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Écorcheville Jules
1872-1915

Jules-Armand-Joseph Écorcheville, né à Paris 17 mars 1872, mort pour la France à Perthes-les Hurlus, 19 février 1915.

Il est le quatrième enfant de Charles Ernest Écorcheville (1828-1895), confiseur à Paris (16 rue pavée, dans le Marais), et de Julie-Nathalie Monthiers (1833-1893), fille d'un épicier de pontoise.

Il passe son enfance à Saint-Ouen-l'Aumône près de Paris.

Il suit les cours de César Franck de 1887 à 1890. Il est bachelier ès-lettres le 18 novembre 1891 (diplôme délivré le 12 février 1892).

Sa mère meurt le 16 avril 1893.

Il suit à la Sorbonne les cours de lettres des professeurs Augustin Gazier (1844-1922), spécialiste de Molière et de l'histoire du jansénisme, et d'Henri Lichtenberger, germaniste réputé à l'École des chartes.

Son père meurt le 18 avril 1894.

Julie-Nathalie Monthiers et Charles-Ernest Écorcheville.

Il est licencié ès-lettres le 31 octobre 1894 (diplôme délivré le 14 avril 1895).

Il consacre une partie de son héritage à rassembler des instruments anciens et une précieuse bibliothèque musicale qui est dispersée en 1920.

En 1899 il prend part à la fondation de la Société Internationale de Musique.

Le 18 mars 1904, à l'instigation de Lionel Dauriac, philosophe et musicographe, développant à la sorbonne des cours en rapport avec la musique (La psychologie dans l'opéra français. Alcan, Paris 1897 ; Rossini  : biographie critique. Henri Laurens, Paris 1906), la section française de la Société Internationale de musique est créée. Dauriac en est le président. Jaques Gabriel Prod'homme (1871-1956) en est le secrétaire. Prod'homme, élève aux Hautes Études de 1890-1894, achève ses études de philosophie et de musique en Allemagne. Jules Écorcheville est trésorier.

En 1904-1905,  il étudie au jeune Institut de musicologie de l'Université de Leipzig après du musicologue Hugo Riemann (1849-1919).

Jules  Écorcheville travaillant à sa thèse (et pour la photographie) en 1906, à son domicile parisienn eur Jean de Bologne.

Le 25 mai 1906, à Paris, il soutient deux thèses : Vingt Suites d'orchestre du XVIIe siècle français et De Lulli à Rameau - l'esthétique musicale (Fortin, Paris 1906) (diplôme délivré le 2 août 1906).

Avec Dauriac, Romain Rolland, Jules Combarieu, Maurice Emmanuel, il est l'un des premiers à introduire les sujets musicaux à l'Université.

Les Vingt suites sont une étude basée sur un manuscrit de Cassel, dont les musiques sont signées « G. D ». Écorcheville les attribue sans aucun doute à Guillaume Dumanoir, roi des violons. Cela est contesté par Tobias Norlind qui les attribue à Gustav Düben dans un article paru dans les « Sammelbände der Internationalen Musikgesellschaft » de 1906. Par la suite cette hypothèse est à son tour contestée par les musicologues allemands qui avancent le nom de Gerhard Diessener, membre de la chapelle de la cour de Kassel vers 1660.

Du 15 juin au 1er juillet 1906, il publie une étude Corneille et la musique dans le « Courrier musical ».

Le 4 juillet il épouse Madeleine Mathilde Ogier.

Madeleine Mathilde Ogier.

Du 25 septembre au 24 septembre de la même année il participe à Bâle au deuxième Congrès de la Société Internationale de Musique. Il y propose de fonder un bulletin français de la Société (S.I.M.).

Le premier numéro paraît le 15 janvier 1907, se substituant au « Mercure Musical » de Jean Mermold et Louis Laloy (la revue aura des contributions prestigieuses comme celles de Debussy et Ravel).

Par l'abondance et l'originalité de sa documentation, par son souci de tenir la balance égale entre les recherches d'érudition et les questions d'actualité, par son caractère artistique que soulignaient une élégante présentation typographique et de nombreuses reproductions photographiques, la S.I.M. se plaça d'emblée en tête des revues musicales de Paris et connut une brillante carrière.

