Ockeghem Johannes
vers 1420 - 1497
Né vers 1420 à Saint-Ghislain (Hainaut) ; mort le 6 février 1497 à Tours
La documentation (24 juin 1443) le fait apparaître comme vicaire-chanteur à la cathédrale Notre-Dame d'Anvers.
Les livres comptables de 1445-1448 le mentionnent comme l'un des sept chanteurs de la cour du duc Charles Ier de Bourbon (1401-1456), dont la résidence principale est à Moulins.
Son nom figure dans les registres de la cour des rois de France au 30 septembre 1453, en fin d'exercice comptable, mais il semble que son service de chapelain-chanteur ait commencé en 1451.
Charles VII (1403-1461), vers 1445-1450, par Jean Fouquet.
En janvier 1454, il présente au roi un livre de musique comme cadeau de Nouvel An. Il reçoit en retour une gratification de 33 écus. Les livres le désignent comme premier chapelain. à la fin de l'exercice comptable en septembre, il reçoit une prime de 135 écus, égale à son salaire annuel.
En 1458, il est prieur à la collégiale de Saint-Martin de Tours, en tant que prévôt de la Varenne (charge convoitée, dépendant de Saint-Martin).
Au Nouvel An 1459, il dédie une chanson à Charles VII, et reçoit en retour à nouveau 33 écus. La même année, le roi le nomme Trésorier de la collégiale, charge des plus lucratives, malgré l'opposition des chanoines.
Peu avant son décès le 22 juillet 1461, Charles VII relève Ockeghem de son obligation de résidence à Tours. Lors des obsèques, ce dernier fait partie des officiers de la maison royale portant cagoule et robes noires.
Le recours déposé devant le parlement de Paris, par les chanoines de Saint-Martin, contre la nomination d'Ockeghem, tourne court en 1462.
Le sacre à Reims en août 1461, de Louis XI, et son accession au trône de France n'apportent pas de changement à la carrière d'Ockeghem.
Ockeghem serait représenté au premier plan à droite.
Le séjour privilégié du roi à Plessis-lez-Tours, peut avoir rapproché Ockeghem de sa charge à Saint-Martin de Tours.
En 1462, il est à Cambrai à l'occasion de l'Office du Four et du Vin, où il fait l'offrande de six pains.
En 1463, il reçoit un canonicat à la cathédrale de Paris. Là encore, la question reste pendant quatre ans devant les tribunaux, et Ockeghem, qui semble n'avoir jamais rempli ses obligations relatives à la vie de la cathédrale, renonce à cette charge en 1470, mais devient chapelain à Saint-Benoît de Paris, charge qu'il n'honore pas plus que les autres.
à la fin de l'année 1463, c'est peut être à la cathédrale de Cambrai que, sous-diacre, il est ordonné prêtre, ce qui aurait été de nature à mettre fin au litige autour de sa charge de trésorier à Saint-Martin de Tours, s'il y avait encore trouver quelque opposition.
Louis XI (1423-1483).
C'est aussi, peut-être, ce qui lui permet d'accéder à la charge de maître de chapelle de la cour, attestée en 1465.
Il est de nouveau à Cambrai en 1464, à l'occasion d'un voyage dans le Nord, avec la cour de Louis XI. Entre le 20 février et le 5 mars, il est l'invité de Du Fay.
Son attachement à son diocèse d'origine, peut expliquer sa générosité en faveur du Collège de Cambrai à Paris, où il figure parmi les quatorze donateurs pour lesquels les élèves doivent prier quotidiennement.
Au cours de ces années, il joue peut-être un rôle dans la promotion de la carrière d'Antoine Busnois. Ce dernier est chapelain à la cathédrale de Tours, vers 1461, et passe à la collégiale de Saint-Martin de Tours en 1465.
En janvier 1470, le trésor de la Couronne lui octroie 275 livres tournois, pour couvrir les dépenses d'un voyage en Espagne, associé à une mission diplomatique menée par le cardinal Jean Jouffroy, évêque d'Albi. On ne sait rien de ses éventuels rôles politiques ou musicaux.
Charles VIII (1470-1498).
En été 1484, il visite Bruges où Antoine Busois est maître de chapelle à Saint-Savain. Un banquet est donné en l'honneur d'Ockeghem à Saint-Donatien.
On est peu renseigné sur la carrière d'Ockeghem après la mort de Louis XI, en raison d'une documentation lacunaire. Il semble qu'il soit le premier chapelain du roi et prothocapellanus de la chapelle royale, que Charles VIII ait proposé à la signature du pape, parmi les bénéfices ecclésiastiques pour les 20 membres de la chapelle royale, une prébende à la cathédrale de Bayeux, dont on ne sait si elle fut effective.
