musicologie
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8 mars 2008 — Jean-Marc Warszawski.

Raphaël Fumet : la musique de chambre

Raphaël Fumet, La musique de chambre. Les Solistes de l'Orchestre National de France. Le Nouveau Quatuor de Saint-Pétersbourg. Disque Musique et Esprit, 2008

 

Les Fumet, c'est une dynastie de musiciens, peut-être plus modestement une descendance : Dynam-Victor (1867-1949) et Raphaël (1898-1979), sont des compositeurs, et aujourd'hui Gabriel, est le flûtiste que beaucoup de mélomanes connaissent.

Dynam-Victor est un personnage singulier, qui repasse la direction de la musique du cabaret le Chat Noir, à son ami, le tout aussi singulier Erik Satie. Ses improvisations à l'orgue ont laissé une très forte impression, et ce que l'on peut entendre aujourd'hui de ses musiques est épatant. Il tiendrait son surnom, « Dynam », de son dynamisme. On peut aussi penser que ce « Dynam », c'est «dynamite », de sa période anarchiste. Il était ami avec de grandes figures de l'anarchie — ce qui lui coûta la disqualification au Grand Prix de Rome. Il y aura aussi une période occulte et alchimiste, où il se fera médium. Il accomplit l'essentiel de sa carrière à la tribune de l'église Sainte-Anne-de-la-Maison-Blanche, après avoir été chef d'orchestre en Amérique du Sud, avoir passé trois ans dans les Basses-Pyrénées, puis avoir été maître de chapelle au collège oratorien de Juilly. Il a deux fils : Stanislas (1896-1983), écrivain, est un important penseur du catholicisme, notamment sur les questions de l'art et de l'esthétique. Raphaël tient de son père le goût pour l'improvisation au piano ou à l'orgue, qu'il étudie avec César Franck (comme son père, qui en fut aussi l'assistant), et la composition, à la Schola Cantorum avec Vincent d'Indy. Grâce à ses facilités d'improvisateur, il est recherché pour accompagner les films, et participe à la vie du monde artistique parisien. Puis, durant une dizaine d'années, il est maître de chapelle à Juilly. En 1940, il s'installe définitivement à Angers, où il est professeur de piano et d'harmonie, au Conservatoire, et organiste de l'église Saint-Joseph. Le célèbre organiste Jean Guillou est l'un de ses élèves.

Si les dictionnaires de musique, comme « The new Grove Dictionary of Music and Musicians » ou « Die Musik in Geschichte und Gegenwart  » font une place à Dynamite-Victor, Raphaël, quant à lui, semble être hors les archives historiques, et c'est bien dommage. J'entends par « hors-histoire », le fait de ne pas intégrer, tant par la forme que par le fond, ce qu'on écrit des préoccupations d'une époque, d'être hors les débats qui façonnent l'idéologie, et dont on pourrait, pourtant, être un révélateur. Comme les enfants qui ne sont pas admis dans la conversation des adultes qui savent... Et pourtant.

Il n'y a pas en douter, Raphaël Fumet est un des maîtres de la musique française, de la première moitié du XXe siècle. Sa musique a l'élégance, la fluidité, l'évidence immédiate, qui masquent les coups de plume, qui font oublier le labeur de l'artisan : c'est naturel, ou les renvois à autre chose qu'elle-même,

Raphaël Fumet aime les textures denses et le travail contrapuntique serré, la mobilité, un certain sens du fugitif. Il y a, de ce point de vue, quelque chose d'impressionniste, mais toujours, avec le temps de l'installation, rien n'est « suspendu », ou en demi-teinte, comme dans la musique debussyste. On est dans une esthétique incisive.

Les pièces, enregistrées pour ce disque, ont ce caractère de « plein air », qu'on appréciait dans la première moitié du XXe siècle, avec une subtile opposition entre la mobilité et le retenu. Particulièrement dans les pièces pour vents. Dans le quatuor à cordes, s'ajoutent des traits de  profond lyrisme, et d'intense émotion, avec pudeur et sans pathos.

Certes, pour l'époque ce n'est pas une musique d'avant-garde. Elle n'est pas non plus passéiste. Ce sont des notions, ici, sans importance. Raphaël Fumet est un improvisateur, fils d'improvisateur. C'est un compositeur qui joue en public, métier qui disparaît à son époque. Cela n'est pas sans influence (on peut penser aujourd'hui à Thierry Escaich). On est dans le monde du moment, de la performance, de la spontanéité, du témoignage immédiat, avec un public présent. Je pense, qu'à la table, devant le papier à musique, c'est cela qu'on tente de faire entrer en écriture.

On peut se demander, si cette musique, exclue de ce qu'on pense être le sens de l'histoire, n'est pas un morceau histoire réelle. En plus et surtout, c'est très beau.

Jean-Marc Warszawski
8 mars 2008

1-2, Quatuor pour bois
3, Quatuor pour bois
4-5, Quintette à vents
6-8, Quatuor à cordes en la majeur

Les Solistes de l'Orchestre national de France :

Philippe Pierlot, flûte ; Pascal Saumon, Hautbois ; Patrick Messine, clarinette ; Vincent Léonard, cor ; Philippe Hanon, Basson

Le nouveau Quatuor de Saint-Petresbourg :

Membre et solistes de l'Orchestre Philharmonique de Saint-Petersbourg : Pavel popov, permier violon ; Yuri Uschapovsky, second violon ; Alexey Bogorad, alto ; Teras Trepel, Violoncelle.

 

 

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