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Alfred Caron — Opéra de Paris, 16 janvier 2026.

Popote wagnérienne : Siegfried a l’Opéra Bastille

Opéra national de Paris, répetitions de Siegfried. Photographie © Elena Bauer - Opéra national de Paris.

Après deux premiers volets très décriés, la suite de l’Anneau du Nibelung (le Ring, comme on dit) à Bastille risque fort d’irriter une fois de plus les wagnerolâtres. Calixto Bieito y a semé quelques touches d’humour qui regardent d’un œil dubitatif certaines scènes un rien bavardes et au fond aussi amphigouriques qu’inutiles dont Wagner, avec sa manie de la récapitulation, avait le secret. La plus redoutable est la rencontre entre Erda et Wotan au troisième acte où ils s’interrogent l’un l’autre sur des choses qu’ils connaissent parfaitement tous les deux et dont le public qui attend la suite se fiche royalement. Le metteur en scène en fait une scène de ménage où une Erda popote sert la soupe à son pseudo-époux et où tous deux se chamaillent et finissent ridiculisés par ce voyou de Siegfried, elle réduite au silence avec la nappe sur la tête et l’anneau doré lui servant de diadème et lui coiffé de la marmite et évacué manu militari par le héros. Ils n’aimeront sûrement pas non plus l’oiseau grandeur nature qui gigote pendu au plafond tandis que Siegfried le cherche égaré à l’avant-scène. Cette fin étonnante où le feu qui protège Brunhilde est devenu un bloc de glace que tente de détruire Siegfried avec Notung, les dérangera sûrement aussi. C’est une image pourtant symboliquement juste de cette « virginité » si discutée entre eux et qui soudain m’a fait penser à la «  principessa di gelo » de Turandot. Avouons-le quand même, le premier acte est un peu terne : pas d’ours, pas de forge ni d’épée, une petite valise où Mime garde les reliefs des épisodes précédents dont la robe de Sieglinde avec laquelle Siegfried invoque les mânes de sa mère.

Pour le reste, le metteur en scène est resté plutôt sage. Tout se passe dans une forêt à l’envers, mouvante et traversée d’inquiétantes lueurs — une idée qu’il avait déjà utilisée dans son Tannhäuser à Anvers en 2015. L’apparition du dragon n’est pas vraiment spectaculaire. Alberich se charge de faire accoucher une étrange créature neutre de son fils Hagen. Le bois est hanté par un être souffreteux mi-humain, mi-animal dont on ne saura pas qui il est ni ce qu’il représente. Peut-être une image de la nature menacée à laquelle appartient Siegfried, par opposition au cyber univers des premières parties.

Ils se consoleront avec un plateau de premier plan : Andreas Schager est d’une vaillance à toute épreuve ou presque, dans le rôle-titre. Un ou deux petits accrocs au fil de la soirée et une fatigue évidente au troisième acte ne peuvent entamer la force son incarnation rayonnante, même si la rencontre finale avec la magnifique Brunnhilde de Tamara Wilson fait paraître son personnage un rien trivial. Un plus qu’excellent Mime, un solide Alberich, un Wotan de remplacement avec une bonne voix, mais assez peu d’étoffe, un Dragon qui manque un peu d’ampleur, un oiseau fruité et léger et la pauvre Marie-Nicole Lemieux qui cachetonne pour quelques répliques dans la scène la plus idiote de l’opéra déjà citée, font un plateau très convaincant. L’orchestre est à la hauteur et la direction de Pablo Heras-Casado en tire le meilleur, précise, ample et généreuse de son et de couleur. Enfin n’étant pas un wagnérien aguerri, leur performance nous a tout à fait convaincu. Comme déjà pour l’Or du Rhin et La Walkyrie, le metteur en scène n’est pas venu saluer, difficile donc de savoir ce que le public a pensé de sa proposition, mais, à l’applaudimètre, il semble qu’il ait été parfaitement convaincu, au moins par la distribution. 

Représentations jusqu’au 31 janvier.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
16 janvier 2026
© musicologie.org.

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ISSN 2269-9910.

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