musicologie

10 mars 2022 —— Jean-Marc Warszawski.

Les saisons de Tchaïkovski 12 mois compris dans l'accordéon d'Élodie Soulard

Élodie Soulard (accordéon), Piotr Illitch Tchaïkovsk, Les saisons. NomadMusic 2022 (NMM 096).

Enregistré en avril 2021, auditorium de la Maison de la musique de Nanterre.

Élodie Soulard commence à boutonner l’accordéon du côté de Clermont-Ferrand, passe par le Conservatoire du xiie arrondissement de Paris avant d’intégrer le Conservatoire national supérieur. Elle y obtient son master et accomplit son troisième cycle auprès de Jean-François Heisser. Parmi les maîtres qui l’ont inspirée et conseillée, Yuri Shishkin tient une place particulière.

Boursière, elle s’est produite sur bon nombre se scènes dans le monde, et a joué avec des partenaires de marque et dans d’importants ensembles.

En 2009, elle enregistre des œuvres de Bach, Offenbach, Popper avec les violoncellistes Raphaël Pidoux et Bruno Philippe (1001 Notes), en 2015 un cédé soliste, « Portraits », des œuvres originales ou arrangées de Bach, Grieg, Semionov, Runchak (Nomad Music).

Entrée en religion catholique, elle reçoit la consécration en 2020 et intègre l’ordre des Vierges consacrées, au sein duquel les sœurs restées indépendantes partagent leur vie entre leurs activités laïques, la prière et les tâches utiles à leur diocèse.

Le titre, donné à cette suite pour piano composée en 1876 par Tchaïkovski, Les saisons, n’est pas des plus judicieux, car il s’agit plutôt des mois. En effet, à la demande de la revue mensuelle « Novellist », le compositeur a livré douze numéros relatifs chacun à mois de l'année assorti d’une épitaphe imposée extraite de la poésie russe.

Ces pièces, assez intimes, composées pour le salon, ont dans l’ensemble le caractère et lyrisme du nocturne, la nostalgie qui peut devenir élégiaque, voire tragique, un caractère que les épisodes dansants, le trot alerte des chevaux tirant la troïka, ou le mouvement des faux de la moisson dérident à peine.

Ayant encore dans l’oreille l’enregistrement transcendant de Vladmir Tropp (Fondmenta) en 2019, nous avouons avoir été déçu à la découverte des premières mesures. Évidemment, l’accordéon ne peut pas rendre le caractère pianistique. Il peut approcher l’orgue, l’orchestre, mais il n’a ni l’attaque ni la résonance du piano, de plus les deux mains se partagent le même soufflet et n’ont donc pas d’indépendance sonore. L’expression « piano à bretelles » est un non-sens : c’est un autre monde.

Avoir transcrit Les saisons de Tchaïkovski, avec Yuri Shishkin, marque une belle originalité, mais aussi du goût pour la curiosité, voire du défi. Quand on entre dans cet autre monde pour ce qu’il est, on lui trouve bien des beautés et de la sensibilité, de l'émotion. Mais il n’y a rien à faire, on ne peut oublier l’accordéon populaire, qui tire parfois Tchaïkovski vers la complainte montmartroise ou des évocations jazzy, ce qui pour notre compte ajoute au plaisir que nous puisons également dans les ambiguïtés de nos expériences. Ce qui entre par une oreille ne ressort par toujours par l'autre.

Jean-Marc Warszawski
10 mars 2022


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Mercredi 13 Avril, 2022 22:41