Alfred Caron — Grande Écurie du Château de Versailles, 13 mai 2026.
Chevauchée baroque : Le motet français, éclat et mouvement
La Chevauchée baroque à Versailles. Photographie © musicologie.org.
Avec cet étonnant spectacle qui réunit les vingt-six Pages du Centre de musique baroque et neuf écuyères de l’Académie équestre de Versailles, ses concepteurs, Clément Buonomo qui dirige le chœur, et Thierry Thieû Niang qui en assure la chorégraphie, font la preuve qu’il est possible de faire vivre la musique baroque de façon différente, pour un public plus large que celui des amateurs et des spécialistes. Leur approche révèle dans les motets de Nicolas Bernier toute la richesse de leur musicalité et de leurs affects, au delà même de leur sens littéral religieux. À travers une représentation où le mouvement est essentiel, ils en donnent une lecture dont la dramaturgie épouse le rythme de la musique et de ses variations. Récits, airs, fugues et chœurs y trouvent une dimension visuelle tout à la fois concrète et abstraite qui en élargit la portée dans un registre différent de celui de la simple audition. Dans « Ornate aras » (Ornez les autels), le groupe des petits chanteurs est séparé des trois écuyères qui mènent à l’arrière-plan leurs chevaux au trot enlevé dans une boucle infinie. Les deux groupes se font face pour « Ad dapes venite dilecti » (Venez au festin bien-aimés) où les écuyères sont passées à six et le « Laudate Dominum » (Louez le Seigneur) qui conclut le concert les réunit toutes et tous dans des figures plus complexes qui les entremêlent, avec au centre une écuyère au port de reine dont le cheval tourne sur lui-même avant que toutes ne se lancent dans un galop bras levés évoquant l’enthousiasme contenu dans le texte du psaume.
Bien sûr, la mise en scène joue beaucoup sur l’illustration grâce au rythme des chevaux et de leurs figures mais elle met aussi à contribution les petits chanteurs dans une spatialisation au cordeau qui utilise tout l’espace du manège, gradins et loges compris. La qualité du chœur n’est plus à dire et son homogénéité est absolument idéale. La gamme des voix des petits solistes met en valeur quelques timbres prometteurs au delà de certaines fragilités individuelles qui apportent à l’ensemble une qualité émotionnelle supplémentaire. Soutenu par un petit groupe de quatre instrumentistes venus du CRR de Versailles Grand Parc (viole, violoncelle, théorbe et orgue) avec un jeu de lumière très élaboré et dans l’acoustique parfaite du manège, à peine troublée par quelques ébrouements des chevaux et le son de la pluie par intermittence, ce concert-spectacle d’une heure d’une belle densité reçoit d’un public « familial » un succès sans partage amplement mérité.
Prochaine représentation le 20 mai à 18 h 30. Entrée libre dans la limite des places disponibles


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Vendredi 15 Mai, 2026 2:11