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Port-Bail Sur Mer du 18 au 20 septembre 2026, Alain Lambert.

Arches en jazz une édition toute en barytons, cordes et voix

Les arches de Portbail. Photographie © Patricia Ségrétinat. Les arches de Portbail. Photographie © Patricia Ségrétinat.

Il était six fois un joli petit festival autour des arches de Portbail sur la côte ouest du Cotentin qui, sur trois jours, nous a fait découvrir toute une palette musicale, après un jeudi soir en hommage à Chet Baker au cinéma. Une sixième édition, donc, avec pas moins de trois sax barytons, un violon, deux contrebasses, une basse, deux guitares, un oud, un alto, un violoncelle, plus cinq voix dont trois très atypiques. Et un Jacques Prévert… qui se repose à jamais un peu plus haut à Omonville-la-Petite, dans la Hague, pour clore cet inventaire à sa façon.

Olive et les Baronnes à la médiathèque.Photographie © Patricia Ségrétinat. Olive et les Baronnes à la médiathèque.Photographie © Patricia Ségrétinat.

Le vendredi débute par un concert du trio Edemzi pour le jeune public, qu’ils vont refaire de nombreuses fois dans le cadre des Jeunesses musicales de France. Nous les entendrons le lendemain. En fin d’après midi, la médiathèque propose une première approche d’une pièce à venir d’Olive Malleville, auteure et conteuse, accompagnée par les chants et bruitages samplés et bouclés des « Baronnes », deux Caennaises déjantées capables de toutes les fantaisies sonores. Un moment très dense qui a pu surprendre le public au début, mais vite conquis, et curieux de la démarche musico-théâtrale.

Le trio Harmen à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat.Le trio Harmen à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat.

Le trio Harmen a ensuite ouvert la soirée, à Saint-Lô d’Ourville, à l’initiative de la compositrice et contrebassiste Clémence Gaudin de Caen, épaulée par deux pointures, Mathias Lévy au violon et Rémi Sciuto au sax baryton. Un jazz de chambre surprenant, très composé, jouant sur les décalages instrumentaux, aux ambiances multiples, du classique à l’expérimental. Un violoniste ébouriffant, traversant tous les styles, un saxophoniste quasi surmanien (John Surman), enlevant ses solos mélodiques au-dessus des nappes de cordes, et une contrebassiste en pleine maîtrise de sa musique, pour ce nouveau projet très original à découvrir ailleurs, souhaitons leur.

Daniel Zimmerman 4tet à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat. Daniel Zimmerman 4tet à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat.

En seconde partie, Daniel Zimmermann, compositeur et tromboniste, mène son quartet avec une bonne dose d’humour, entre et pendant les morceaux aux titres évocateurs, comme Les maximiseurs de Pi (et non de trombones) ou C’est mieux, c’est bien ?. Pierre Durand est à la guitare tout autant expressive que lui, Julien Charlet à la batterie explosive et Elise Blanchard à la basse impulsive, un brin en retrait, malgré un joli solo. S’ajoutent deux invités pour un morceau chacun, le baryton du trio précédent et le baryton du duo du prochain concert de midi.

Deux souffleurs sur un fil à Denneville. Photographie © Patricia Ségrétinat.Deux souffleurs sur un fil à Denneville. Photographie © Patricia Ségrétinat.

Le samedi donc, on retrouve à Denneville le tromboniste avec son invité de la veille, Eric Séva, avec qui il ose ce duo fort grave trombone baryton. À commencer par deux tubes de Piazzola, Oblivion et Libertango sous ce nouvel éclairage sonore. Les deux compositions proposées par chacun nous ouvrent un peu plus leurs paysages musicaux, à la fois insolites dans les timbres, et passionnants. Ils terminent par un tube du musette longtemps pratiqué par le saxophoniste dans les bals avec son père : Indifférence.

Le trio Edemzi à Denneville. Photographie © Patricia Ségrétinat. Le trio Edemzi à Denneville. Photographie © Patricia Ségrétinat.

