musicologie

mardi 15 février 2022

John Williams, dernier des symphonistes ?

7-9 décembre 2022, Évry
Colloque international, Université d’Évry Val-d’Essonne Paris-Saclay, organisé par Chloé Huvet et Grégoire Tosser, en partenariat avec Anaïs Fléchet

Appel à communications

Figure tutélaire de la musique à l’image, associé prioritairement au spectaculaire, au merveilleux, à la science-fiction et aux grandes franchises cinématographiques, le compositeur américain John Williams fêtera le 8 février 2022 ses 90 ans. Cet anniversaire est l’occasion de revenir sur une production prolifique foisonnante, parcourant plusieurs périodes majeures de l’histoire du cinéma, et ce, à des moments de transformations significatives des technologies audiovisuelles, depuis le Dolby Stéréo et le son multicanal en 1977 jusqu’à la transition numérique au tournant des années 1990-2000. Bien que le septième art occupe une place majeure dans sa carrière, Williams a également composé de nombreuses œuvres pour le concert, pour des événements politiques et sportifs. Un survol de l’ensemble de son œuvre atteste de la maîtrise de styles musicaux particulièrement nombreux, dans des contextes très divers.

Si des publications majeures — principalement en langue anglaise — ont récemment été consacrées au compositeur (Audissino 2021 ; Audissino 2018 ; Lehman 2021 ; Webster 2018 ; Moormann 2010), les recherches francophones qui lui sont spécifiquement dédiées se développent depuis une quinzaine d’années (Huvet 2022 ; Tylski 2011 ; Cathé 2007 ; Guido 2006). Le présent colloque international entend rassembler des contributions pluridisciplinaires prenant la mesure de ces études récentes tout en offrant des perspectives renouvelées. Cet événement scientifique souhaite ainsi couvrir un large spectre touchant à la production de Williams dans toute sa richesse et sa diversité, au prisme d’une pluralité d’approches, de méthodes et d’objets ; il est ouvert tant aux musicologues et aux musiciens qu’aux spécialistes en études cinématographiques, arts visuels, études anglophones, sociologie, littérature ou philosophie.

Deux conférences plénières seront assurées par Emilio Audissino, Senior Lecturer in Media and Audiovisual Production, Linnæus University (Suède), auteur de The Film Music of John Williams. Reviving Hollywood’s Classical Style (2021) ; et par Frank Lehman, Associate Professor of Music, Tufts University (États-Unis), auteur de Hollywood Harmony: Musical Wonder and the Sound of Cinema (2018).

Les propositions de communication pourront porter sur les thématiques suivantes, dont la liste n’est pas exhaustive :

parcours biographique du compositeur

formes et procédés d’écriture de prédilection, au cinéma et en dehors du 7e art : scherzos (IndianaJones andtheLast Crusade, 1989 ; Star Wars : Episode VII — The ForceAwakens, 2015. ; Scherzo pour piano et orchestre, 2014) ; fugues (Jaws, 1975 ; Star Wars : Episode VII — The Foire Awakens ... ; Prelude and Fugue, 1965) ; ostinatos propulsifs et spiralés, à l’image du « Ludlow motif » (selon la dénomination de Frank Lehman), apparu dans Jurassic Park (1993) et imprégnant les grandes pages d’action de tous ses films suivants ; pantomime audiovisuelle faisant la part belle au mickey-mousing ; atmosphères et textures sonores ; traits d’orchestration, écriture thématique et mélodique, conception rythmique et virtuosité cinétique, langage harmonique williamsien et leurs transformations au cours des différentes périodes créatrices...

liens musicaux avec l’esthétique audiovisuelle du symphonisme hollywoodien - en particulier les partitions de Max Steiner, Franz Waxman, Dimitri Tiomkin et Erich W. Korngold — et la génération suivante de compositeurs américains (Bernard Herrmann, Jerry Goldsmith...)

évolution des méthodes de composition et de l’écriture de Williams à l’aune des transformations des technologies cinématographiques : articulation entre musique, dialogues, bruitages et effets sonores ; musique et montage numérique ; place du synthétiseur ; travail en post­production.

mobilisation du folklore et des musiques populaires, relecture du topos de l’Americana consolidé par Aaron Copland

« Johnny Williams » le jazzman et intégration du jazz dans ses partitions

emprunts, pastiches, parodies et clins d’œil à la production musicale « savante » européenne et américaine

contributions distinctives au genre de la science-fiction, des séries télévisées Lost in Space (1965-1968) et Land of the Giants (1968-1970) à War of the Worlds (2005)

relecture musicale du swashbuckler et du film d’aventures : Jaws (1975) ; saga Indiana Jones (1981-2008) ; Hook (1991) ; Far and Away (1992) ; The Lost World : Jurassic Park (1997) ; The Adventures of Tintin : The Secret of the Unicorn (2011).

apports singuliers dans le domaine du thriller, du fantastique et de l’épouvante vis-à-vis des topoi associés au vampire (Dracula, 1979), aux manifestations télékinésiques destructrices (The Fury, 1978), à l’enfermement et à la violence psychologiques (Images, 1972), ou encore à la magie et à la sorcellerie (The Witches of Eastwick, 1987 ; Harry Potter 1, 2 & 3, 2001-2004)

humour musical, parodies et musiques de comédies, de Daddy’O (1958) à The Adventures of Tintin : The Secret of the Unicorn (2011), sans oublier sa production pour le concert (Tuba Concerto, 1985.)

