musicologie
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Félix Clément, Histoire de la musique depuis les temps anciens jusqu'à nos jours. Librairie Hachette, Paris 1885.

CHAPITRE II

La musique chez les Égyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Arabes, les Persans, les Turcs, les Mandchoux, les Chinois et les Japonais.

La musique chez les Assyriens

Les relations qui ont existé entre l'Égypte et l'Assyrie ont acclimaté à Ninive et à Babylone plusieurs formes hiératiques similaires dont j'ai donné des exemples dans mon Histoire abrégée des beaux-arts [Histoire abrégée des beaux-arts chez tous les peuples et à toutes les époques, Paris, Didot, 1878]. Il en a été de même à l'égard des instruments de musique. Le bas-relief de Koyoundjik découvert dans les ruines de Ninive par M. Layard offre le spectacle intéressant d'une procession solennelle. On y compte vingt-six musiciens. Le premier en tête, qui semble être le chef, joue de la harpe. Deux musiciens le suivent; l'un joue de la double flûte, l'autre du santir, espèce de psaltérion à cordes métalliques, qu'il frappe avec une baguette, comme le trigone ou le kinnor ; viennent ensuite deux harpistes. Ces cinq personnages portenl seuls la longue barbe frisée. Ils sont suivis par quatre femmes harpistes et par deux autres, dont l'une joue de la double flûte et la seconde d'une petite timbale qu'on appelle encore maintenant en Égypte toubla. Les chanteurs sont reconnaissables à leurs battements de mains. Ils forment un chœur de neuf jeunes enfants, accompagnés et dirigés par six personnes imberbes, femmes ou eunuques. Ce qui ajoute encore à l'intérêl que cause la vue de ce bas-relief, c'est qu'il fournit la preuve qu'en dansant devant l'arche d'alliance, David n'a fait que se conformer à un usage hiératique. Il aurait pu le laisser remplir par les lévites, et ne pas s'exposer aux railleries de Michol, qui lui reprocha de compromettre sa dignité royale en se montrant à son peuple sous cet aspect ; il a préféré donner un exemple de son zèle pour la gloire du Très-Haut. Il semble même que Dieu ait voulu conserver à la musique ses hautes prérogatives dans la personne de David, en l'élevant de la condition de simple berger à celle de héros victorieux et de barde sublime, en faisant du vainqueur de Goliath un roi puissant et le plus grand poète lyrique du monde.

Dans le bas-relief qui nous occupe, les deux premiers harpistes et le joueur de santir ont la jambe levée en avant, tandis que tous les autres marchent très posément, ainsi qu'on le voit à la longueur uniforme de leurs robes persanes. Les trois premiers ont au contraire leur robe relevée jusqu'au-dessus du genou. Je crois qu'on ne peut se méprendre :

musique assurienne

ils dansent en avant du cortège de la même manière que David a dû danser devant l'arche. Mais pourquoi ces enfants ? où vont-ils ? en l'honneur de quelle divinité frappent-ils en cadence leurs petites mains ? Cette divinité, ne serait-ce pas Moloch, ce Saturne des Phéniciens, des Assyriens et des Chaldéens ? On frémit à la pensée qu'on a sous les yeux la représentation du cortège d'un sacrifice humain ; que ces neuf innocentes créatures vonl être enfermées dans la statue en bronze de cette idole colossale, et brûlées au bruit de ces harpes, de ces flûtes, de ces psaltérions, de ces chants, de ces applaudissements rythmés. Hélas ! comme le mot de saint Jérôme est vrai : « De tous les animaux, l'homme est le plus féroce ! »

Harpes assyriennesHarpes assyriennes.

