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Alfred Caron — Paris, Salle Favart, 6 juin 2026.

Brundibar : fin de partie inégale à l’Opéra-Comique

Brundibar, Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Photographie © Stefan Brion.Brundibar, Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Photographie © Stefan Brion.

Créé en 1942 dans un orphelinat pour enfants juifs de Prague, Brundibar, de Hans Krása, est un opéra métaphorique. Son livret (Adolf Hoffmeister), met en scène deux enfants partis trouver de l’argent pour acheter du lait afin de soigner leur mère malade. Sur leur chemin, ils rencontrent un crémier, un boulanger, et une marchande de glaces qui tous leur refusent la moindre obole. Finalement, Brundibar, un chanteur des rues à succès les empêche brutalement de chanter et de quêter et les menace de les « envoyer travailler dans un camp » s’ils persistent à le concurrencer. Dans la nuit, ils rêvent que des animaux — un oiseau, un chat et un chien — ainsi que tous les autres enfants de la ville les aident à se débarrasser du méchant Brundibar.

L’opéra devait être repris l’année suivante au camp d’internement de Terezin (Theresienstadt) où le compositeur Hans Krasa avait été déporté ainsi que les enfants de l’orphelinat.

La partition, entièrement conçue pour des voix d’enfants avec une petite formation instrumentale de treize musiciens, en faisait un choix évident pour le spectacle de fin d’année de la Maîtrise populaire de l’Opéra-Comique. Sa brièveté, à peine 45 minutes, a paru un handicap à l’équipe artistique qui s’est ingéniée à élaborer un prologue assez éclectique, portant le spectacle à une heure dix. Autour d’un petit épisode théâtral adapté d’une pièce de Jean-Claude Grumberg, « De Pitchik à Pitchouk », ils ont associé des musiques de Leoš Janáček, Francis Poulenc et ajouté même une version pour chœur de «  Petit Papa Noël » (paoles de Raymond Vinci, musique de d'Henri Martinet ). Si les enfants se révèlent particulièrement brillants dans le petit épisode théâtral, le reste ne fonctionne guère et on languit quelque peu en attendant l’opéra lui-même.

La mise en scène de Muriel Mayette-Holtz et Jean-Claude Berutti reste assez banale et n’est vraiment sauvée que par les fines chorégraphies de Christine Bonneton et par les jolis masques des animaux et les grosses têtes qui affublent les personnages d’adultes. Mais la plus grande faiblesse de l’ensemble vient de l’épouvantable traduction française, non créditée, dont la prosodie bancale, en totale contradiction avec la richesse d’inspiration musicale, affadit l’ensemble et n’aide guère les petits chanteurs à s’affirmer vocalement.

Pour rappeler le contexte originel, les metteurs en scène ont eu deux idées, une bonne et une mauvaise. La mauvaise, c’est la citation muette d'un film tourné à Terezin lors de la visite de la Croix-Rouge où l’on voit les enfants assistant à une représentation de Brundibar. Au fond, ces images ne disent rien sur l’horrible tromperie du camp « modèle », sinon qu’elles montrent la pauvreté des moyens de cette « production » et contrastent cruellement avec ceux déployés par l’Opéra-Comique. La bonne, c’est de montrer, au dénouement, les enfants se débarrassant de leur blouse d’écolier et sortant en fond de scène par une petite porte dont sort une lumière blanche terriblement évocatrice. Pour faire bonne mesure, ils ont également associé à ce final une chanson de Ilse Weber, écrite dans le ghetto, Ich wandre durch Theresienstadt (Je me promène dans Theresienstadt) qui elle aussi souffre d’une traduction « molle » et d’une interprétation qui manque de force. Dans la fosse, les Frivolités parisiennes, dirigées par Louis Langrée, offrent une contribution de grande qualité à cette production inégale qui peut-être gagnerait à être quelque peu resserrée. Ils valorisent l’inspiration musicale de Hans Krása où s’entendent les échos des musiques populaires de l’époque.

Petite cerise sur ce gâteau, le programme de salle très documenté où l’on apprend tout ou presque sur l’œuvre, ses créateurs et son contexte et dont tous les éléments sont accessibles en ligne pour qui voudrait en savoir plus.

Prochaines représentations les 7 et 8 juin.

signature d'Alfred Caron
Alfred Caron
2026
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ISSN 2269-9910.

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