Alfred Caron — 5 avril 2026.
Médée, fille des Enfers

Médée Fille des enfers, Eugnie Lefebvre (soprano), Paco Garcia (ténor), Louis Créac'h (violon), Simon Pierre (violon), Kate Goodbehere (alto), Julie Dessaint (violon de gambe), Cécile Vérolles (violoncelle), Lucile Tessier (hautbois, flûte, basson), Sarah Van Oudenhove (violone), Thibaur Rousset (théorbe), Clément Geoffroy (clavecin), Dominique Boutel (récitante), œuvres de Colasse, Kusser, Cavalli, Steffani, Charpentier, Salomon, textes de Rhodes, Corneille, Anouilh, Euripide, Seulétoile 2026 (SE 15).
Enregistré les 10-13 septembre 2024, temple protestant de Roubaix.
Dans sa note d’intention, Eugénie Lefèbvre dit avoir éprouvé une véritable fascination pour le personnage de Médée, et senti la « nécessité de l’incarner ». Pour en raconter l’histoire en un seul « mélodrame » d’une heure et quart, elle a réuni la musique de six compositeurs, allant de la fin du xviie au début du xviiie siècle, et leur a associé des textes de liaison venus de l’Antiquité grecque (Les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes et la tragédie éponyme d’Euripide) ainsi bien sûr que celle de Pierre Corneille et même de la pièce de Jean Anouilh de 1953, montrant que le mythe est toujours aussi vivant au xxe. Les auteurs français font pendant ici aux trois compositeurs du Grand Siècle, Pascal Colasse et son Jason et la Toison d’Or (1696), Marc-Antoine Charpentier et le moins connu Joseph-François Salomon (dont Reinhoud Van Mechelen vient justement de recréer l’opéra Médée et Jason de 1713). Du côté italien, Il Giasone de Cavalli (1649) évoque la rencontre et les premières amours de Jason et de Médée, Agostino Steffani et ses Rivali concordi (1698) la lutte contre les soldats d’Aètes et la fuite de Médée et Jason avec la fameuse Toison d’Or. Mais le plus rare de tous ces compositeurs reste l’allemand Johann Sigismund Kusser dont le Jason (1697) évoque à travers deux extraits le coup de foudre fatal et l’invocation de Médée à Hécate pour obtenir un soutien à Jason, moitié en allemand, moitié en italien comme c’était courant dans les débuts de l’opéra allemand. Le basculement vers la tragédie proprement dite se fait bien sûr autour de la Médée de Charpentier à travers le magnifique monologue « Quel prix de mon amour » et le parcours s’achève sur le « triomphe » de Médée défiant Jason, vu par Salomon.
Eugénie Lefèvre y donne toute la mesure de ses capacités expressives et de sa maîtrise du style déclamé de la tragédie lyrique et, dans l’ensemble du disque, son interprétation est très convaincante. Pour quelques scènes et même un air soliste, elle s’est associée au ténor Paco Garcia, qui lui donne une réplique efficace.
Seuls peut-être les textes de liaison laissent une impression un peu inaboutie. Ils auraient sûrement réclamé un style théâtral plus fouillé pour être dans le même registre que les parties chantées. A cette réserve près, l’ensemble est une belle découverte, grâce également à l’accompagnement d’un petit ensemble de neuf musiciens de premier plan dont elle assure elle-même la direction artistique et dont il est clair à l’écoute que tous, venus des différents ensembles avec lesquels la soprano collabore régulièrement, s’entendent à merveille et contribuent à la réussite d’un projet orignal et captivant.


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ISSN 2269-9910.

Dimanche 5 Avril, 2026 1:32