musicologie

Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale : un parcours découverte.

Les sonates pour clavecin et flûte de Johann Sebastian Bach

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S'agissant des sonates où la flûte se trouve associée au clavecin, les musicologues nous invitent à la prudence, car certaines d'entre elles — les BWV 1020 en sol mineur, 1031 en mibémol majeur et 1033 en ut majeur — sont très sérieusement mises en doute et pourraient bien être dues (en partie tout au moins) à la plume de Carl Philipp Emanuel Bach. Mais on aurait tort d'en prendre prétexte pour les bouder car ce sont là des musiques hautement estimables.

Si l'on se concentre sur les œuvres dont l'authenticité ne fait aucun doute, l'attention se porte en premier sur les deux sonates pour flûte et clavecin BWV 1030 en si mineur et 1032 en la majeur, deux œuvres qui une fois encore relèvent du trio pour deux instrumentistes, une forme qui décidément convenait idéalement à la riche texture polyphonique et harmonique du langage musical de Bach. Toutes deux en trois mouvements (avec, hélas, un premier mouvement incomplet dans le cas de celle en la majeur), ces sonates sont certainement des œuvres de la grande maturité de Bach et, notamment pour la première, peuvent être classées avec la partita pour flûte seule parmi les joyaux de la littérature pour flûte.

Sonate en si mineur BWV 1030 (I. Andante), par Wilbert Hazelzet & Hendrik Bouman.

D'une moindre portée musicale, mais d'une immense séduction, les deux sonates pour flûte et basse continue BWV 1034 en mi mineur et 1035 en mi majeur, l'une et l'autre en quatre mouvements à l'italienne, méritent tout à fait la considération dont elles bénéficient de la part des flûtistes. Dans la première, on succombe chaque fois au pouvoir d'envoûtement de l'Adagio initial, « une des plus belles pages dédiées par Bach à la flûte, et l'une des plus lyriques de toutes les sonates. »101  Quant à la seconde, qu'on pense pouvoir dater du séjour que Bach fit à Potsdam, chez le roi de Prusse, au soir de son existence, on se plaît à y relever des éléments de style galant qui montrent que le musicien était, parfois, capable d'être de son temps.

Sonate en mi mineur BWV 1034 (I. Adagio), par Emmanuel Pahud, Trevor Pinnock & Jonathan Manson.

Enfin, on se gardera bien d'oublier la sonate en trio pour deux  flûtes et basse continue en sol majeur BWV 1039, version première de la sonate BWV 1027 pour clavecin et viole de gambe. Sans doute n'est-elle pas aussi souvent jouée que celle-ci ;  peut-être est-elle aussi un peu moins « achevée » dans certains détails ; mais on ne saurait être insensible au supplément de couleur qu'elle peut apporter, surtout dans ses deux mouvements lents.

Sonate en trio en sol majeur BWV 1039 (III. Adagio e piano – IV. Prest), par Emmanuel Pahud, Silvia Careddu, Trevor Pinnock & Jonathan Manson.

Notes

101. De Place Adelaïde,  dans Françoi-René Tranchefort (dir.), « Guide de la Musique de chambre », Fayard, 1998, p. 18.


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Samedi 22 Janvier, 2022