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Nicolas Stavy alkanise le grand auditorium de la Bibliothèque de France

 

21 novembre 2013, par Jean-Marc Warszawski ——

 

Nicolas Stavy Nicolas Stavy au grand auditorium de la BnF, 21 novembre 2013. Photographie @ musicologie.org.

Dans le cadre d'un colloque commémorant le bicentenaire de la naissance de Charles Valentin Alkan à la Bibliothèque nationale de France, Nicolas Stavy, habitué à donner son aux trésors sommeillant du lieu (voici deux ans, il l'avait déjà fait pour des œuvres d'Hélène de Montgeroult), était invité à mettre au programme d'un récital quelques pièces (certaines inédites) de ce mousquetaire du piano, avec Chopin et Liszt.

Nicolas StavyNicolas Stavy au grand auditorium de la BnF, 21 novembre 2013. Photographie © musicologie.org.

Alkan est un compositeur quelque peu boudé, surtout peu connu et encore très peu joué. Son personnage un peu énigmatique, voire hypocondriaque, la grande difficulté pianistique de ses pièces, en sont peut-être la cause. Son obédience religieuse juive, affirmée, joue certainement un rôle. On sait l'antisémitisme de l'époque, répandant l'idée que les juifs n'avaient aucun génie propre, sinon le talent de copier celui des autres. C'est même ce que défend dans le fond Alexandre de Bertha en 1909, qui en croyant bien faire, dans un long article relatant ses relations avec l'ombrageux pianiste, lui reproche rétrospectivement d'avoir été trop timide dans l'exploitation musicale de ses racines et de son génie propre. Il est vrai qu'à l'époque, on parlait du génie de la race française, italienne ou allemande, il devait donc bien en avoir un pour les Juifs, même si on ne pouvait en situer la nation ou la géographie.

En fait, si Alkan revendique sa religion, s'il lui dédie quelques œuvres, par les titres évocateurs ou des idiomes orientaux ou balkaniques, sa musique est bien ancrée dans la tradition française. Même étoffée par des vagues de difficultés virtuoses en tous genres, effets figuralistes compris, elle a toujours un fil chantant et rythmique de caractère populaire, voire de comptines.

Charles Velentin AlkanCharles Valentin Alkan.

Nicolas Stavy a eu la bonne idée de préparer un programme musical, non pas historique ou à justification littéraire comme il en est de mode aujourd'hui, en tentant de mettre en écho plusieurs compositeurs, et finissant par des pièces de virtuosité transcendantale, marque de fabrique du piano de Charles Valentin Alkan.

Le récital a été ouvert par une transcription inédite de la « Marche des Grands Prêtres », d'Alceste de Gluck par Alkan, mise en perspective avec en second morceau une étude d'Hélène de Montgeroult, quant à elle habitée par des idiomes beethovéniens. Comme un adieu au classicisme, avant d'entrer de pleins pieds dans la musique roturière (pas seulement bourgeoise) si mal nommée romantique.

Là Alkan va naturellement croiser Chopin, moins naturellement La mélodie hongroise de Schubert, sinon par les rythmes populaires, puis une barcarolle de Mendelssohn sera mesurée à une barcarolle d'Alkan.

C'est avec l'étude Alla-barbaro en fa majeur de 1857, un inédit d'Alkan qu'on amorce le long feu d'artifice final, suivi de l'aussi belle que redoutable étude pour la main gauche de Brahms sur la chaconne en mineur de Bach.

Le récital se termine par le nocturne no 3 opus 57 en fadièse majeur de 1859 d'Alkan — là on aurait aimé la confrontation avec Liszt — et toujours du même par une étude inédite en la mineur de 1840.

En coda, Nicolas Stavy nous offre, à la manière en fait d'une bonne conclusion littéraire, ouvrant le sujet sur la comparaison de deux nocturnes cousins, de Liszt et de Chopin.

Nicolas StavyNicolas Stavy au grand auditorium de la BnF, 21 novembre 2013. Photographie © musicologie.org.

 

Jean-Marc Warszawski
21 novembre 2013

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ISSN 2269-9910

Références / musicologie.org 2013

Dimanche 10 Juillet, 2016 23:48

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