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Titelouze Jehan
1563-1633

Né à Saint-Omeren en 1562-1523, mort à Rouen, 24 octobre 1633.

Organiste et compositeur.

Il est issu d’une famille originaire de Toulouse. Il est le fils de Benoist Tithelouze (Tytelouze) Wette, ménétrier de la ville, puis poissonnier. Son oncle, Nicolas, est mercier et instrumentiste. Son autre oncle, Louis, est l’auteur du plan de la ville de Saint-Omer (alors aux Pays-Bas espagnols).

En 1585, il tient l’orgue de Saint-Omer et en 1588, celui de la cathédrale de Rouen obtenu sur concours en succession de François Josseline.

Il expertise à réception l’orgue de Notre-Dame-de-la-Ronde.

En 1595, il demande ses lettres de naturalisation qui sont enregistrées le 24 janvier (né à Saint-Omer, il est sujet espagnol).

En 1597, il établit les devis pour la réfection de l’orgue de Saint-Michel, en 1600, il fait restaurer son orgue.

En 1603, il expertise à réception de l’orgue de Saint-Jean de Rouen, après avoir nommé le facteur Crespin Carlier.

En 1604, il obtient ses lettres de naturalisation.

Il est nommé chanoine de la cathédrale de Rouen en 1610.

En 1613, il obtient le Lys d’argent aux Palinods de Rouen (concours de poésie), succès qu’il renouvelle en 1630.

En 1632, il établit le devis pour la réfection de l’orgue de Saint-Godard.

En 1633, il est élu prince des Palinods.

Il serait intervenu sur des orgues à Eu, Amiens et Poitiers.

Jehan Titelouze, Conditor alme siderum, par Martin Lücker, orgue Johann Patroclus Möller, église abbatiale de Marienmünster, 24 novembre 2012.
Jehan Titelouze, Ave Maris Stella, par Jean-Luc Perrot , orgue de Bolbec.
Jehan Titelouze, Missa Sex Vocum Simplici Corde, II.« Gloria », par l'ensemble les Meslanges, Francois Menissier (orgue), sous la direction de Volny Hostiou et Thomas Van Essen, 2020.

Documents

Titelouze à Mersenne, Rouen 2 mars 1622

[...] Touchant la puissance de la musique des Anciens sur toutes sortes de passions, dont leurs livres nous disent des merveilles, nous n’en pouvons apprendre les moiens par eux , parce qu’ils ne nous ont pas laissé par escrit des pièces faites pour nous servir d’exemplaire à les imiter. Ils ont bien dit que le mode dorien servait à rendre un furieux tempéré, le phrigien pour esmouvoir la fureur, et d’autres à d’autres effets; ils n’ont pourtant point attribué cela aux genres. Je croye bien qu’ils usaient du diatonique, mais non comme nous, parce qu’ils ne donnaient tant de variété à leur contrepoint comme nous faisons, car ceux qui étaient musiciens pitagoriciens, n’avaient et n’usaient que des correspondances contenues dans le 4 (2/1 3/2 4/3) et les disciples de Ptolémée se servaient de toutes celles qui se pouvaient trouver dans le 6 (tierces et sixtes), de sorte que cela serait dificilement présuposé. Ils se servaient aussi du genre cromatique et enarmonique, meslez pourtant, car tous les trois genres contiennent l’un l’autre en puissance, et n’en peut on traiter un sans y mesler quelque intervalle des autres; et puis les consonnances sont communes à tous les genres.. Pour vous envoyer quelques consonnances à 4 parties en chasque mode, cela se pourra aisément. Mais en chaque genre, l’enarmonique serait bien difficile de noter avec nos caractères. J’en ai fait quelque pièce par curiosité que je touche sur une certaine épinette faite exprez. Mais je suis en paine de le réduire par escrit pour ceste dificulté.. Je crois bien que les anciens faisaient quelques pièces raportantz aux paroles pour mieux exciter, mais en nostre siècle cela serait ridicule et par conséquent mesprisez et sans effet. Je croy qu’un homme seul avec un lut exiterait mieux qu’un grand concert, qui confond souvent les paroles par la diversité de tant de voix, s’il n’était extrêmement bien concerté. La diversité des instruments rendroient bien quelque effet pourveu qu’ilz fussent bien justement accordez et concertez. Mais il y a grande difficulté à la faire pour la diversité des tempéraments qu’ilz ont. Si la musique n’a pas autant d’effet qu’avant, c’est qu’elle est devenue trop commune. Avant, on admirait même un mauvais musicien. Aujourd’hui on ne prend plus garde aux très bons.. Les esprits de ce temps sont préocupez de tant de vanité, d’ambition et d’avarice, que la musique ne trouve plus lieu pour s’i loger puisament de sorte que pour la musique et d’autres professions, les siècles ne se resemblent pas. Bien que je croie que jamais l’on a composé comme l’on fait maintenant avec tant de bonnes et belles figures de contre point et les instrumentz si parfaits qu’ilz sont, ce néanmoins je n’y voy point de ses temps derniers les effets que j’ay veu il y a seulement vingt ans, que le siècle était plus doux et sensible aux armonies. Le chant doit être par petits couplets répétés plusieurs fois. Il peut y avoir de nouvelles choses, pourvu que ce soit intelligible à l’auditeur. Et quand au changement de mode, je croy qu’il fautdrait plustot changer de mouvement, haster aux paroles violentes et furieuses et tarder aux tristes et pesantes. Car pour le changement de mode, il est défendu par les lois musicales en mesme ouvrage et le changer de mouvement est permis et a un grand effet pour la variété qu’il apporte.

