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Emmanuel Maurice 1862-1938

Maurice Emmanuel en 1916

Catalogue des oeuvres, écrits, œuvre éditoriale, bibliographie,discographie, documents

Emmanuel, Marie François Maurice, né à Bar-sur-Aube le 2 mai 1862 ; mort à Paris le 14 décembre 1938.

Sa famille s'installe à Beaune, en Côte-d'Or en 1869.

Il suit des cours de piano avec un professeur nommé Ravazzi. Il passe son baccalauréat à Dijon et sur les conseils du marquis Charles d'Ivry (qui est compositeur), il s'inscrit au Conservatoire de musique de Paris en 1880. Il suit les cours de Savart en solfège, de Théodore Dubois pour l'harmonie, de Bourgault-Ducoudray pour l'histoire de la musique et la composition avec Léo Delibes. Il suit également des études classiques de philologie et d'histoire de l'art à la Sorbonne et à l'école du Louvre. Il obtient sa licence de lettres en 1887.

Maurice Emmanuel, Symphonie no 2, « Bretonne », en la majeur, opus 25, I. Allegro, II. Scherzando, III. Andante malinconico, IV. Finale, Orchestre philharmonique du Rhin, sous la direction de James Lockhart.


Sa manière de traiter les rythmes et d'introduire les modes anciens lui vaut la censure de Léo Delibes, ce qui ne lui permet pas de concourir pour le Prix de Rome. Il prend alors des cours avec Ernest Guiraud et se lie avec Debussy.

En 1896, il obtient son doctorat avec une thèse sur les danses dans la Grèce antique.

En 1898, le Collège de France décide de créer une chair d'histoire de la musique pour Maurice Emmanuel, mais l'opposition de Berthelot ne permet pas de faire aboutir le projet.

Jusqu'en 1904, il enseigne l'histoire dans le secondaire. Rémunéré comme maître de chapelle, ses recherches sur le plain-chant conduisent à sa démission en 1906.

Maurice Emmanuel, Quatuor à cordes en si bémol majeur, opus 8, I. Adagio, II. Andante, III. Allegro con fuoco, alla zingarese, par le Quatuor Stanislas.


Il est nommé professeur d'histoire de la musique au Conservatoire de Paris en 1909, en remplacement de Bourgault-Ducoudray. On compte Migot, Casadesus et Messiaen parmi ses élèves. De 1877 à 1938, il a composé 73 opus, mais n'en a conservé que 30.

Document

PAUL LANDORMY, La musique française après Debussy. NrF Gallimard, 1943 (6e édition), p. 205-209

Une injustice à réparer.

Il s'agit de Maurice Emmanuel, musicographe et compositeur éminent. Un maître, dans tous les sens du mot. Un maître écrivain et un maître penseur, un maître critique et un maître érudit, qui distribuait autour de lui l'enseignement le plus fécond, — et aussi un «créateur» qui laisse des oeuvres remarquables, — mais on ne s'en aperçut pas de son vivant.

Des dons qui s'allient rarement : une intelligence lumineuse, un esprit d'analyse prodigieux, une extraordinaire puissance de réflexion qui dissocie les éléments de la réalité ou des créations de l'art, et en même temps ce mystérieux fonds de sensibilité et cet esprit de synthèse qui produisent les chefs-d'oeuvre.

Maurice Emmanuel, Sonate pour piano et violoncelle, opus 2, par Raphaël Perraud (violoncelle), Laurent Wagschal (piano).


Il était né à Bar-sur-Aube le 2 mai 1862. Il tenait de son grand-père le goût de l'archéologie. Mais, dans sa famille, personne n'était musicien. En 1867, ses parents vinrent s'installer à Beaune, qui devint sa patrie d'adoption. Son grand-père, professeur au collège, le prépare au baccalauréat ès lettres et au baccalauréat ès sciences. Et cependant, il venait lentement à la musique en écoutant les chansons des vignerons, en chantant lui-même dans la maîtrise du collège, en tenant à l'occasion l'orgue du choeur et en recevant les leçons de piano d'un professeur italien qu'enthousiasmaient les aptitudes exceptionnelles de son élève. Un jour que le jeune Maurice s'était distingué par une exécution plus brillante encore que de coutume, son professeur, ravi, lui fit cadeau d'une canne qui avait appartenu au célèbre Padre Martini, le maître de Mozart et dont le jeune Mozart lui-même s'était amusé.

La vocation se précisait. Maurice Emmanuel voulait se consacrer à la musique. La famille, un peu inquiète, demandait conseil à un châtelain des environs, le marquis d'Ivry, lui-même compositeur, auteur d'un opéra, les Amants de Vérone, représenté en 1864. Le marquis fit passer une sorte de petit examen au jeune musicien et eut bien vite fait de découvrir en lui une rare nature d'artiste. Voici Maurice Emmanuel qui part pour Paris. Il entre au Conservatoire, où il devient l'élève de Théodore Dubois, Léo Delibes, Guiraud et Bourgault-Ducoudray.

