Alfred Caron — Marseille, Opéra, 2 janvier 2026.
Le Barbier (SDF) de Séville
Le Barbier de Séville, Opéra de Marseille. Photographie © Christian Dresse.
Avec ce Barbier de Séville, importé de l’Opéra du Rhin où il a été créé en 2018, l’Opéra de Marseille concluait l’année de son centenaire, en offrant à son public un spectacle festif et joyeux comme il se doit en cette période de fin et de début d’année. La production de Pierre-Emmanuel Rousseau se veut très couleur locale. Décor et costumes nous emmènent dans une Séville du xixe siècle plus typique que nature et, à vrai dire, bien trop surchargée pour être réaliste. À quoi bon cette procession au lever de rideau ou cette Vierge de la Macarena qui domine le plateau chez Bartolo ? L’élément religieux est à peine suggéré dans le livret d’origine, sinon dans le personnage de Basilio, apparaissant, allez savoir pourquoi !, ici en moine tandis que Don Alonso qui devrait être son clone est déguisé en petit abbé. La scénographie passe de la place du premier tableau à ce qui devrait être son envers, la maison de Bartolo, sans vraiment offrir de correspondance crédible entre extérieur et intérieur et la gestion des entrées et des sorties semble se faire au petit bonheur la chance, en dépit de toute cohérence dramatique. Surtout, le metteur en scène se montre tout à fait désarmé dès qu’il s’agit de régler une scène d’action comme le charivari des musiciens au premier acte et la plupart des finals, qu’il se contente d’animer par une vague parodie de music-hall plutôt sommaire. Une certaine vulgarité qui est sans doute sa façon de concevoir la « modernité » est du reste ce que l’on pourra reprocher à sa caractérisation des personnages. Son Figaro en est un bon exemple qu’il fait apparaître, négligé, en marcel, la bouteille à la main et sortant d’une nuit de stupre, sa besace sur le dos tel une sorte de SDF. Fort heureusement la qualité de la distribution et son engagement font oublier les limites d’une mise en scène essentiellement décorative et assez superficielle. Passé un air d’entrée un peu trop stentorien, Vito Priante se révèle un Figaro efficace et nuancé, convaincant tant vocalement qu’au plan théâtral. Le ténor très large à l’aigu brillant de Santiago Ballerini manque de souplesse pour les vocalises de la cabalette de son air d’entrée. Usant souvent de la voix de tête dans sa cavatine, il se rattrape largement dans les scènes suivantes et l’on regrette que le trio du dernier acte n’ait été écourté. Marc Barrard est exactement la basse bouffe que réclame Bartolo et sa maîtrise du souffle et de la vocalise dans son air si long et si exigeant impressionnent, de même que sa remarquable présence en scène. L’élément le plus séduisant reste la Rosina d’Eléonore Pancrazi. La mezzo joue d’une longue tessiture quasi sopranisante pour réinventer avec force variations et ornements, la vocalité de son rôle et caractériser son personnage de jeune femme tout à la fois mutine et outrageusement délurée. Son interprétation pleine de surprise et son incarnation scénique sont un plaisir de tous les instants. Le solide Basilio de Alessio Cacciamani à la basse puissante et la désopilante Berta d’Andrea Soare complètent ce plateau. La seconde restitue à son rôle son authentique tessiture de soprano et une virtuosité qui laisse supposer une véritable prima donna sous le déguisement ridicule de la vieille servante. Excellent le chœur masculin sauf dans les jeux de cape du premier tableau. Dans la fosse, Alessandro Cadario fait briller la partition de Rossini à la tête de l’orchestre maison. On doit à Fabienne Di Leandro une mention pour la subtilité avec laquelle elle soutient le récitatif au pianoforte et le fait vivre comme de véritables dialogues, mais on ne saurait en dire autant de surtitres sommaires qui en trahissent quelque peu la finesse.


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ISSN 2269-9910.

Mardi 6 Janvier, 2026 22:35