Vous me demandez si je compose en tous genres. Je n’ay garde d’y perdre le temps. Puisqu’un seul intervale cromatique, meslé mesme dans la diatonique, est à paine suportable, coment pourrait souffrir le genre enarmonique que je n’ay sceu faire ecouter à de fort bons musiciens? Je croy que ce défaut vient de l’ignorance de sa beauté et pour d’autres raisons ci dessus alléguées et qu’il est constitué par intervalles non accoutumés à noz oreilles et de très grande difficulté pour l’intonation.

Titelouze à Mersenne 8 Avril 1628

Titelouze critique une harmonisation par les chiffres de Mersenne :

...Ceux qui disent que my à fa n’est qu’un demi ton mineur ne sont point fondez sur les nombres harmoniques, ni en la pratique des instrumentz, car il y voieroient tout le contraire.

Titelouze à Mersenne 8 Juin 1628

La douxième est elle plus douce que la quinte ? C’est une maxime infallible que toute consonnance en son lieu propre est toujours plus douce qu’en transposition.Tout le monde n’est pas d’accord sur la question : La quinte = 2/3 ; La douzième = 1/3 ; La dixneuvième = 1/6. Ptolémée pense que la quinte proprement dite est plus douce (Harm. lib. I, cap. 6), mais Descartes pense que les rapports les plus simples portent les harmonies les meilleures, donc 1/3. Dans cette même lettre, Titelouze évoque Anthoine de Murat : ... Qui avait été valet de chambre du roi Charles. Je l’ay gouverné 10 ans en cette ville, où je l’ay fait enterrer. ll avait un certain creux dans la teste qu’à force de poulmon et d’haleine il faisait donner le son d’une basse tandis qu’il chantait un supérieur, non pourtant de toutes choses, mais certaines cadences qu’il s’était facilité. Celuy qui en escrit s’appelle Bouffé qui a fait un livre nomé Traité admirable des oeuvres de Dieu1. Il en dit quelque chose, mais pas du tout si remarquable, que j’en peux faire...

Titelouze à Mersenne 30 Novembre 1629

... Pour de l’unisson à la tierce mineure c’est un long discours: Car il faut sçavoir en quel lieu de la gamme, parce que les consonnances sont meilleurs en leur propre lieu que non pas ailleurs; et puis si c’est par mouvement contraire, et à combien de parties est la chanson, et beaucoup d’autres choses qu’il faut considérer, car ainsi que vous me l’envoiez, cela se pratique fort peu souvent, si ce n’est à 6 et 7 parties, je dis en ce lieu de la gamme que vous m’avez noté. Pour juger lequel est meilleur, ce doit être le premier, parce qu’il trouve la tierce plus prez de son lieu naturel.

