27e année, 24 janvier 2026.
La fabrique des Américain·es : 250 ans d’expérimentations et expériences
26-29 mai 2026, Caen
Université de Caen Normandie,
57e Congrès de l’Association Française d’Études AméricainesAtelier « musiques populaires » : De l’humain à l’algorithme : la musique populaire comme fabrique des identités.
Depuis leur arrivée sur le territoire américain, puis étatsunien, les migrants forcés ou volontaires d’origines ethniques et nationales diverses ont expérimenté musicalement avec une intensité qu’a favorisée la proximité spatiale et sociale, y compris avec les peuples autochtones. Les musiques considérées comme spécifiquement « américaines » (ragtime, jazz, blues, rock & roll, spirituals, country, zydeco, etc.) ainsi que celles qui ont pris aux États-Unis une coloration spécifique (taqwacore, corridos, klezmer, bhangra, folk…) sont nées de rencontres, de mélanges, de fusions, d’hybridations, si bien qu’aucune ne peut être considérée comme appartenant en propre à une communauté donnée, malgré les efforts pour fragmenter les marchés qu’exercent l’industrie du spectacle et les médias. Pourtant, en dépit du caractère fusionnel de ces expérimentations, elles offrent également une évocation sonore des origines de leurs créateurs.
Quel impact ont alors eu ces expériences et expérimentations en musique populaire sur la constitution d’une identité « américaine » ou « étatsunienne » ? Loin d’en être une simple illustration, n’en seraient-elles pas plutôt un des moteurs ? Que nous disent les objets à notre disposition (récits des colons, disques, émissions de radio et télévision et plus récemment, réseaux sociaux, sites de streaming, etc.) sur l’évolution des pratiques et sur leurs conséquences ? De quelle expérience identitaire sont-ils la trace ? Ces expérimentations musicales peuvent-elles être considérées comme un terrain d’exploration et de fabrication de nouvelles identités ? De quelle nature sont les identités en résultent ? Une identité américaine unique ou au contraire la préservation du « trait d’union », d’un équilibre, d’une double culture, entre l’appartenance d’origine et l’insertion ou l’intégration, voire l’assimilation, dans le pays ? Qu’en est-il de l’écart entre un ancrage local étroit mettant en avant des enracinement géographiques, linguistiques et ethniques spécifiques, et d’autre part une circulation fluide d’identités plurielles complexes et changeantes ? L’expérience musicale déconstruit-elle toute représentation essentialiste de la communauté et de la nation ? Fabrique-t-elle du même ou du différent, de « l’Américain » ou des identités distinctes ? Favorise-t-elle une résolution des conflits identitaires ou au contraire, y contribue-t-elle ? La fragmentation des expériences contemporaines d’écoute et d’appréhension de la musique et la présence de plus en plus marquée des algorithmes dans la constitution des playlists des sites de streaming, gratuits ou payants, favorisent-elles la fabrique d’identités segmentées ou au contraire globales et unifiées ?
Ces questions sont d’autant plus pertinentes que depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, la célébration, dans le discours national, des identités plurielles et de la complémentarité entre culture d’origine et identité américaine ne va plus de soi. Ajouter « American » en complément d’une autre culture ne suffit plus à créer de la cohérence, à rassembler les différentes communautés. Peut-être est-ce même devenu un signe d’infamie. Le nouveau roman national semble privilégier une nation blanche où seul le terme « American » a droit de cité. Aujourd’hui comme hier, les artistes ont-iels, volontairement ou non, contribué à créer de l’uniformité et l’effacement de la diversité ou ont-iels cherché à s’y opposer ?
Il conviendra aussi de s’interroger sur la façon dont ces expériences et expérimentations se sont propagées. Qui s’en est fait l’écho, qui sont les passeurs, les gatekeepers, des universitaires aux musicologues, journalistes et politicien·nes (on pense aux playlists tant attendues de Barack Obama…) ? De quelles façons en ont-iels rendu compte ? Quel rôle ont-iels joué dans les processus de légitimation comme de diabolisation de ces musiques, de leurs auteurs et des communautés qui les produisent ? Quels critères ont-iels retenus ? Celui de la spécificité ethnique, sociale et culturelle ou celui du degré d’intégration ?
Enfin, il faudra s’attarder sur les lieux, qui ont joué un rôle majeur dans le choix des musiques et des façons de présenter les expérimentations dont elles résultent. C’est le cas par exemple du Kennedy Center, dont l’administration Trump a repris les rênes il y a quelques mois, ayant jugé la direction précédente trop « woke ». Là aussi, au plus haut niveau de l’État, certains « expérimentent » avec le champ musical pour réécrire le roman national américain.
Les propositions de communication de 300 mots, accompagnées d’une bibliographie et d’une courte notice biographique, sont à envoyer au plus tard le 30 janvier 2026 à :



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ISSN 2269-9910.

Samedi 24 Janvier, 2026