L’après-midi, le trio Edemzi joue de nouveau, après son spectacle jeune public de la veille. Un ensemble inouï au double sens du terme puisqu’il associe jazz, musique du monde et hip-hop dans son style et son instrumentation. Les sax soprano et baryton pour le premier, le luth, le duduk et l’udu pour la seconde et le beatboxing pour le troisième. Et mon tout est un concert magique où toutes les influences se mêlent dans une musicalité totalement aboutie. Ziad Ben Youssef est au oud et à l’udu, la percussion en poterie, Édouard Lhoumeau est aux duduks ou aux sax, et Emmanuel Heredia Y Brigant est à la voix et à la beatbox humaine. Aussi à l’introduction illustrée vocalement. Un virtuose démultipliant les effets percussifs et donnant aux deux autres des espaces sonores à investir et défricher dans cette nouvelle approche très créative. À noter aussi un clin d’œil du sax baryton à son aîné du midi en citant Indifférence de manière acrobatique en fin du solo d’Attente. Et en rappel, au duduk et à l’oud, une superbe reprise de Fragile de Sting.

Le duo Morfin et Ziad à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat. Le duo Morfin et Ziad à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat.

Le concert du soir dans la grande salle prolonge cette nouvelle démarche mêlant jazz, classique et trad avec le duo Séverine Morfin et Malik Ziad, la première au violon alto et le second au mandol frété en quarts de ton, issu du chaabi algérois, ou au guembri, un luth basse primitif très utilisé dans les musiques gnawa proches du soufisme. Le temps d’un premier morceau, et nos oreilles et nos corps sont captivés par les évolutions mouvementées de l’archet de l’une et le jeu percussif de l’autre.

 

[Elles] du Sandra Nkaké trio à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat. [Elles] du Sandra Nkaké trio à Saint-Lô d’Ourville. Photographie © Patricia Ségrétinat.

En seconde partie, Sandra Nkaké embrase la salle avec Paul Colomb au violoncelle, déjà entendu ici dans le duo Brady, et Ji Drû, le flûtiste le plus allumé de la scène jazz, mais toujours en complicité. Un spectacle, [Elles], autour de chansons écrites, en français ou anglais, par des femmes, dont on aurait bien voulu en savoir un peu plus. La guitariste leur prête sa voix soul puissante, puis s’empare d’un bâton pour marteler un tambour grave amplifiant son message, un peu dans la tradition d’une Colette Magny au siècle dernier, entre blues et jazz. Un beau final pour ce riche samedi.

Papanosh « Tu danses tu ? » à Portbail. Photographie © Patricia Ségrétinat. Papanosh « Tu danses tu ? » à Portbail. Photographie © Patricia Ségrétinat.

Le lendemain la scène retourne à Portbail, non dans le havre à cause d’un peu de pluie matinale, mais dans la salle festive pour un bal à dominante mexicaine par Papanosh, venu de Rouen. Alejandra Charry au chant, Quentin Gomary à la trompette et au chant, Raphaël Quenehen aux sax et au chant, Jean François Riffaud aux guitares, Thibaud Cellier à la contrebasse et Jérôme Piazza à la batterie. C’est un collectif à double visage qui peut proposer soit un concert, soit un bal, comme ce midi. Ils sont très bons, très chaleureux et la salle danse et s’amuse pendant que le soleil revient, et que certains préfèrent déguster dehors huîtres et vin blanc.

Le bal final à Portbail. Photographie © Patricia Ségrétinat. Le bal final à Portbail. Photographie © Patricia Ségrétinat.

Une nouvelle belle édition de ce festival de fin d’été, à la programmation éclectique et enthousiaste, à l’organisation impeccable, rendue possible par la quarantaine de bénévoles. Et cerise sur le plateau, le son toujours excellent quelque soit le lieu ou le genre de musique.

En attendant la septième…

signature d'Alain LambertAlain Lambert
18-20 septembre 2026
© musicologie.org.


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ISSN 2269-9910.

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Jeudi 24 Septembre, 2026 16:28