Hymnes de l’Église

... J’avoue qu’il serait à désirer qu’en deux ou trois de ces hymnes les modes ou tons de l’Église y fussent mieux observés, comme nous ferons en des ouvrages libres, mais le plain chant reçu de longtemps en l’Église étant mon sujet, me contraint d’y conformer les fugues et le contrepoint.. Je pratique d’une façon peut-être nouvelle et à eux (les détracteurs) inconnue, non seulement quelques consonances, ainsi aussi des dissonances... Ils apprendront (des bons auteurs) que ces intervalles tempérés peuvent recevoir des progrès et transitions que l’on ne donnerait pas aux voix : De sorte que l’on peut toucher sur l’orgue du contre point meilleur qu’étant chanté.. Une autre chose altère encore le règlement des modes, c’est pour mieux former l’intonation aux choeurs, l’organiste fait généralement tenir le plain chant à la basse contre, or, s’il est du premier mode, quand la taille le tient à l’autre vers, il est du second: de sorte que voilà l’athentique et le plagal en même sujet.. La mesure et les accents sont recommandables tant aux voix qu’aux instruments, la mesure règlant le mouvement, et les accents animant le chant des parties. Pour la mesure, le demy cercle sans barre que j’ay aposé fait la loi d’alentir le temps et mesure comme de la moitié, qui est aussi un moyen de facillement toucher les choses les plus difficiles. Pour les accents, la difficulté d’aposer des caractères à tant de notes qu’il en faudrait m’en a fait raporter au jugement de celuy qui touchera, comme ainsi que chacun sait.. Or, d’autant que l’orgue produit sans difficulté toutes sortes d’intervalles tant naturels qu’accidentels, j’en ay employé en quelqus endroits d’extraordinaires (bons et suportables pourtant) afin de donner à cet instrument ce qui est de sa compétance, de propre et hors du commun, et même appliqué des dièses en des lieux où je les omettrais si c’était pour les voix... Comme le peintre use d’ombrage en son tableau pour mieux faire paraitre les rayons du jour et de la clarté, aussi nous mettrons des dissonances parmi les consonances comme secondes, septièmes et leurs répliques, pour faire mieux remarquer leur douceur: Et ces dissonances se font ouir supportables bien appliquées et à propos: l’exemple des bons auteurs le permet bien mais s’autorise mieux dans les nombres, ou nous voyons ces dissonances être douces et supportables, selon qu’elles sont contenues et produites sous raison et proportion superparticulières et superpartients, aprochant des racines harmoniques. Salinas dit en parlant de la proportionalité harmonique produite par l’arithmétique, que le ton première dissonance entre pour moyen harmonique du diton et par conséquent suportable: Mais les autres dissonsances, comme octave fausse, quintes superflues, quartes fausses, et autres dont les proportions confuses sont fort éloignées des principes harmoniques, ne se peuvent ni pratiquer ni supporter. Il n’y a que le triton et la quinte petite ou imparfaite que l’usage a laissé en pratique, non par raison puisqu’ils sont de la qualité de ces irrationaux. Mais étant en l’ordre du monochorde et de l’echelle diatonique composé de ces cordes naturelles, la pratique les a toléré et comme ainsi glissé dans le contre point, dont l’un était autrefois immédiatement suivi de l’hexacord mineur par mouvenent contraire et l’autre du diton ou tierce majeure: Mais maintenant l’usage les reçoit sans cette étroite observance à raison de la conséquente.. Il ne me semble pas hors de propos de dire quelque chose du diatessaron ou quarte pour l’instruction des jeunes curieux, puisque c’est un point du temps et qui peut mettre en doute ceux qui ne sont pas versés aux nombres. Je dirais que cette consonance a été grandement éstimée des anciens aussi nul ne peut douter qu’elle soit par ordre numéraire troisième consonance simple, seconde superparticulière, en raison sesquitierce contenant entre ses extrémités les trois intervalles mineurs de notre diatonique dont peuvent être formés toutes les consonances…