Il prépare son testament en mars 1487, léguant son bien et ses revenus à la collégiale, il apparaît dans les documents de Saint-Martin de Tours jusqu'en 1494. La date de son décès est connue par l'acte de nomination du nouveau trésorier de Saint-Martin, Evrard de la Chapelle.
Gilles Binchois lui dédi son motet In hydraulis, Loyset Compère le cite dans son motet Omnium bonorum plena, Johannes Tinctoris lui dédie (et à Anthoine Busnois) son Liber de natura et proprietate tonorum, en 1476.
Après sa mort, Deux complaintes sont écrites par par Jean Molinet, l'une d'elles, Sol lucens super omnes, est mise musique par Josquin Des Prés, une par érasme, Ergo ne cont, mise en musique par Johannes Lupi, et la Déploration de Guillaume Crétin sur le trépas de Johannes Ockeghem.
Josquin Des Prez (Jean Molinet), « Déploration de Johannes Ockeghem », Pro Cantione Antiqua, Hamburger Bläserkreis Für Alte Musik, Bruno Turner, dir

Planctus sur la mort de Gilles Binchois
Miserere, Miserere pie Jhesu , domine dona ei requiem, Quem in cruc redemisti, precioso sanguine, Pie Jhesu Domine dona ei requiem.Mort tu as navré de ton dart, le père de joieuseté, En desployant ton estendart, sur Binchois, patron de bonté, Son corps est plaint et lamenté, qui gist soubs lame. Hélas! plaise vous en pitié. Prier pour l'âme !
Retoricque, se Dieu me gard. Son serviteur a regreté, Musicque, par piteux regard. fait deul et noir a porté. Pleurez hommes de feaulté : Vueillez vostre université. Prier pour l'âme !
En sa jeunesse fut soudart, de honnorable mondanité. Puis a esleu la milleur part, servant Dieu en humilité. Tant luy soit en crestienté, son nom est fame, qui detient de grant voulenté. Prier pour l'âme !
Catalogue des œuvres
Alius discantus super 'O rosa bella, à deux voix (d'après la ballade de Giustiniani attribuée à Bedyngham ou à Dunstaple)
Alma Redemptoris mater, motet à 4 voix
Au travail suis, chanson à 3 voix (rondeau)
Aultre Venus estes, chanson à 3 voix (rondeau)
Ave Maria, motet à 4 voix
Baisiés moy dont fort, à 3 voix (rondeau)
Ce n'est pas jeu, « Si mieulx ne vient », à 3 voix, attribution douteuse
Celeste beneficium, à 5 voix, attribution douteuse
Credo, à 4 voix
Deo gratias, à 36 voix, attribution douteuse
Departés vous Malebouche, à 3 voix, attribution douteuse
D'un autre amer, chanson à 3 voix (rondeau)
Fors seulement contre, chanson à 3 voix (rondeau)
Fors seulement l'attente, chanson à 3 voix (rondeau)
Gaude Maria, à 5 vois, attribution douteuse
Il ne m'en chault plus, chanson à 3 voix (rondeau)
Intemerata Dei mater, motet à 5 voix
J'en ay dueil, chanson à 3 / 4 voix (rondeau)
La despourveue et la bannie, chanson à 3 voix (rondeau)
L'autre d'antan, chanson à 3 voix (rondeau)
Les desléaux ont la saison, chanson à 3 voix (rondeau)
Ma bouche rit, chanson à 3 voix (virelai)
Ma maistresse, chanson à 3 voix (virelai)
Malheur me bat, « Dieu d'amours », à 3 voix, attribution douteuse]
Miles mirae probitatis, à 4 vois, attribution douteuse
Missa « Au travail suis », à 4 voix'
Missa « Caput », à 4 voix
Missa « De plus en plus », à 4 voix'
Missa « Domine, non secundum peccata nostra », perdu
Missa « Ecce ancilla Domini », à 4 voix
Missa « Fors seulement », à 5 voix
Missa « Jocundare », perdu
Missa « La belle se siet », perdu
Missa « Le serviteur », à 4 voix, attribution douteuse
Missa « L'homme armé », à 4 voix
Missa « Ma maistresse », à 4 voix
Missa « Mi-mi » ou « Missa quarti toni », à 4 voix
Missa « Pour quelque paine », à 4 voix, attribution douteuse
Missa cuiusvis toni, à 4 voix
Missa della madonna (Missa de Beata Virgine), perdu
