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Frédéric Léolla, Bayreuth, 26 août 2026.

Effets sans cause : Rienzi à Bayreuth

Rienzi à Bayreuth, 2026. Photographie © Bayreuther Festspiele.Rienzi à Bayreuth, 2026. Photographie © Bayreuther Festspiele.

Parmi ses souvent injustes reproches à Meyerbeer, Wagner parlait d’« effets sans cause », en référence aux coups d’éclat qui semblent sortir de nulle part et dont le seul but serait d’épater le public. Les gens du marketing connaissent bien cela…

C’est pourtant le mot qui me venait sans cesse à l’esprit lorsque j’assistais à la mise en scène de Rienzi de Wagner par Alexandra Szemeredy et Magdolina Parditka : des panneaux qui s’ouvrent et se referment, de grands écrans vidéos (la vidéo est banalement omniprésente, comme dans toutes ces productions qui se veulent d’avant-garde), des structures ascendantes et descendantes qui tournent sur elles-mêmes, des gens qui s’insultent et se menacent on ne sait pas très bien pourquoi… Les metteuses en scène avaient décidé de transformer l’opéra, conçu par l’auteur comme un chant au peuple et à la liberté, en une sorte de Macbeth autour d’un candidat populiste, quitte à tordre le cou à la musique et au livret. Tout cela à grands coups d’éclat. Enfin…

De ce fait, le héros idéaliste de Wagner est transformé en un arriviste, ses douces phrases sont transformées en discours grandiloquents. Cela peut convenir à Andreas Schager, chanteur wagnérien peu rompu aux subtilités du belcanto, dont la voix peine ici à rendre la douceur du personnage. Wagnériennes aussi Gabriela Scherer (Irène) et Jennifer Holloway (Adriano), elles semblent un peu perdues dans les duos et trios de tradition belcantiste, et ce n’est que vers la fin que l’une et l’autre réussissent à tirer leurs épingles du jeu. Le trio de basses (Andreas Bauer Kanabas en tant que Steffano Colonna, Michael Kupfer-Radecky comme Paolo Orsini et Vitalij Kowaljow incarnant le Cardinal Raimondo), par contre, impressionne par la qualité du matériel sonore, leurs extensions et le naturel de leurs émissions. Matthias Stier (Baroncelli), Joachim Goltz (Cecco del Vecchio) et Catalina Bertucci (messager de paix) font aussi un travail admirable.

Heureusement nous nous trouvons face à une œuvre où le peuple a un rôle essentiel, et les formidables chœurs et orchestre du festival sont là pour rendre au mieux l’esprit de la partition. Le chœur a de quoi briller à maintes reprises, Wagner le sollicitant pour exprimer la colère, la joie, le désarroi, l’inquiétude, la douleur… Et le chœur du festival, très bien préparé par Thomas Eitler-de Lint, réussit à donner toute la palette d’émotions, avec des piani superbes, des aigus maintenus avec insolence ou des éclats épatants — le tout sans jamais perdre la rondeur du son et le liant des voix…

Quant à l’orchestre, le son velouté des cordes graves, la brillance des cuivres, la justesse des dessins mélodiques, même dans les passages agitati, sont magnifiés par l’acoustique sans pareille du Festspielhaus conçu par Wagner.

Nathalie Stutzmann dirige le tout de main de maître — même si, nous le répétons, certains passages belcantistes des deux premiers actes semblent traités avec un peu trop de désinvolture. Quoi qu’il en soit, Stutzmann, grande triomphatrice de la soirée, réussit à rendre toute la force tragique, toute la noirceur et par moments la férocité d’une œuvre qui, au delà des qualificatifs usuels (« trop meyerbeerienne », « œuvre de jeunesse », etc.) se révèle être un opéra d’une grande intensité qui mérite largement son retour aux programmations — si possible avec des chanteurs plus idoines et des metteurs en scène qui restituent le sens de l’œuvre au lieu de le pervertir.

signature de Frédéric Léolla
Frédéric Léolla
Bayreuth, 26 août 2026.

Bayreuth, mercredi 26 août 2026. Festspielhaus (salle du festival). Rienzi, der letzte der tribunen (Rienzi, le dernier des tribuns). Opéra en cinq actes. Musique et livret de Richard Wagner. Mise en scène, scénographie et costumes, Alexandra Szemeredy et Magdolina Parditka. Lumières, Bernd Gallasch.Vidéo, Leonard Koch. Collaborateur chorégraphique, Gaetano Franzese. Avec Andreas Schager (Rienzi), Gabriela Scherer (Irene), Jennifer Holloway (Adriano), Andreas Bauer Kanabas (Steffano Colonna), Michael Kupfer-Radecky (Paolo Orsini), Vitalij Kowaljow (Cardinal Raimondo), Matthias Stier (Baroncelli), Joachim Goltz (Cecco del Vecchio), Catalina Bertucci (ein friedensbote). Chœurs et orchestre du Festival de Bayreuth. Chef de chœur, Thomas Eitler-de Lint. Direction musicale, Nathalie Stutzmann.


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ISSN 2269-9910.

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