Le magnificat

Après vous avoir donné quelques hymnes avec le contrepoint sur leur plain chant et des fugues sur leur sujet, j’ai cru qu’il était nécessaire de vous donner aussi le cantique magnificat observé selon les huit tons de l’Église. Je ne m’étendrais point pour montrer qu’il y a douze modes aux antiennes qui s’y chantent: Glaerans, Litavilus et d’autres l’ont assez prouvé, joint que cela n’est pas de mon sujet, je dirais seulement que l’Église ayant réduit toutes les antiennes et les cantiques en huit tons, il faut que nous suivions cet ordre.. Le premier ton du magnificat et un bénédictus à trois ou à quatre sortes d’EVOUAE qu’on appelle finales, je le fais néanmoins terminer en la principale dominante de son antienne afin que le choeur prenne mieux son intonation. Le second change moins la finale, c’est pourquoi je l’ai observé et transposé une quarte plus haut pour la commodité du choeur. Le quatrième varie encore autant sa finale comme l’on peut voire dans les antiphonaires: Je l’ay aussi terminé suivant ses antiennes: En E la mi. Le troisième fait quatre ou cinq sortes de finales, et néanmoins toutes ses antiennes se terminent en E la mi, ce que j’ai observé en la finissant en cette même corde. Le cinquième change fort peu ses finales: Mais on peut remarquer que ses antiennes sont quelque fois terminées en fa, comme notre septième mode; Mais le plus souvent en ut, d’où j’ay tiré la raison de la mettre en F fa ut par b mol. Le sixième change aussi fort peu son EVOVAE: Mais les Antiennes ont la même variété du cinquième, lesquelles se terminent quelquesfois en fa, comme notre huitième mode: mais le plus souvent un ut, comme je l’ai mis, c’est la résolution de Glarean et d’autres. Le septième fait cinq ou six sortes de finales, c’est pourquoi je l’ai traité selon les dominantes de ses antiennes, qui ressemblent à notre neuvième mode, ainsi ne le doit on toucher autrement d’autant que les antiennes, qui précèdent le cantique, obligent l’orgue de donner à ce cantique son intonation, médiation et finale: Les bons auteurs ont fait ainsi et l’ont fini en ut, parce que le choeur ne pourrait prendre son intonation si on ne finissait en cette corde, je l’ay transposé d’une quarte plus bas pour la commodité du choeur. Le huitième a encore ses finales diverses: Mais toutes ses antiennes finissant en même lieu, m’ont fait résoudre en cette variété de finales, de les terminer en ut, qui est la principale corde dominante desdits antiennes...

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1 - Bouffler, Traité admirable des oeuvres de Dieu. Beauvais, G. Valet 1621. Pages 856-858.). Dans une lettre au père Mersenne du 7 janvier 1633, Titelouze reprend les termes de Bouffler et ne prétend n’avoir connu Anthoine de Murat que sur la fin de sa vie.



Catalogue des œuvres

1623, Hymnes de l'Église pour toucher sur l'orgue, avec les fugues et recherches sur leur plain-chant, Ad coenam, Veni creator, Pange lingua, Ut queant laxis, Ave maris stella, Conditor alme siderum, A solis ortus, Exultet coelum, Annue Christe, Sanctorum meritis, Iste confessor, Urbs Hierusalem.

1626, Le Magnificat, ou cantique de la Vierge pour toucher sur l'orgue, suivant les huit tons de l'Eglise.

1626, 1 messe à 6 voix, 2 messes à 4 voix.

1626, Missa ad imitationem moduli (In ecclesia), perdue.

Écrits relatifs à la musique

Hymnes de l’église pour toucher sur l’orgue; avec les fugues et recherche sur le plain chant (préface)

Le magnificat ou cantique de la vierge pour toucher sur l’orgue; suivant les huit tons de l’église (préface)

Correspondance avec le père Marin Mersenne (1622-1633)

Bibliographie

« Recherches sur la musique française » (5). Paris, éditions A. et J. Picard 1966, Contribution à la connaissance de Jehan Titelouze, à l’occasion du 4e centenaire de sa naissance : Bonfils Jean, L’Œuvre d’Orgue de Jehan Titelouze ; Vannmackelberg Dom M. Jehan Titelouze, prix littéraire ; Launay Denise, Essai d’un commentaire de Titelouze par lui-même, p. 27-50.

Noisette de Crauzat & Max Pinchart, La musique à Rouen. Extrait de « Connaître Rouen » (3), p. 22-29, 1976.

Norbert Dufourcq, Le cas Titelouze. Dans « Études normandes », Association des études normandes, Rouen 1957.

Gastoué Armand, Note sur la généalogie et la famille de l’organiste Titelouze. Dans « Revue Française de Musicologie », août 1930, p. 171-175.

Pirro André Gabriel Edmée (1869-1943), Les organistes français du XVIIe siècle. Jean Titelouze. Paris, s.d.

Vanmackelberg Dom M., Autour de Jean Titelouze. Dans « Recherches sur la musique française classique» (IV), Paris 1964.

—, Titelouziana. Dans « Recherches sur la musique française » (7), Paris, A. et J. Picard 1967.

Laloy Louis, Jean Titelouze, un précurseur. L’art primitif de la composition pour orgue. Dans « La Revue Musicale » (direction Jules Combarieu) (III) 1903, p. 599.

 Jean-Marc Warszawski
Dictionnaire des écrits relatifs à la musique
Novembre 1995-10 août 2021


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Mercredi 11 Août, 2021