Maurice Emmanuel, Trois sonatines pour piano, no 1, opus 4 « Bourguignonne » (I. Allegro con spirito, II. Branle a la manière de Bourgogne, III. Andante simplice, IV. Ronde a la manière morvandelle) ; no 2, opus 5 « Pastorale » (I. La Caille, II. Le Rossignol, III. Le Coucou) ; no 3, opus 19 (I. Moderato, II. Andante tranquillo, III. Vivace), par Peter Jacobs.


Ici se place un événement singulièrement important dans la vie de Maurice Emmanuel, à la fois pour ce qu'il révèle de ses tendances d'esprit et de son caractère, et par les conséquences qu'il eut dans le développement ultérieur de sa carrière. Mais laissons-le raconter le fait et l'expliquer lui-même :

« La cause de ma brouille avec Delibes, — Delibes, dont je fus l'élève pendant quatre années et à qui, malgré sa dureté pour moi, j'étais profondément attaché, — est assez singulière pour que, tout en m'en excusant, je la relate ici 1... Les chansons des vendanges, en Bourgogne, m'avaient en effet enseigné que les aèdes populaires parlent une langue musicale plus riche que celle des professionnels. Émerveillé, j'avais entendu et transcrit leurs trois modes majeurs, leurs trois modes mineurs, tous rejetés par les musiciens de métier à partir du XVIIe siècle, hormis un seul, le majeur moderne, devenu un tyran absolu. J'avais eu la naïveté d'avouer à Delibes mon enthousiasme, de lui exposer un plan d'études que je m'étais fabriqué et qui consistait à remonter à travers l'art liturgique du moyen âge jusqu'à la musique antique (Gevaert venait de la rendre actuelle), de façon à trouver dans ces musiques successives, non épuisées, de nouveaux moyens d'expression. Cette phrase malheureuse avait eu le don d'irriter mon maître. Mais son mécontentement s'exaspéra lorsque j'eus l'audace de lui soumettre, en classe, au lieu d'une cantate réglementaire, une sonate pour piano et violoncelle et un quatuor où les modes populaires étaient employés. Mon obstination à trouver belles ces vieilles gammes et à les croire utilisables dans l'art moderne polyphone me valut, de la part du musicien charmant mais fermé à toute tentative extra-classique, une sévérité qui se traduisit dans des notes d'examen et par le refus formel de me présenter au concours de Rome. De là, l'hospitalité que m'offrit la bonté de Guiraud et la nécessité de cacher à mon premier maître le secours tout paternel que je trouvai près du second. »

Maurice Emmanuel fut, on le comprend, quelque peu découragé par l'exclusive prononcée contre lui par son maître Delibes. (Que fût-il advenu d'Emmanuel «prix de Rome») ? Nous le voyons alors, non pas abandonnant la musique, — il en était incapable, — mais se tourner momentanément vers les lettres, l'histoire et la critique. Il prend sa licence à la Sorbonne, et il écrit ses thèses de doctorat sur l' Orchestique grecque et l' Éducation du danseur grec (1895), qu'il avait illustrées lui-même de ses dessins. Il se lie avec ses maîtres, Louis Havet, Gaston Paris, Maxime Collignon. Le recteur de l'Université de Paris, Louis Liard, l'envoie en mission en Allemagne et en Autriche. Il en rapporte de précieuses études sur la Musique dans les Universités allemandes (Revue de Paris, 1898) et sur les Conservatoires de musique en Allemagne et en Autriche (Ibid., 1900).

Cependant, ses thèses avaient fait sensation. En 1898, il est nommé titulaire d'une chaire d'histoire de la musique au Collège de France. Le voilà, semble-t-il, consacré historien. Que deviendra le compositeur ?... Mais les choses ne vont pas tout droit. L'intervention d'un puissant personnage dans les affaires du Collège de France aboutit à la suppression des appointements attachés à la chaire d'histoire de la musique en faveur d'une nouvelle chaire scientifique. Voilà Maurice Emmanuel sans situation : il ne peut se payer le luxe d'enseigner sans traitement.

Il revient à la musique. En 1905, il succède à Samuel Rousseau comme maître de chapelle à Sainte-Clotilde. Il veut, dans ces nouvelles fonctions, imposer ses idées, ne faire exécuter que le chant grégorien sans accompagnement ou bien des motets polyphoniques de la Renaissance. Il se heurte à l'incompréhension du curé, des vicaires et des paroissiens. Le premier vicaire, le chanoine Mugnier, seul ose l'encourager. Camille Bellaigne obtient en sa faveur l'approbation du pape. Néanmoins, fatigué de lutter, Maurice Emmanuel quitte Sainte-Clotilde en 1907.

A point nommé, Bourgault-Ducoudray, professeur d'histoire de la musique au Conservatoire, lui laisse sa succession (1907). Le voici de nouveau historien, et, il faut bien le dire, dans des conditions à tous points de vue infiniment moins brillantes que celles qui lui étaient faites au Collège de France. Il ne quitta ses élèves du Conservatoire que pour prendre sa retraite en 1936.