Lionel de la Laurencie dans «Le tombeau de Jules Écorcheville»

Son fils Amédée Claude naît le Né le 9 août 1907 (décédé le 26 juin 1987).

Intéressé par les fonds musicaux anciens non inventoriés conservés à la Bibliothèque nationale, il obtient le Prix Jean Debrousse, et en 1908 l'Académie des Beaux Arts le charge de dresser la catalogue de ces fonds anciens. La même année il publie une partie de ses travaux sur l'histoire du luth (Le luth et sa musique. Dans «Bulletin français de la Société Internationale de Musique» février 1908). Le catalogue est publié de 1909 à 1914 en 8 volumes comptabilisant 2000 pages et 10.000 entrées thématiques.

Lors du congrès de la Société Internationale de musique tenu à Vienne du 25 au 29 mai 1909, il prononce une communication de méthodologie relative à son catalogage, et à la section histoire duex communications sur le luth : Sur les tablatures de luth conservées dans les bibliothèques parisiennes et Sur la Commission du luth.

En 1909, à l'occasion du centième anniversaire de la mort de Joseph Haydn, il commande une œuvre fondée sur le nom de « Haydn » à plusieurs compositeurs. Gabriel Fauré trouve cela ridicule, Maurice Ravel livre le Menuet sur le nom de Haydn.

Jules Écorcheville.

C'est au Congrès de Londres qui se tient du 19 mai au 11 juin 1911, alors qu'il est délégué par le gouvernement français, qu'il expose en séance pleinière ses idées sur l'internationalisme : L'internationalisme relève de l'intelligence et de la réflexion, tandis que le nationalisme et l'originalité s'appuient sur la spontanéité du sentiment. L'artiste se voit reconnaître tous les droits à la plus extrême singularité [...] le savant ne peut dégager de lois permanentes de l'art que par une entente internationale de l'érudition.

Le 14 novembre 1911, après la mort de Charles-Théodore Malherbe (1853-1911), compositeur, rédacteur en chef du Menestrel mais aussi Bibliothécaire de l'Opéra, Jules Écorcheville est élu à la présidence de la section parisienne de la S.I.M.

En août-septembre 1912, il est élu à la présidence de la Société Internationale de Musique. L'organiste et compositeur anglais Charles Donald Maclean en est secrétaire (depuis 1908) et Oskar von Hase (1846-1921), héritier en 1880 de la prestigieuse maison d'éditions musicales Breitkopf und Härtel, est trésorier

Sa fille Noëlle naît le 27 septembre 1912 (décédée 3 mai 1995).

Il est membre de la commission de bibliographie de la Sociéte Internationale de Musique, de la commission chargée de rédiger le Corpus Scriptorum de Musica et de la commission d'Iconographie musicale.

Il prend une part active à l'organisation du Congrès de la Société Internationale de Musique qui siège à Paris du 1er au 15 juin 1914.

Il est l'ami de compositeurs comme Debussy, Ravel ou Erik Satie qui lui dédicacent des œuvres ainsi qu'à son épouse Madeleine Écorcheville. Ils fréquentent son appartement parisien au 7 cité Vaneau.

Il projette un syndicat des professeurs de musique dont il rédige les statuts ainsi que la création d'une « Maison de la musique ».

Au moment de la déclaration de guerre de 1914, il est en vacances avec sa famille dans les alpes suisses, à Bürgenstock. Il revient en France pour s'engager comme combattant de première ligne. Lieutenant au 130e régiment d'Infanterie, il est blessé le 15 septembre 1914 lors de l'attaque d'un village sur le plateau de Morenval.

Jules Écorcheville en convelescence au Havre en 1914.

Son fils Gilbert naît le le 18 octobre 1914 (décédé le 12 juillet 2010).

Jules Écorcheville est tué lors d'une mission de reconnaisance le 19 février 1915. Son épopuse l'apprendra un mois plus tard. Sa citation à l'ordre de l'armée a été publiée dans le Journal officiel du 15 avril 1915. Peu avant de partir à la guerre il avait écrit à son épouse : « Nous partons en chantant la Marseillaise, nous reviendrons en chantant l'Internationale. »

Écrits

Bibliographie

Debeauvais Michel, Mémorial Ecorcheville. 2011

Documents

Lettre de Jules Écorcheville à son ami Émile Vuillermoz (critique et musicologue) datée du 10 septembre 1914

Je serai demain matin à 8 heures aux Invalides, en tenue de lieutenant d'infanterie et l'on me conduira, en auto, vers une destination encore inconnue mais en tout cas, dans l'armée active où j'ai pu me faire réintégrer. J'ai pensé qu'on m'avait trop souvent vu aux fauteuils d'orchestre au théâtre pour pouvoir prendre d'autres places à la grande représentation franco-allemande. Je fais partie de la huitième division du camp retranché de Paris, voilà tout ce que je sais.