Il est visible que les instruments de musique des Assyriens ont été empruntés par eux aux Égyptiens, aux Hébreux et aux Phéniciens. Parmi les instruments à cordes, on voit sur les bas-reliefs : une harpe à douze cordes, à l'imitation du nebel hébreu ; la sabecha, petit trigone à quatre cordes, qui est d'origine phénicienne ; un grand trigone à neuf cordes, comme le kinnor des Hébreux ; la cithare, qui avait de cinq à dix cordes, dont la provenance est égyptienne; le bissar, sorte de lyre accordée par quartes et par quintes : si, mi, la, , sol ; cet instrument est semblable au kinnor que les Hébreux captifs suspendaient aux saules qui bordaient le fleuve de Babylone, lorsqu'ils se rappelaient avec douleur les malheurs de Sion. Ninive nous offre encore un bas-relief représentant un musicien jouant du tanbourah, cet instrument à long manche conservé chez les Arabes.

Harpe assyrienne Harpe assyrienne (bas-relief du Musée britannique)

 

Psaltérions à 9 cordesPsaltérions à 9 cordes, psaltérion à 8 cordes

cithare à 5 cordesCithare, à 5 cordes, Cithare à 10 cordes.

 

kissarKissar ou lyre asyrienne, Tambourah, Flûte double de Tyr.

La flûte double, qui est d'origine phénicienne, et que les Hébreux appelaient nekeb, la machrokitah, qui n'est autre que la syrinx, enfin la trompette droite, sont les seuls instruments à vent dont on trouve des vestiges. Je dois y ajouter toutefois la soumponiah, qui me semble provenir de la Grèce, en raison de sa ressemblance de nom avec , symphonie ; c'est la cornemuse produisant des sons simultanés, que nous retrouverons en Italie, ainsi que je l'ai dit plus haut, sous le nom de tibia utricularis, et jusqu'en Écosse sous celui de pibrock.

trompetteTrompette, Tambour.

Pisantir ou psanterin, ou santirPisantir ou psanterin, ou santir, Cithares, tambour de basque, cymbales. (Bas-relief de Koyoundjik.)

Les instruments à percussion étaient le tambour rond et plat, le pisantir ou psanterin, instrument à cordes métalliques qu'on frappait avec une baguette, les timbales, les cymbales, appelées dans la Bible de ce nom imitatif tselzelim, et les sonnettes en bronze.

Le luxe des princes assyriens et des rois de Perse se complétait d'un nombre considérable de musiciens et de musiciennes, qui chantaient et jouaient de plusieurs instruments.

Daniel nous a laissé une description des fêtes en l'honneur des idoles, célébrées à Babylone. Dans les dessins des bas-reliefs assyriens publiés par Rawlinson, des harpistes ou des joueurs de santir sont toujours et partout, aux chasses royales, aux festins, aux sacrifices ; ils sont en petit nombre ; mais les auteurs signalent la présence de cent et cent cinquante musiciens et musiciennes dans les palais, pendant que les satrapes et les gouverneurs se livraient aux orgies babyloniennes.

Bas relief de Koyoundjilc. — Libations après la chasse aux lions.

Je crois que la musique à laquelle on avait recours pour accompagner ces débauches ne devait guère consister que dans des effets de sonorité et de rythme ; que l'intonation, la précision des sons, la composition mélodique n'entraient pour rien dans ce mélange de sensations d'un ordre inférieur. D'ailleurs, quelle était la condition de ces musiciens ? Les Orientaux, en particulier les Asiatiques, enclins à la mollesse et aux jouissances sensuelles, confiaient à des esclaves ou à des gens de basse condition le soin de charmer ou plutôt d'occuper leurs oreilles, s'accompagner d'un certain bruit les réceptions, les festins, leurs promenades, leurs rêveries. Ils se sont donné rarement la peine d'apprendre la musique. La paresse, l'orgueil, les préjugés ont maintenu longtemps un état de choses en réalité barbare, que la civilisation modifie peu à peu. Que de gens en Occident sont encore barbares sur ce point, et ne voient encore dans la musique qu'un moyen d'excitation au plaisir, qu'une distraction frivole, et maintiennent ainsi dans un rang trop abaissé les artistes qui les leur procurent.

 

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