O virgo splendes. Extrait du Livre vermeil de Montserrat (anonyme xive siècle) latin 11. Kaddish. Salomone Rossi (1570-1630) prière des morts, hébreu 12. Aestimatus sum. Répons des Ténèbres du Samedi Saint, Carlo Gesualdo (1560-1613) latin 13. Crucifïxus a 8 voce. Antonio Lotti (1665-1740) latin 14. Lama Sabaqtani. Zad Moultaka (1967), « Les sept paroles du Christ », syriaque |