Si je ne reviens pas, je vous recommande notre oeuvre, cher ami. Et surtout, si vous tenez à me faire plaisir dans l'autre monde, efforcez-vous de maintenir la concorde et l'harmonie entre les différents éléments qui vont se trouver en présence à ma disparition. Notre revue est faite de différentes pièces ajustées (Amis, S.I.M., etc.), qui tiennent en équilibre par miracle, quelques années de cohésion sont absolument nécessaires encore et c'est précisément cette concentration de nos différentes forces qu'il faudrait maintenir. En tout cas, il ne faudrait pas que ma disparition entraînât celle d'une oeuvre qui nous a coûté, à tous, tant de peine. N'est-il pas vrai ?

Après ces recommandations, cher ami, je pars joyeux et avide de faire mon devoir en répondant "présent" à l'appel. Quant à taper très fort, vous savez que ce n'est pas dans mon caractère mais j'emporte d'excellentes jumelles et j'applaudirai aux bons endroits. Ce que vous me dites des troupes qui se dégagent sans interruption me ravit : plus on est de fous, plus on rit et c'est bien le cas.

Ce qui me réjouit aussi, c'est de voir que cette guerre est le triomphe de l'internationalisme mondial sur le nationalisme de la Germanie aveuglée. Nous partons en chantant la Marseillaise, mais nous reviendrons en chantant l 'Internationale (S.I.M.) ! »

Lettre de Jules Écorcheville à Lionel de La Laurencie datée du 15 janvier 1915

Oui, mon cher ami, moi aussi, je suis très heureux de voir que nous pensons de même sur le fond de cette grave question de l'internationalisme.

Tous deux nous avons la prétention de ne pas nous en laisser imposer par les braillards, qui nous voudraient tenir enfermés dans les limites des "fortifs".

Pour moi, si je reviens, ce qui n'est pas sûr, je serai plus attaché que jamais à cette cause. D'abord, par une curiosité native, que je tiens pour absolument légitime ; puis, par nécessité, car j'estime que nos études ne seront utiles à l'humanité que si nous les poursuivons d'accord avec ceux qui s'y intéressent, et sur un plan plus général qui leur permette d'aboutir à un résultat logique et relativement rapide.

Ici, sur le front, nous ne partageons pas du tout le furor anti-teutonicus que la presse essaye d'inculquer au public. En contact avec l'ennemi, au courant de ses méthodes, de ses procédés, renseignés par ses prisonniers, nous voyons le pour et le contre. Nous n'excusons pas les horreurs, mais nous voyons les causes, là où on ne vous met sous les yeux que des effets.

Les Allemands font une guerre guerrière, nous la faisons humanitaire. Là où nous nous efforçons de voir un duel avec ses règles, ils n'ont vu qu'un coup de main d'autant plus sûr qu'il est plus brutal. Notre système est certainement plus près de la morale qui a écrit "tu ne tueras point", mais il est plus éloigné de cet état particulier où la force se substitue au droit, et où il s'agit précisément de tuer le plus et le plus vite possible. On ne s'entendra jamais, puisqu'il s'agit d'un côté d'un assaut d'armes et de l'autre, d'un assassinat. La raison ne peut rien, car la guerre est le recours des peuples quand la raison s'est tue».

Jean-Marc Warszawski
23 février 2005
Révision 1er novembre 2016

Remerciements au professeur Michel Debeauvais, petit-neveu de Jules Écorcheville, pour avoir motivé cette notice et fourni l'essentiel des informations. Michel Debeauvais, fondateur du département des sciences de l'éducation à l'Université Paris 8 est décédé le 13 décembre 2012 à l'âge de 91 ans.

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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2016

Mercredi 2 Novembre, 2016 1:47