Missa primi toni, à 3 voix, attribution douteuse
Missa prolationum, à 4 voix
Missa quinti toni, à 3 voix
Missa, à 3 voix
Missa, à 5 voix
Mort, tu as navré (Miserere), à 4 voix, sur la mort de Gilles Binchois
Noël (pour Louis XI), perdu
Permanent vierge / Pulchras es / Sancta Dei genitrix, à 5 voix, attribution douteuse
Prenez sur moi, chanson à 3 voix (canon)
Presque transi, chanson à 3 voix (virelai)
Quant ce viendra, à 3 voix, attribution douteuse
Quant de vous seul, chanson à 3 voix (rondeau)
Qu'es mi vida preguntays, à 4 voix (d'après une chanson à 3 voix de Cornago)
Requiem, à 3 / 4 voix
Resjois toy, terre de France / Rex pacificus, à 4 voix, attribution douteuse
Salve regina (2), à 4 voix, attribution douteuse
Salve regina, motet à 4 voix
Se vostre cuer eslongne, chanson à 3 voix (rondeau)
S'elle m'amera / Petite camusette, chanson à 4 voix
Tant fuz gentement resjouy, chanson à 3 voix (virelai)
Tous les regretz, à 3 voix, attribution douteuse
Ung aultre l'a, chanson à 3 voix (rondeau)
Ut heremita solus, motet à 4 voix
Vivit Dominus, à 2 voix, attribution douteuse
Bibliographie
Atwell Scott David, Ockeghem. Ferris State University
Library. https://library.ferris.edu/scott/ockeghem.html
—, Cadence, linear procedures and pitch structures in the works od Johannes Ockeghem (thèse). UMI , Ann Arbor (Mich.) 2006 [xx-562 p.]
Brenet Michel (Bobillier Marie) (1858-1918), Jean de Ockeghem, maître de la chapelle des rois Charles VII et Louis XI, étude bio-bibliographique, d'après des documents inédits. « Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile-de- France » (xx) Nogent-le-Rotrou 1893 [32 .]
—, Jean de Ockeghem. Dans « Musique et musiciens de la vieille France », Alcan, Paris 1911 ; éditions d'Aujourd'hui, Plan-de-la- Tour, 1978
Bridgman Nadine, Ockeghem et son temps. Dans Roland-Manuel dir.), « Histoire de la musique », Encyclopédie de la Pléiade, Gallimard, Paris, 1960, rééd. 1993
Fitch Fabrice (1967-....), Johannes Ockeghem : masses and models. « Collection Ricercar » (2), H. Champion, Paris 1997 [xii-240 p.]
Haggh Barbara, An ordinal of Ockeghem's time from the Sainte-Chapelle of Paris : Paris, bibliothèque de l'Arsenal, ms. 114. Dans « Tijdschrift van de vereniging voor nederlandse muziek geschiedenis », 1997 [p. 33-71 ; existe en tiré à part, sans nom, 1997]
Johannes Ockeghem zijn tijd : tentoonstelling gehouden in het Stadhuis te Dendermonde, 14 november-6 december 1970. Dans « Oudheidkundige Kring van het Land van Dendermonde (24), 1970
Křenek Ernst (1900-1991), Johannes Ockeghem. Sheed and Ward, New York, 1953 [vii-86 p.]
Lindmayr Andrea, Quellenstudien zu den Motetten von Johannes Ockeghem. « Neue Heidelberger Studien zur Musikwissenschaft » (16)Laaber-Verlag, Laaber 1990 [268 p.]
Magro Agostino, Jean de Ockeghem et Saint-Martin de Tours(1454-1497) : une étude documentaire (thèse sous la direction de Jean-Michel Vaccaro et Frank Dobbins) [2 v.]. s.l., s.n., 1988 [
Margolin Jean-Claude (1923-....), Un tombeau poétique et musical pour Jean de Ockeghem : la « Naenia Okegi », paroles d' Erasme, musique de Johannes Lupi. Dans « Mémoires / Académie des sciences, arts et belles-lettres de Touraine » 1998, p. 45-61
Marsy Arthur de (1843-1900), Un musicien flamand, Jean de Ockeghem, d'après un ouvrage récent, par le comte de Marsy. A. de Schepper-Philips. Dans « Annales du Cercle archéologique de la ville et de l'ancien pays de Termonde » (2e série, 6), Termonde 1895 [ 60 p. ]
Picker Martin, Johannes Ockeghem and Jacob Obrecht : A Guide to Research. « Garland composer resource manuals » (13), Garland, New York 1988 [xi-203 p.]
