Courez à Turin !

Une représentation opératique réussie, c’est tellement rare. Mais quand, en plus il s’agît d’un opéra hélas trop peu représenté et que cet opéra s’avère sur scène être un chef-d’œuvre, il faut essayer de ne pas en rater l’occasion.
Nous parlons d'Iris, de Pietro Mascagni, donné jusqu’au mercredi 18 novembre 2026 au Teatro Regio de Turin.
Daniele Meneghini, qui signe la mise en scène, a l’intelligence et l’honnêteté de se plier à l’œuvre et d’en respecter les didascalies, en intime rapport avec la musique. Certes, au lieu du Japon rêvé par les Européens de 1899, l’action a lieu dans un Japon ravagé par la guerre, presque apocalyptique. Le spectacle n’en pâtit pas, et les images trouvées par Meneghini (avec l’aide de Davide Signorini à la belle et efficace scénographie, de Nika Campisi aux costumes, de Gianni Bertoli aux très raffinées lumières, de Marco Caudera pour la très intelligente chorégraphie, et de Valerio Secco pour l’excellent travail de marionnettes) sont souvent d’une poésie à la hauteur du livret de Illica et de la partition de Mascagni — ce qui n’est pas peu dire.
Au podium, Andrea Battistoni réalise un travail d’orfèvrerie, prenant soin des détails dans la riche orchestration de Mascagni, sans pour autant manquer d’élan, couvrir les chanteurs, ni perdre de vue l’ensemble. Bravo
Il est vrai qu’il compte pour cela avec l’Orchestre du Teatro Regio, aux sonorités caressantes, et dont les professeurs sont d’un excellent niveau.
Il compte aussi avec le chœur du Teatro Regio Torino (préparé par Gea Garatti Ansini), expressif, homogène, puissant et délicat, peut-être parmi les plus brillants et les plus efficaces que votre serviteur a entendu.
Et le plateau vocal n’est pas en reste.
Commençons par saluer l’efficace participation de Didier Pieri (un cenciaiolo), Bekir Serbest (un cenciaiolo) et Mattia Comandone (un cenciaiolo) dans leurs phrases, dites avec volume et intention. Puis la très poétique façon d’aborder son petit rôle pour Leopoldo Lo Sciuto (un merciaiolo). Quant à Albina Tonkikh qui chante la geisha, sa voix est ronde et fraîche comme un fruit de saison. Souhaitons-lui une excellente carrière.
Roberto Frontali donne à son très antipathique rôle de Kyoto tout le cynisme, mais aussi toute la musicalité et tout le sens de l’humour. Sa voix et son art du chant ne sont jamais en défaut. Luca Tittolo, au timbre noble, très à l’aise dans sa particella, émeut dans son finale de l’acte I. Et Angelo Villari réalise une vraie création comme Osaka, s’appuyant sur son joli timbre et son art du phrasé, pour construire un personnage qui va du cynisme au désespoir en passant par le désir.
Mais, bien sûr, c’est Erika Grimaldi qui nous épate. Elle réussit par moments à nous faire croire qu’elle a vraiment 13 ans. Sa sincérité, son expressivité, son aisance vocale, son investissement musical et scénique seront récompensés à la fin de la représentation par des bravos enthousiastes.
Ils servent tous un livret qui choqua lors de la première en 1899 (une fillette de 13 ans qui se fait droguer puis kidnapper pour être prostituée), mais qui est d’une très grande poésie et qui aujourd’hui résonne comme une dénonciation nécessaire. Ils servent aussi une musique très raffinée, très inventive (le deuxième acte commence, par exemple, avec une mélopée à bouche fermée accompagnée du shamisen), où l’imbattable sens mélodique de Mascagni fait merveille et qui, en général, nous semble même au-dessus de celle de ses contemporains (d’ailleurs Puccini puisera largement dans les trouvailles d’Iris à l’heure de composer Madama Butterfly et Turandot). Nous n’hésitons pas à la considérer un chef-d’œuvre.
Alors, oui, pour peu que vous en ayez l’occasion, courez à Turin.
Turin, 29 octobre 2026.
Turin, jeudi 29 octobre 2026. Teatro Regio Torino. Iris, mélodrame en trois actes, musique de Pietro Mascagni sur un livret de Luigi Illica. Mise en scène de Daniele Meneghini, scénographie de Davide Signorini, costumes de Nika Campisi, chorégraphie Marco Caudera, chorégraphie des marionnettes, Valeria Sacco (Riserva Canini Teatro), lumières, Gianni Bertoli. Avec Erika Grimaldi (Iris), Angelo Villari (Osaka), Roberto Frontali (Kyoto), Luca Tittoto (il cieco), Albina Tonkikh (una guècha), Leopolodo Lo Sciuto (un merciaiolo), Didier Pieri (un cenciaiolo), Bekir Serbest (un cenciaiolo), Mattia Comandone (un cenciaiolo). Coro e Orchestra Teatro Regio Torino. Cheffe de chœur, Gea Garatti Ansini. Direction musicale, Andrea Battistoni.



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Mardi 3 Novembre, 2026 0:05
