Alfred Caron — Théâtre des Champs-Élysées, 28 septembre 2026.
Roma : le péplum patriotique de Massenet
Roma, Diego Ceretta, Rachel Willis-Sorensen, Jean-François Borras. Photographie © OPMC / Alice Blangero.
Si l’on en croit la note de programme de Jean-Christophe Branger, Roma (1912) serait un opéra « entre deux guerres », un sursaut patriotique venu de la défaite de 1870 et de la prémonition du futur conflit avec l’Allemagne. Une façon aussi de revendiquer un classicisme à la française en réponse au wagnérisme ambiant. De fait, Fausta, la vestale dont il est question dans le livret, infidèle à ses vœux, qui a laissé s’éteindre le feu sacré, et qui est donc considérée comme la responsable de la défaite des Romains face à Hannibal, revendique en tant que Romaine d’être punie et de mourir pour contenter la déesse et faire triompher sa patrie. Elle n’aura pas finalement à subir la mort lente de l’enterrée-vivante, sa grand-mère Posthumia la poignardera dans une scène qui est sans doute une des meilleures de l’opéra.
Pour répondre à l’invraisemblable livret d’Henri Cain, lui-même inspiré d’une pièce d’Alexandre Parodi, Rome vaincue, créée en 1876 à la Comédie-Française avec Sarah Bernardt dans le rôle de l’aïeule aveugle, un personnage qui fait quelque peu penser à La Cieca de La Gioconda de Ponchielli (elle-même inspirée d’une pièce de Victor Hugo que Parodi admirait beaucoup) ou à la Madelon d’Andrea Chénier, Massenet compose une partition où il mixe le lyrisme de ses grands opéras antérieurs (Manon, Thaïs ou Werther) pour les scènes intimes, avec une inspiration martiale dominée par les chœurs masculins, les cuivres triomphants, et les chœurs religieux, tel celui à Vesta au dernier acte. Tout cela nous renvoie nettement du côté du grand opéra à la Meyerbeer ou au Wagner de Rienzi. Le texte banal et ampoulé du librettiste, le caractère souvent tonitruant de la partition nous ont laissé quelque peu sceptique. Quelques scènes, notamment celle de Posthumia remarquablement défendue par Julie Robard-Gendre et certains duos amoureux arrivent à convaincre, mais cet « opéra tragique » en cinq actes frise souvent le ridicule par ses invraisemblances et ses anachronismes, comme quand l’esclave gaulois Vestapor se réjouit de la défaite des Romains devant les armées carthaginoises dans lesquelles combattent ses deux fils. On reconnaîtra toutefois que les deux derniers actes renouent avec ce sens théâtral caractéristique du compositeur dans ses meilleures œuvres.
Pour défendre, cette partition oubliée, la dernière créée du vivant de Massenet, le Palazzetto Bru-Zane, avait réuni un plateau de qualité. Dans le rôle principal de Fausta, Rachel Willis-Sorensen fait valoir une voix longue de grand lyrique aux aigus flamboyants, mais parfois un peu trop appuyés, sans doute pour compenser le déchainement des masses sonores dans certains ensembles survoltés. On regrette aussi, malgré un français sans accent un certain flou dans l’articulation. Jean-François Borras est un Lentullus, l’amant de Fausta, plein de bravoure dont le registre supérieur qui offre de belles notes cuivrées et sait passer dans un registre amoureux sans rupture. Tassis Christoyannis grisonne beaucoup dans le rôle du père adoptif de Fausta, pris entre amour paternel et sévérité patriotique, et Patrick Bolleire offre l’autorité voulue au personnage du Grand Pontife. Parmi les petits rôles, citons encore la délicate Junia d’Hélène Carpentier à qui Massenet offre un air plein de naïveté tendre et le baryton Jérôme Boutiller à la diction parfaite, très convaincant dans le rôle de Vestapor. Excellents les chœurs de radio-France et l’orchestre philharmonique de Monte-Carlo que Diego Ceretta fait sonner à plein régime, mais avec beaucoup de finesse également lorsque celle-ci est requise. Évidemment, l’impression à chaud peut encore être nuancée par la réécoute. L’enregistrement que le Palazzetto Bru-Zane a réalisé en amont du concert et qui devrait paraitre dans sa collection « Opéra Français », permettra peut-être de relativiser ce premier jugement.
Concert enregistré par France Musique et diffusé le 17 octobre prochain.


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Mercredi 30 Septembre, 2026 20:27