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Alfred Caron — Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 20 avril 2026.

Huw Montague Rendall : L’élégance britannique au service de la mélodie française et du post-romantisme allemand

Uwe Randall. Photographie © Simon Fowler. Huw Rendall. Photographie © Simon Fowler.

Le  baryton Huw Montague Rendall que le public a pu découvrir en Pelleas l’année dernière à l’Opéra Bastille donnait son premier récital parisien aux Lundis musicaux de l’Athénée. En bon britannique, il fait montre d’un penchant marqué pour le répertoire français et ouvrait ce concert avec deux cycles francophones, Les Histoires naturelles de Francis Poulenc et La bonne chanson de Gabriel Fauré. Dans le premier, sa sobriété expressive et son français châtié font merveille, lui permettant de donner à ces haïkus de Guillaume Apollinaire et à leur tonalité moderniste quelque peu surréaliste cette fausse gravité pleine de componction qui leur convient. Dans La bonne chanson, la maîtrise n’est pas moindre et il y fait entendre de subtils mezza voce et un usage de la voix mixte raffiné. Mais le registre mystico-sentimental de la poésie de Paul Verlaine, appellerait peut-être un peu plus de simplicité, en tout cas un certain « naturel » qui lui fait défaut. Le chanteur éviterait ainsi cette impression d’une interprétation un peu trop affectée pour être tout à fait sincère. Car si la vocalité est d’un total raffinement, l’articulation souffre d’un excès de recherche et laisse entendre quelques syllabes manquant de netteté, voire disparaissant carrément dans le flux musical où l’on sent un peu trop l’école pour être vraiment touchante. Dans la seconde partie du concert, le baryton révèle une autre dimension de sa personnalité avec quatre Lieder d'Arnold Schoenberg, œuvres de jeunesse du compositeur, où la voix se fait plus grave et plus sombre et où il insuffle une véritable théâtralité à son interprétation pour capturer la tonalité mystérieuse de la poésie de Richard Dehmel et d’une mise en musique, à mi-chemin entre post romantisme et expressionnisme. Le programme se conclut sur les cinq Rückert Lieder de Gustav Mahler, dont le dernier, le célèbre « Ich bin der Welt abhanden gekommen » laisse l’auditoire sur une merveilleuse sensation de détachement et de suspension infinie.

Hélio Vida et Huw Montague Rendall à Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 20 avril 2026. Photographie © musicologie.org.Hélio Vida et Huw Montague Rendall à l'Athénée Théâtre Louis-Jouvet, 20 avril 2026. Photographie © musicologie.org.

Généreux, le baryton n’offrira pas moins de quatre bis, dont le premier est une interprétation d’anthologie de « Montparnasse » de Poulenc où passe toute la poésie onirique d’Apollinaire. Viendra ensuite dans un registre plus léger le shakespearien « Who is Sylvia ? » de Gerald Finzi, et dédié à son père, feu le ténor David Rendall, le sublime « Silent Noon » de Vaughan Williams, où semble passer en filigrane la figure de Billy Budd que le chanteur paraît destiné à incarner avec sa ligne de chant immaculée. Le public fait un triomphe au duo qu’il forme avec le pianiste Hélio Vida, accompagnateur raffiné qui parvient notamment dans les Mahler à suggérer l’orchestre absent et qui partout ailleurs est plus qu’un soutien, un véritable partenaire. L’ultime bis revient au plus classique Franz Schubert pour un « Ständchen » aimable et raffiné qui met le point final à une soirée qui semble avoir comblé un  public conquis par l’élégance et la musicalité d’un chanteur et d’un pianiste tous deux de grande classe.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
2026
© musicologie.org.

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ISSN 2269-9910.

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