Passions Baroques : Vivaldi à foison
Gli incogniti et Amandine Beyer, Montauban, Théâtre Olympe de Gouges, 9 octobre 2026. Photographie ©Auxie Boivin.
Malgré les opinions de Stravinski (« le type ennuyeux qui écrivait toujours le même concerto ») ou de Dallapiccola (« le musicien qui a réussi à écrire 600 fois le même concerto »)1, Antonio Vivaldi demeure l’un des compositeurs les plus imaginatifs de son époque.
C’est ce que démontre le programme, conçu par le musicologue Olivier Fourès et interprété par l’ensemble Gli Incogniti, que nous avons eu le plaisir d’écouter le vendredi 9 octobre dernier à Montauban, dans le cadre du festival Passions Baroques.
Olivier Fourès s’appuie sur une anecdote — la colère de Vivaldi face à des clients allemands qui exigeaient qu’il précise certaines lignes de basse continue — pour bâtir un programme aussi varié que cohérent exclusivement consacré à Vivaldi, Amandine Beyer, fondatrice, directrice et violon soliste de l’ensemble, prend régulièrement la parole pour dévoiler, avec simplicité et agrément, des détails curieux (comme l’anecdote susmentionnée) qui stimulent l’écoute.
Les membres de Gli Incogniti mettent tout leur enthousiasme au service de cette musique. On perçoit le plaisir qu’ils prennent à jouer chaque note, ainsi que l’admiration qu’ils éprouvent pour leurs partenaires… Et ce n’est pas sans raison. Car l’intelligence du phrasé du basson (Alejandro Pérez-Marín, soliste dans deux des concertos donnés) est admirable, tout comme l’intensité du violoncelle (Frédéric Baldassare, qui tient son instrument entre les jambes, à l’ancienne2), l’agilité et la justesse au clavecin et à l’orgue (Anna Fontana, qui nous dévoilera, lors du bord-plateau après-concert, les secrets de son instrument aux côtés de Jean-Marc Andrieu3), ainsi que la précision et la délicatesse du théorbe et de la guitare baroque (Elias Conrad, qui nous expliquera les différences avec la guitare moderne) ; sans oublier la précision et la pertinence des autres violons, de l’alto ou de la contrebasse. Et, bien sûr, la maîtrise technique et la musicalité d’Amandine Beyer au violon.
Le public suit le concert avec ravissement et réserve une ovation aux musiciens à la fin.
En guise de bis, ils nous offrent le mouvement alternatif du concerto RV 321 « per Chiaretta », tout en pizzicati : un véritable délice.
Après le concert, une rencontre au bord de la scène permet au public montalbanais de manifester autant de passion que d’érudition. Les membres de Gli Incogniti répondent avec la même sympathie, et une érudition encore plus grande.
Un nouveau succès donc pour le festival Passions Baroques, rendez-vous incontournable à Montauban pour tout mélomane de la région toulousaine.
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Montauban, 9 octobre 2026.
1. La phrase de Dallapiccola, apparemment prononcée en privé, est rapportée avec de nombreuses variantes selon les sources.
2. Baldassare lui-même expliquera, lors de la rencontre après le concert, comment la pique du violoncelle est une invention adoptée bien plus tard et très progressivement.
3. Il s’agissait d’un clavecin-orgue, fruit d’une collaboration entre le facteur d’orgues Étienne Fouss et le facteur de clavecins Philippe Humeau ; c’est ce dernier qui a conçu le mécanisme permettant d’alterner entre l’orgue et le clavecin, voire de jouer des deux simultanément. Comme l’a expliqué Jean-Marc Andrieu, cheville ouvrière du festival Passions Baroques et fondateur de l’orchestre Les Passions, l’existence de ce type d’instrument hybride est attestée dès les xve et xvie siècles, mais le mécanisme d’origine ayant disparu, c’est Humeau qui a mis au point ce nouveau dispositif.
Montauban, vendredi 9 octobre 2026. Théâtre Olympe de Gouges, « Per li coglioni », Vivaldi a piacere. Antonio Vivaldi : concerto pour cordes en la majeur RV 160, concerto pour violon en mi mineur RV 278, concerto pour violoncelle et basson en mi mineur RV 409, Concerto fatto per mr Pisendel, pour violon, en la majeur RV 340 ; Sinfonia improvisata en do majeur RV 802 , concerto pour basson en la mineur RV 499, concerto pour cordes en re mineur RV 128, Recitativo en si mineur RV 208, concerto pour violon en re majeur RV 224, comme bis : mouvement alternatif en si bémol majeur RV 322 « per Chiaretta ». Gli Incogniti, Yoko Kawabuko et Vadym Makarenko (violons), Ottavia Rausa (alto), Frédéric Baldassare (violoncelle), Alejandro Pérez-Marín (basson), Elias Conrad (théorbe et guitare baroque), Baldomero Barciela (contrebasse), Anna Fontana (clavecin et orgue), Amandine Beyer (violon soliste et direction musicale).



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ISSN 2269-9910.

Vendredi 16 Octobre, 2026 23:29