musique, histoire et politique : représentations musicales du président des États-Unis (JFK, 1991 ; Nixon, 1995 ; Lincoln, 2012) ; films historiques (Amistad, 1997 ; The Patriot, 2000), ou dont la diégèse se déroule au cours de l’une des deux guerres mondiales (Schindler’s List, 1993 ; Seven Years in Tibet, 1997 ; Saving Private Ryan, 1998 ; War Horse, 2011 ; The Book Thief, 2013) ; films abordant des attentats terroristes (Black Sunday, 1977 ; Munich, 2005). En dehors du cinéma pourront être étudiés Celebration Fanfare (1986), écrite pour le 150e anniversaire de la déclaration d’indépendance du Texas ; Celebrate Discovery (1990) célébrant le 500e anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique ; ou encore Air and Simple Gifts (2009), composé à l’occasion de la cérémonie d’investiture du président Barack Obama.

musique et événements sportifs : Olympic Fanfare and Theme (1984) pour les Jeux Olympiques d’été de Los Angeles ; Summon the Heroes (1996), pour les Jeux Olympiques d’été d’Atlanta ; Call of the Champions (2002) pour les Jeux Olympiques d’hiver de Salt Lake City.

collaboration réitérée avec un réalisateur : Steven Spielberg, George Lucas, J.J. Abrams, mais aussi Rick Altman, Chris Columbus, Alan Parker, Mark Rydell ou Oliver Stone

Par ailleurs, ce colloque entend également interroger et délimiter l’héritage de John Williams, son influence esthétique et stylistique dans les productions audiovisuelles contemporaines. Dans son ouvrage La musique de film, Pierre Berthomieu observe justement : « Le modèle de John Williams engendre de nombreux imitateurs [...]. Peu à peu émerge une génération Williams, avec des musiciens comme Alan Silvestri, James Horner » (Berthomieu 2004, 22-23). À une époque marquée par les sonorités de synthèse et électroniques, l’écriture pour grand orchestre symphonique a, semble-t-il, toujours le vent en poupe. Parmi les symphonistes gravitant autour de John Williams sur des superproductions, qu’ils se revendiquent comme ses héritiers ou s’en désolidarisent ouvertement, figurent également James Newton Howard, John Ottman, Michael Giacchino, Marco Beltrami, Alexandre Desplat, Fernando Velâzquez ou Dario Marianelli. Il conviendrait de se pencher plus précisément sur leurs partitions afin d’en dégager d’éventuels points communs.

Les propositions portant sur les compositeurs contemporains de John Williams, œuvrant en particulier dans les blockbusters de ces deux dernières décennies, sont ainsi fortement encouragées. Des études comparatives seront particulièrement bienvenues, mais les analyses pourront également se focaliser sur un compositeur particulier et son corpus propre. Les questionnements suivants pourront être au cœur des propositions de communication :

- Quels compositeurs formeraient cette « génération Williams » ? Quels codes esthétiques mobilisent-ils dans leurs partitions ? Dans quelle mesure ces dernières tracent-elles une généalogie affirmée avec Williams, et quels traits musicaux leur sont spécifiques ?

- Comment les compositeurs ont-ils repris, retravaillé, infléchi, déconstruit voire déformé les thèmes-signature des grandes franchises initiées par John Williams ? Les études pourront explorer les spin-offs et l’univers étendu de Star Wars (partitions de Michael Giacchino pour Rogue One, 2016 ; de John Powell pour Solo, 2018 ; musiques des jeux vidéo et des séries télévisées.) ; la franchise Jurassic Park (partitions de Don Davis pour Jurassic Park III, 2001 ; de Michael Giacchino pour Jurassic World, 2015, Jurassic World : Fallen Kingdo, 2018 & Jurassic World : Dominion, 2022) ; la saga Harry Potter (2001-2011), sur laquelle ont œuvré Patrick Doyle, Nicholas Hooper et Alexandre Desplat, puis James Newton Howard sur les préquels Fantastic Beasts and Where to Find Them (2016­2022) ; mais aussi Superman et ses multiples suites (du film de 1978 à Batman v Superman : Dawn of Justice, 2016).

- Au sein de la collaboration de longue date entre Williams et Spielberg, comment penser la place et les enjeux des partitions non signées par le compositeur ? S’inscrivent-elles dans le sillon williamsien, ou visent-elles plutôt à s’en dégager ? Pourront être abordées les musiques de Quincy Jones pour The Color Purple (1985), de Thomas Newman pour Bridge of Spies (2015), ou d’Alan Silvestri pour Ready Player One (2018).

Les propositions de communication (indiquant un titre et un résumé de 300 à 500 mots maximum, et accompagnées d’une courte notice biographique) doivent être transmises à Chloé Huvet chloe.huvet@univ-evry.fr et Grégoire Tosser gregoire.tosser@univ-evry.fr pour le 10 mai 2022 au plus tard. Les réponses seront communiquées en juin 2022 après évaluation anonyme du comité scientifique.

Les langues acceptées sont le français et l’anglais. Chaque communication sera d’une durée maximale de 30 minutes (diffusion des extraits comprise), suivies d’une période de questions.

Comité scientifique :Pierre Berthomieu, Université de Paris / EPE / Université Paris Diderot ; Céline Carenco, Université de Lorraine ; Pierre Couprie, Université d’Évry Val-d’Essonne Paris-Saclay ; James Deaville, Carleton University (Ottawa, Canada) ; Anaïs Fléchet, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines Paris-Saclay ; Brigitte Gauthier, