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Caen, 17 juin 2022 —— Alain Lambert.

Michel Fau : George Dandin ou le parvenu confondu (Molière / Lully)

George Dandin recréé par Michel Fau. Photographie © Marcel Hartmann.

Michel Fau met en scène et joue superbement ce Dandin pitoyable qui a tant voulu péter plus haut que son luc qu’il en est tout marri. Il a juste épousé une particule, sans bien sûr demander à sa future son avis, seulement aux parents de Sotenville (!) nobliaux aussi ridicules que leur gendre ne se voulant plus paysan. Et la demoiselle le lui rend bien en affirmant sa volonté de liberté et de jouissance.

Il y a de la lutte de classe en germe dans cette pièce, car le changement de caste par l’argent n’étant visiblement pas possible, il faudra le résoudre autrement. Il y a pourtant un moment où la pièce oscille, quand sa femme, enfermée dehors et confondue à son tour, lui propose de devenir vraiment sienne s’il accepte de ne pas la confronter à ses très nobles géniteurs. Mais lui refuse, car l’honneur et la particule sont les deux mamelles du parvenu, l’amour n’y a pas de place. Et se retrouve doublement couillonné, tout prêt à aller se noyer.

Curieusement, avec son intermède pastoral sur l’amour et le désamour entre bergers et bergères, le propos de Lully semble parler d’autre chose, comme une sorte de copié-collé d’airs divers pour honorer la commande. Rien à voir avec la complémentarité ludique qu’on trouve par exemple dans Le bourgeois gentilhomme revu récemment. Peut-être aussi pour atténuer le côté farce ironique, sinistre et fortement politique de la comédie. Jusqu’à la fin quand il semble dans son dernier chant proposer à Dandin que tant qu’à se noyer, autant le faire dans le vin. D’ailleurs quand la pièce fut reprise un peu plus tard sans sa partie musicale, elle eut, dit-on, moins de succès qu’à la création.

Les musiciens et les chanteurs de l’ensemble Marguerite Louise sont excellents, même si l’intermède est un brin longuet, et casse un peu le rythme de la pièce. Un beau moment entre l’acte 1 et l’acte 2 quand la soprano laisse couler ses larmes, juste accompagnée par le théorbe comme dans une complainte de Dowland.

Les comédiens aussi le sont, jouant à l’excès cette farce grinçante, dans un décor baroque somptueux symbolisant la hiérarchie des castes, et qui se referme joliment sur les musiciens quand on passe aux actes. De même pour les costumes de Christian Lacroix. Un beau voyage dans le temps.

Pour finir la saison au théâtre de Caen, le concert de fin d’année de l’orchestre Démos Caen la mer le 25 juin et un spectacle autour de Boris Vian avec la Maitrise de Caen le 28 juin.

Alain Lambert
17 juin 2022
© musicologie.org


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