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Paris, Musée Gustave Moreau, 26 janvier 2019 —— Frédéric Norac.

L’après Pelléas de Debussy : La chute de la maison Usher 

La chute de la maison Usher.  Musée Gustave Moreau janvioer 2019.

Il est tentant mais un peu risqué de vouloir compléter les œuvres inachevées, surtout quand elles émanent d’un grand compositeur comme Debussy dont l’unique opéra constitue une pierre miliaire du grand répertoire que lui-même semble n’avoir pas réussi à dépasser. C’est cette aventure qu’Olivier Dhénin a voulu tenter, à l’occasion du centenaire du compositeur, avec La chute de la Maison Usher, opéra en acte auquel Debussy travailla près de dix ans sans parvenir à en venir à bout.

À l’inverse de ses prédécesseurs1, il n’a pas voulu passer par une reconstitution musicologique mais il est reparti des fragments achevés et du livret et, pour leur donner une continuité dramatique, est allé puiser dans le riche fonds des préludes pour piano, élaborant de véritables mélodrames à partir des passages laissés sans musique. La partition a également été enrichie de deux mélodies peu connues de 1898, « les Nuits blanches », dont le texte est du compositeur et dont le climat et l'harmonie s’intègrent parfaitement. Le résultat est captivant et donne l’occasion d’apprécier les qualités de librettiste de Debussy, sans avoir à passer par une recomposition toujours un peu artificielle.

La seule réserve que nous ferons concerne le rôle de Lady Madeline dont il eût sans doute mieux valu respecter le caractère fantomatique plutôt que de vouloir lui donner un rôle actif dans le drame. Car, au fond, malgré les deux personnages de l’Ami et du Médecin qui ne sont que les témoins — au mieux les adjuvants du drame du personnage central — ce bref opéra n’est qu’un monodrame, celui de Roderick Usher, pris dans les tourments de sa psychose et hanté par le souvenir de sa relation quasi incestueuse avec sa sœur. En ce qui le concerne, la mélodie supplémentaire vient renforcer avec pertinence le magnifique monologue initial qui est le moment le plus prenant de l’œuvre, avec la montée en puissance finale de la tension lorsqu’il sombre dans la folie et semble lui-même provoquer l’effondrement de la demeure ancestrale.

Conçue initialement pour le Musée Jean-Jacques Henner, la production trouve un cadre idéal au milieu de l’univers symboliste des tableaux de Gustave Moreau. À peine si l’on regrette l’absence de lumières qui pourraient donner à l’ensemble, ici un peu à nu, un supplément de climat et de fascination. De la jeune distribution, on retiendra surtout le baryton de belle école, remarquablement expressif et investi dans le mélodrame comme dans les parties chantées, d’Alexandre Artemenko. Bastien Rimondi donne beaucoup de présence au personnage froid et inquiétant du médecin et on imagine assez bien l’Ami d’Olivier Gourdy comme une sorte de Pelléas dont Roderick serait le Golaud. Au delà de la difficulté de son personnage évanescent, ni morte ni vivante, l’articulation d’Anne-Marine Suire manque un peu de clarté et affaiblit l’impact de ses deux apparitions. Le piano d’Emmanuel Christien porte avec beaucoup d’engagement et un sens aigu de la progression dramatique les quarante cinq minutes de cet acte unique. Au final, si bien sûr la résurrection de cette œuvre inaboutie parait toujours aussi impossible, le concepteur et metteur en scène aura gagné son pari et permit d’entrevoir ce que Debussy n’a pas réussi à réaliser : un opéra qui aurait pu dignement succéder à son unique chef d’œuvre sans le contredire ni l’imiter. 

 

Frédéric Norac
2019

 

1. Il existe deux versions « achevées » de la partition, dont une, celle de Juan Allende Blin, a été enregistrée par EMI en 1984.

 

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Lundi 28 Janvier, 2019 3:52