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Alfred Caron — Théâtre des Champs-Élysées, 11 février 2026.

Médée : une tragédie lyrique « inédite » de Cherubini

Médée de Cherubini, Théâtre des Champs-Élysées. Photographie © Crédit Cyprien Tollet.

Avec cette version de concert de Médée, destinée à faire l’objet d’une publication sous son label, le Palazzetto Bru-Zane nous offrait une vision entièrement renouvelée de l’opéra de Cherubini1. Basée sur l’édition critique de Heiko Cullmann (Simrock, 2008), elle se propose de réaliser le projet initial de Cherubini et de son librettiste, François-Benoit Hoffman : créer une tragédie lyrique dans le droit fil de l’héritage gluckiste. L’utilisation de récitatifs orchestrés, composés par le musicologue Alan Curtis (sur un texte qui ne semble pas être celui des dialogues originaux en alexandrins), mais dans un style parfaitement en phase avec les numéros musicaux, permet de résoudre le hiatus de la version « opéra-comique », entre les parties chantées et les passages parlés et offre à l’ensemble une cohérence et une homogénéité inédite. Peut-être l’opéra y perd-il parfois un peu de son efficacité dramatique, comme dans le dernier acte où le long échange entre Néris et Médée amoindrit l’effet dramatique que crée l’enchainement direct entre le prélude orchestral orageux et la scène de tourment de l’héroïne. L’orchestration renforcée du côté des cuivres, l’ajout d’un mouvement de ballet au premier acte concrétisent les intentions du compositeur qui pensa réviser son opéra vers 1832 pour le faire entrer au répertoire de l’Opéra sans y parvenir.

Tout cela, bien sûr, ne serait rien si l’interprétation n’était à la hauteur de l’enjeu d’une œuvre où se sont illustrées les grandes cantatrices du xxe siècle. Marina Rebeka se coule à sa façon dans l’héritage de la plus grande d’entre elles, Maria Callas, dont elle rappelle avec un splendide médium et des éclats de fureur servis par un aigu large et timbré, la puissante incarnation. Si le grave est souvent pris en défaut, elle le compense largement par son engagement où elle fait sentir à quel point elle a intériorisé le personnage, se refusant même à sourire aux applaudissements et seulement troublée dans son identification par un problème de tablette en panne qui oblige à reprendre le prélude de sa scène. Sa performance exceptionnelle paraît d’autant plus admirable qu’elle a dû réapprendre entièrement, dans cette version française, un rôle qu’elle a décidé de ne plus aborder. Elle domine le plateau de sa souveraine présence, passant d’une robe d’un rouge de feu au premier acte au noir profond dans la deuxième partie. Dans un rôle de ténor très central qu’il connait bien, Julien Behr ne démérite pas et lui donne une excellente réplique. Voix légère, mais bien conduite, Mélissa Petit délivre le grand air de Dircé du premier acte avec toute l’élégance et les ornements voulus. Imposant, mais peu nuancé, le Créon de Patrick Bolleire offre la meilleure articulation d’un plateau essentiellement francophone Il revient à Marie-Andrée Bouchard-Lesieur de défendre l’interminable air de Néris avec basson obligé qu’elle réussit à sauver de toute sensation répétitive. D’excellents comprimari et un chœur auquel les jeunes voix des Chantres du Centre de musique baroque de Versailles apportent une touche d’une grande fraîcheur complètent ce plateau de bonne tenue. L’autre artisan de la réussite de ce concert est bien sûr Julien Chauvin. À la tête de son Concert de la Loge, le chef donne une lecture de la partition de Cherubini extraordinairement engagée et tendue, voire d’une violence qui ne ménage pas l’auditeur, et à laquelle les instruments d’époque restituent ses couleurs originales et son climat authentique.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
11 février 2026
© musicologie.org.

1. Alexandre Dratwicki, à l’initiative de ce projet, en offre une brève synthèse en vidéo sur le site du Palazzetto Bru-Zane.


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ISSN 2269-9910.

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