Raab Armin, Ocheghem. Dans « Biographisch-Bibliographisches
Kirchenlexikon », Verlag Traugott Bautz; 2000.
https://www.bautz.de/bbkl/o/ockeghem_j.shtml
Vendrix Philippe (éditeur), Johannes Ockeghem (actes du 40e Colloque international d'études humanistes, Tours, 3-8 février 1997). Klincksieck, Paris 1998 [875 p.]
Discographie
Missa Cuiusvis Toni, Ensemble Musica Nova, Lucien Kandel, æon, 2007, ÆCD 0753, 2 CD [premier enregistrement des quatre versions. Partition préparée en collaboration avec Gérard Geay.]
Missa prolationum, Ensemble Musica Nova, Lucien Kandel. agogique, AGO 008 [Partition préparée en collaboration avec Gérard Geay.]
Desprez, Missa l'Homme armé,
Ockeghem,
Requiem, Requiem,
Josquin Desprez, Messe de l'homme armé,
Pro Cantione Antiqua, London,
Bruno Turner, dir.,
Archiv Produktion / Polydor 415 293, 1973 - 1977
Ockeghem, « Requiem » : I Introitus ; II Kyrie ; III Graduale ; IV Tractus ; V Offertorium . Desprez,
« Messe de l'homme armé » : I Kyrie ; II Gloria ; III Credo ; IV Sanctus ; V Agnus Dei
Johannes Ockeghem,
Missa prolationum,
6 chansons,Clementic Consort,
René Clementic dir,
Disque Accord.
1. Kyrie ; 2. Gloria ; 3. Credo ; 4. Sanctus ; 5. Benedictus ; 6. Agnus Dei ; 7. Virelai "Ma bouche rit" ; 8. Rondeau "Presque transi" ; 9. Rondeau-Canon "Prenez sur moi" ; 10. Fors solament ; 11. Malor me bat ; 12. Rondeau "L'autre d'antan"
Ockeghem,
Oeuvre profane,The medieval ensemble of London,
L'Oiseau Lyre, BIEM / Stemra 436 195, 1982.
Disque 1 : Ma Bouche Rit ; La Despourveue ; D'un Autre Amer ; Quant Ce Viendre ; Il Ne M'en Chault Plus ; Presque Trainsi ; Ma Maistresse ; Les Desleaux ; Mort Tu As Navre ; Quant De Vous ; Au Travail Suis ; Prenez Sur Moi. Disque 2 : Fors Seulement L'actente ; L'autre D'antan ; S'elle M'amera ; O Rosa Bella ; Tant Fuz Gentement ; Je N'ay Dueil ; Malheur Me Bat ; Se Vostre Cuer ; Qu'es Mi Vida ; Qu'es Mi Vida ; Je N'ay Dueil ; Ce N'est Pas Jeu ; Resjois Toy ; Departez Vous ; Ung Aultre L'a ; Autre Venus ; Baissiez Moi ; Fors Seulement Contre Ce
Johannes Ockeghem,
Requiem,Ensemble Organum,
Marcel Péres, dir., Josep Benet (tenor) ; Malcolm Bothwell (tenor) ; Josep Cabré (baritone) ; Stephan van Dyck (baritone) ; Stephen Grant (bass),
Marcel Pérès (bass - chant) ; Antoine Sicot (bass) ; Les Pages de la Chapelle - Christophe Davezac (treble) ; Arthur Le Mesre de Pas (treble) ; Baptiste van Opstal (treble),
Harmonia Mundi France 901441, 1994,
Enregistré en novembre 1992, Grand Réfectoire de l'Abbaye de Fontevraud.
01. Introit. Requiem eternam dona eis Domine ; 02. Kyrie ; 03. Epistola ;
04. Graduale. Si ambulem in medio umbre mortis ; 05. Tractus. Sicut servus desiderat ad fontes aquarum ; 06. Evangelium ; 07. Offertorium ; 08. Praefatio ; 09. Sanctus (Antonius Divitis) ; 10. Agnus Dei (plain-chant) ; 11. Communio. Lux eteran luceat eis (Antonius Divitis) ; 12. Repons. Libera me, Domine, de morte eterna (plain-chant).
Jean-Marc Warszawski
2001
Refonte de la page, 10 janvier 2010
Refonte du miroir de page, révicion de l'iconographie, 1er mars 2017.
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ISSN 2269-9910.
Vendredi 6 Février, 2026

