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Alfred Caron — 26 octobre 2026.

Le Mahler quintessencié d’Andrè Schuen et Daniel Heide

Mahler : Lieder, Andrè Schuen (baryton), Daniel Heide (piano)

Mahler : Lieder, Andrè Schuen (baryton), Daniel Heide (piano), eines fahrenden Gesellen ; Rückert-Lieder ; Kindertotenlieder ; Urlicht. Cavi-music (4869101).

Enregistré en avril 2024, à Hohenems, Markus-Sittikus-Saal .

C’est une vision particulièrement dramatisée des Lieder de Mahler que Andrè Schuen et Daniel Heide nous proposent dans ce disque où sont réunis trois cycles majeurs du compositeur auxquels vient s’ajouter en conclusion « Urlicht », un extrait de la Symphonie no 2, habituellement confié au contralto dans sa version originale. Sans doute cette tonalité est-elle induite par la puissance de la voix et une certaine âpreté du timbre sombre du baryton et par l’accompagnement au piano remarquablement articulé sur le mouvement et les affects qui met en avant la voix à nu et une expressivité de tous les instants. Dans les Lieder eines fahrenden Gesellen (Chants d’un compagnon errant), sur un texte de Mahler lui-même où le compositeur se place dans la droite ligne de la poésie romantique d’inspiration populaire, celle ad’un Wilhelm Müller par exemple, comme dans les Kindertotenlieder (Chants des enfants morts), la voix masculine renforce l’authenticité et la pertinence du propos. Originellement, en effet, le poète narrateur, confronté à la perte de son amour dans le premier cycle et à celle des enfants dans le second, est effectivement un homme. On sera surpris par une forme de pathos qui touche parfois à une certaine brutalité dans e premier, notamment dans « Ich hab' ein glühend Messer in der Brust » et de souffrance contenue et d’une grande sobriété dans le second, jusque dans « In diesem Wetter », où le pianiste fait rugir la tempête. Toutefois la douceur mélancolique de certains Lieder n’échappe pas à l’interprète, lorsque s’exprime la tristesse résignée de « Die zwei blauen Augen » ou le détachement serein de « Ich bin der Welt abhanden gekommen » qui conclut les cinq Lieder sur des textes de Rückert de 1901-1902. On admire également ce sens de la demi-teinte dans « Um Mitternacht » et il s’épanouit tout à fait dans « Urlicht » où le chanteur offre une touche de mysticisme plein d’espoir et où la voix s’allège et se fait quasiment transparente. Sans doute cette version quintessenciée, parfois à la limite de l’expressionnisme, ne sera pas du goût de tout le monde. Elle met en avant une intensité pleine d’angles coupants et de douceur attristée, et joue sur la richesse des contrastes, qui a tendance à disparaitre dans l’habillage du tissu orchestral et dans la séduction de voix aux timbres plus flatteurs. Elle ici, est au cœur de l’interprétation et fait tout le prix d’une vision « à l’os » de la sensibilité mahlérienne.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
26 octobre 2026
© musicologie.org.

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ISSN 2269-9910.

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