Teatro Real de Madrid : Verdi musicalement intense

Réoriorenté vers l’art lyrique dans les années 90, après de longues années où il ne pouvait techniquement abriter que des concerts, depuis quelques années le Teatro Real de Madrid, tente de se faire une place parmi les grandes maisons d’opéra internationales en alternant des titres peu fréquents (Iris, La fiancée vendue, La passagère,…) avec des œuvres bien connues servies par des distributions prestigieuses.
Nous nous trouvions dans ce dernier cas pour la série de représentations du Trovatore de Giuseppe Verdi : le Real avait réuni dans plusieurs distributions Anna Netrebko, Saioa Hernández, Marina Rebeka, Anita Rachvelishvili, Clémentine Margaine, Teresa Romano, Ksenia Dudnikova, Artur Rucinski, Juan Jesús Rodríguez, George Petean, Piotr Beczala, Celso Albelo, Vittorio Grigolo et Yusif Eyvazov. Rien de moins.
Tous sous la baguette de Nicola Luisotti.
Netrebko ayant renoncé à sa participation pour des raisons de santé, elle avait été remplacée lundi 13 juillet par Eleonora Buratto.
Buratto aborda sa Leonora en soprane lyrique, avec délicatesse, en s’appuyant surtout sur son beau timbre et sa maîtrise des piani et des filati. Si son premier air, « Tacea la notte placida » fut une belle réussite, sa version du deuxième air, « D’amor sull'alli rose », aurait pu être anthologique si elle avait pu répéter plus avec l’orchestre pour trouver la confiance nécessaire.
De son côté, Yusif Eyvasov montra encore une fois qu’il est bien plus que l’ex de madame Netrebko. Son timbre n’est peut-être pas des plus séduisants, et ce n’est pas un ténor de mezze voci, mais son beau volume, l’assurance de ses aigus, le phrasé ardente, et la sincérité de son implication en tant que Manrico forcent l’admiration : une très belle prestation.
George Petean en tant que comte de Luna unissait la noblesse du timbre avec l’intelligence du chant. Bien soutenu par le maestro Luisotti, son air « Il balen del suo sorriso » lui valut un triomphe parmi les aficionados madrilènes. Du Verdi à l’état pur.
Mais c’est sans doute Clémentine Margaine, avec sa voix charnue et volumineuse, avec ses aigus bien trempés, avec son tempérament de feu et ses accents délicats, avec sa ligne de chant impeccable et son implication d’actrice, qui emporta le morceau dans une Azucena d’une grande émotion.
Marko Mimica, peu favorisé par une mise en scène qui l’éloignait du public, s’en tira de son rôle de Ferrando honorablement, mais sans brillance.
Bonnes prestations, dans leurs petits rôles, de Rocío Faus (Inès), Fabián Lara (Ruiz), Moisés Marín (Messaggero), Juan Manuel Muruaga et Koba Sardalashvili, ainsi que du chœur du Teatro Real.
Autant le chœur que l’orchestre sonnent bien, sont agiles et répondent bien aux indications de Luisotti, qui sait donner la priorité aux voix (en ce sens il est aidé par la bonne acoustique du Real) tout en soignant les détails orchestraux et la teatralità.
Dommage qu’une si belle réussite musicale fût accompagnée d’une mise en scène démonstrative : si Ferrando évoque une sorcière, le metteur en scène se sent obligé de nous montrer une figurante qui joue la sorcière ; si Azucena nous raconte la mort de son fils, le metteur en scène ne nous épargnera pas les images du fils, de la mère et de tutti quanti… et ainsi de suite. Tout ça dans des costumes d’une platitude sans limites, qui semblent interchangeables avec les costumes de n’importe quelle autre production de n’importe quel autre titre par n’importe quel autre metteur en scène. Sans compter les fois où les inventions du décor nous empêchent de voir les chanteurs… Enfin, une mise en scène qu’il vaut mieux oublier.
Mais des prestations musicales à bien garder en mémoire.
13 juillet 2026.
Madrid, lundi 13 juillet 2026. Teatro Real. Il trovatore, opéra en quatre actes. Musique de Giuseppe Verdi, sur un livret de Salvatore Cammarano d’après la pièce de Antonio García Gutiérrez. Mise en scène de Francisco Negrín, reprise de Jean-Michel Criqui. Scénographie et costumes de Louis Désiré, lumières de Bruno Poet. Avec Eleonora Buratto (Leonora), Yusif Eyvazov (Manrico), Clémentine Margaine (Azucena), George Petean (Conte di Luna), Marko Mimica (Ferrando), Rocío Faus (Inès), Fabián Lara (Ruiz), Moisés Marín (Messaggero), Juan Manuel Muruaga et Koba Sardalashvil (un zingaro). Coro y Orquesta del Teatro Real de Madrid. Chef de chœur, José Luis Basso. Direction musicale, Nicola Luisotti.



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Lundi 27 Juillet, 2026 2:41
