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Alfred Caron — Opéra Comique, 23 janvier 2026.

Werther : le théâtre chanté de Ted Huffman

Werther, Opéra-comique, janvier 2026, Pene Pati (Werther), Adèle Charvet (Charlotte). Photographie © Jean-Louis Fernandez.Werther, Opéra-comique, janvier 2026, Pene Pati (Werther), Adèle Charvet (Charlotte). Photographie © Jean-Louis Fernandez.

Avec cette nouvelle production, le drame lyrique de Jules Massenet fait retour Salle Favart, après plus de trente ans d’absence. Ted Huffman y joue la carte d’un théâtre entièrement basé sur le jeu d’acteurs et la suggestion pour le cadre. Le plateau nu, d’un blanc immaculé dans une boite noire où s’ouvrent une ou deux portes dérobées, offre une aire de jeu pour un « théâtre chanté » qu’il conçoit « comme dans une pièce de Tchékhov ». Le drame s’y déploie en pleine lumière, quasiment sans accessoires, n’étaient quelques chaises et une table, mise qui passera telle quelle du deuxième au troisième acte, ainsi qu’un petit buffet d’orgue en fond de scène qui servira pour le « dimanche ».  Si un sapin vient évoquer la nuit de Noël à l’avant-dernier tableau, c’est sur une scène entièrement vidée que se jouera la mort du héros. Dans cette mise en scène qui se veut à sa façon « réaliste », ancrée en tous cas dans une « réalité » quotidienne, on ne peut s’empêcher de noter quelques bizarreries : Charlotte qui distribue le goûter des enfants avec une soupière et qui s’élance, pieds nus, dans la nuit d’hiver, pour porter les pistolets d’Albert à Werther qu’elle trouve déjà ensanglanté, s’étant ouvert les veines, ce qui fait perdre au geste sa portée symbolique.

Après Benjamin Bernheim en 2025 au TCE, c’est au tour de Pene Pati de se confronter au rôle-titre, depuis toujours l’apanage des grands ténors lyriques. Avec une voix assez centrale, il compose un personnage plus sombre et révolté que mélancolique. Son articulation française est comme toujours impeccable, mais on remarque d’emblée une tendance à détimbrer dans les piani, et des aigus assez ouverts qui prouvent que le rôle demande une largeur, héritée de son créateur, un Lohengrin, un Parsifal et même un Siegmund, et que, d’évidence, le ténor samoan ne possède pas tout à fait. Malgré cela, il se révèle très émouvant, compensant ces quelques limites par son engagement, dans la plupart de ses airs, notamment celui célèbre du troisième acte. Plus large et ancrée dans le grave que celle de Marina Viotti, la voix d’Adèle Charvet nous ramène à la tradition des mezzos dramatiques. Après la jeune fille réservée du premier acte, elle compose une femme mariée d’une terrible froideur dans le deuxième et se libère tout à fait pour les souffrances et les remords des deux derniers. Avec sa voix suave, la Sophie de Julie Roset apporte cette touche de fraicheur et de candeur joyeuse attendue, sans mièvrerie ni superficialité. L’Américain John Chest est un Albert, solide, d’une brutalité contenue, très convaincant.

Werther, Opéra-comique, janvier 2026, Pene Pati (Werther), Adèle Charvet (Charlotte). Photographie © Jean-Louis FernandezWerther, Opéra-comique, janvier 2026, Pene Pati (Werther), Adèle Charvet (Charlotte). Photographie © Jean-Louis Fernandez.

Dans cet univers assez guindé où tout le monde est tiré à quatre épingles, on se demande pourquoi le Bailli, au demeurant excellent de Christian Immler, apparait par deux fois en maillot de corps. Les deux complices, Jean-Christophe Lanièce (Johann) et Carl Ghazarossian (Schmidt) sont croqués sans trop d’histrionisme, mais le metteur en scène échoue à faire quoi que ce soit avec le petit couple d’amoureux, Brühlmann et Kätchen réduits à de la simple figuration. Les enfants du Bailli sont ramenés à cinq sur le plateau, l’essentiel de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique qui les double en coulisses leur offre une bande-son de très bon niveau.

Brillant et précis, l’orchestre Pygmalion donne sous la direction de Raphaël Pichon une interprétation de la partition inédite, plus dramatique que lyrique, comme asséchée par les timbres des instruments d’époque, mais toujours d’une grande présence et d’une incroyable densité sans jamais pourtant couvrir le plateau.

Prochaines représentations les 27 et 29 janvier.

Spectacle enregistré le 23 janvier par Arte et disponible en replay jusqu’au 22 juillet 2027.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
2026
© musicologie.org.

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ISSN 2269-9910.

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