Cependant, il publiait des travaux de la plus haute valeur la monumentale Histoire de la Langue musicale (1911), l'étude sur l'art gréco-romain dans l' Encyclopédie de la musique de Lavignac, le recueil de XX Chansons bourguignonnes, le Chant d l'École, le Traité de l'accompagnement modal des Psaumes (1912), et puis ce petit ouvrage d'un intérêt capital, tant par les renseignements historiques inédits qu'il nous apportait que par le mérite exceptionnel d'une analyse infiniment pénétrante : Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Il publiait, en outre, de nombreux articles de revues : le Rythme d'Euripide a Debussy, César Franck, Anton Reicha, etc.

La valeur précieuse de cette abondante littérature musicographique faisait oublier le compositeur, ou même l'empêchait de se faire connaître comme tel. L'homme de deux métiers n'est guère admis par le public. Pourtant Maurice Emmanuel avait composé deux quatuors, plusieurs sonates, un trio, deux symphonies et ces magnifiques ouvrages qui s'intitulent Prométhée enchaîné et Salamine. Il attend jusqu'en 1919 l'exécution du premier acte de Prométhée aux Concerts Lamoureux, et jusqu'en juin 1929 la représentation de Salamine à l'Opéra. Ce fut une révélation et l'on commença de s'apercevoir, — tout au moins dans le milieu des esprits attentifs, — que Maurice Emmanuel n'était pas seulement un excellent musicologue, mais qu'il était aussi un grand musicien. On s'étonna d'un homme, qui, à ce point, ne suivait pas la mode, se moquait de tous les snobismes, ne redoutait nullement d'être prodigieusement inactuel et arrivait à retrouver le secret d'une beauté antique : on l'admira. Mais le plus, modeste des artistes ne sut pas profiter de son succès, et si, de plus en plus, les connaisseurs se sont rapprochés de lui, si ses amis ont tout fait pour répandre la connaissance et le goût de ses oeuvres, il reste beaucoup à entreprendre pour qu'elles atteignent le grand public.

Elles ont cependant de quoi lui plaire. Parti de la chanson populaire, l'art d'Emmanuel parle un langage que le peuple doit comprendre.

Je revois Emmanuel. Je revois l'homme simple, droit, loyal, sincère. Je le revois, grand et mince, et, malgré les maux dont il a souffert, solide, robuste, énergique, et, quand il le fallait, — quand il fallait souffrir, — d'un courage surhumain. J'entends sa voix claire, nette, son langage précis, sans fausse minutie, et qui devenait éloquent à l'occasion, par la force même de sa précision, — à la Descartes. Je retrouve son regard affectueux et je sens encore le chaud contact de son amitié.

1. Avant-propos d'une étude sur Pelléas et Mélisande (Paul Mellottée éditeur)



Catalogue des oeuvres

Principaux éditeurs : Durand, Heugel, Lemoine, Salabert ; les manuscrits sont en possession de la famille Emmanuel.

Écrits

Œuvre éditoriale

Avec M. TENEO, J.-P. Rameau, «Oeuvres complètes» (17) Paris 1913 ; (18) Paris 1924

Bibliographie

Discographie

Maurice Emmanuel, symphoniesMaurice Emanuel, Les symphonies, Suite française, Ouverture pour un conte gai. Orchestre philharmonique slovène sous la direction d'Emmanuel Villaume.Timpani 2010.

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Maurice Emmanuel
Musique de chambre

 

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Maurice Emmanuel 
Les six sonatines pour flûte et piano
Enregistré en 1986.
ACCOR 149175
01-04. Sonatine 1 (bourguignonne) — 05-07. Sonatine 2 (pastorale)  —  08-10. Sonatine 3 — 11-13. Sonatine 4 (sur des modes hindous) — 14-19. Sonatine 5 (alla francese) — 20-22. Sonatine 6 — 23-25. Trio (sonate pour clarinette, flûte et piano)

 

Maurice Emmanuel
Symphonies 1 & 2
Le poème du Rhône
Orchestre philarmonique de Rhénanie-Palatinat
Leif Segerstam, dir
Gilles Nopre, dir.
Enregistré en 1990, 1991, 1992
NAXOS Patrimoine 8 550889 DDDD 

Symphonie n° 1 en la majeur opus 18 : 01. Tranquillo molto - 02. Adagio molto - 03. Allegro con fuoco. Symphonie n° 2 en la majeur opus 25 (diteBretonne ) : 04. Allegro - 05. Scherzando - 06. Allegro Malinconico - 07. Finale. Le poème du Rhône opus 30 (orchestration Béclart d'Harcourt) : 08. Presque lent - 09. Allant -10. Sans traîner.

Jean-Marc Warszawski
2002
© Musicologie.org


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Jeudi 2 Septembre, 2021