musicologie

Trois cantates francitaliennes des années 1700

Une soirée chez le chevalier de Chavoye, Les Chantres de Saint-Hilaire Sauternes, Cécile Laroche, Guillaume Figiel Delpech, sous la direction de François-Xavier Lacroux. Cantates de Couperin, Clérambault, Stuck, airs de Montéclair. HOrtus 2021 (HORTUS 2023)

Enregistré au château Filhot, Sauternes, 24-27 octobre et 12 décembre 2020.

Les chantres de Saint-Hilaire Sauternes sont un ensemble de musique ancienne lié au Centre de musique ancienne de Sauternes qui doivent leur existence, les chantres et le centre, au directeur musical, François-Xavier Lacroux, flûtiste, chanteur, organiste, claveciniste et germaniste enseignant en université.

Après un premier cédé en  2010 consacré à la cour d’Henri IV, un second d’« airs royaux du xviie siècle », en 20104, les deux pour le label Triton, voici trois cantates extraites d’un mystérieux manuscrit ayant appartenu à Pierre-Jacques Payen de Noyan.

Le personnage a existé. Il est né en Nouvelle-France, c’est-à-dire au Canada actuel, y a effectué toute sa carrière militaire, dans la marine, accédant au grade de capitaine en 1729. C’est en 1724 qu’il hérite du domaine de la Chavoye en Normandie et qu'il devient Pierre-Jacques Payen de Noyan et de Chavoye.

Il fait un séjour en France en 1730 pour présenter une stratégie envers les Indiens de la Nation des Renards. Il est de nouveau à Montréal en 1731, où il se marie. D’une santé semble-t-il assez fragile, il est écarté de plusieurs commandements, mais à partir de 1738,  sa carrière reprend : commandement du fort Pontchartrain du Détroit, croix de l'Ordre de Saint-Louis, commandant du fort Saint-Frédéric (où il a de bonnes relations avec les Iroquois), major de Montréal,

En août 1758, à Fort-Frontenac, il ne peut avec une poignée d’hommes résister à une attaque anglaise conduite par le lieutenant-colonel John Bradstreet à la tête de 3000 hommes. Capturé, Pierre-Jacques Payen de Noyan sera utilisé dans un échange de prisonniers. Après la reddition de Montréal, en 1760, il entre en France. Il y est embastillé une vingtaine de mois, le temps d'un procès (sur son commandement au Canada), écopant d’une peine insignifiante pour négligence. Il meurt à Paris en 1771.

Un collectionneur privé aurait mis entre les mains des Chantres de Saint-Hilaire Sauternes un manuscrit ayant appartenu à l’officier  et contenant des cantates. Il daterait de 1730, l’année au cours de laquelle il  séjourna en France. Le problème est qu’on ne nous fait pas le plaisir d’un fac-similé serait-il partiel, ni de la description de ce manuscrit. Ni ce qui peut faire dire qu’il aurait copié de sa main ses cantates favorites, qu’il était amateur de musique, ou qu’il chantait lui-même. Certes ces cantates n’étaient pas toutes imprimées, mais des copies circulaient. Les trois enregistrées sur ce cédé ne sont pas inconnues.

La, en effet rare, cantate de Couperin, Ariane consolée par Bacchus, signalée dans un catalogue hollandais de 1716,  a été découverte, là aussi mystérieusement, enfin a été rapprochée d’une cantate anonyme Ariane abandonnée, par Christophe Rousset, et enregistrée par les Talens Lyriques en 2016 (Aparté).

La cantate Léandre et Héro de Louis-Nicolas Clérambault (et sa fameuse tempeste) est quant à elle disponible en partitions (même en réduction chant-piano dès 1910),  et en plusieurs enregistrements.

De même que pour Héraclite et Démocrit e de Jean-Bapiste Stuck, qui bénéficie de plusieurs éditions, dont une, évidemment très soignée, du Centre de musique baroque de Versailles.

Nous ne comprenons pas trop l’intérêt de ce manuscrit. Par contre, comme cela est mis en avant dans le livret assez minimaliste, la coexistence des styles français et italien est évidente, ces trois cantates constituent un excellent programme pour mettre cette caractéristique  en scène, laquelle en fin de compte constitue en soi un style, celui la francisation du style italien, la cantate étant à l’origine italienne. Jean-Baptiste Stuck, quant à lui, est un symbole personnalisé : Italien né en 1680, arrivé à Paris au début des années 1700, il publie un premier livre de cantates françaises en 1706 tout en intégrant les chapelles princières jusqu’à celle du roi. Il est naturalisé français en 1730. Sa cantate a aussi une magnifique tempête, ce qui rajoute un peu de sel, des contemporains le considérant comme le rival de Clérambault.

Même si nous ne sommes pas enthousiaste tout du long, ce cédé s’écoute et se réécoute avec un réel plaisir, y compris avec le support des paroles imprimées dans le livret. Il est suffisamment bien réalisé pour nous faire ressentir les élans dramatiques de ces histoires allégoriques chantées.

Sans compter son côté un peu ovni du mystérieux manuscrit et d’un ensemble qui ne bat pas le pavé médiatique.

Les cantates sont séparées par des instrumentaux ce Michel Pignolet de Montéclair.

Ce troisième cédé chez Hortus qui a récemment repris le fond de l’excellent label Triton.

 

Jean-Marc Warszawski
6 mars 2022


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Mardi 8 Mars, 2022 3:18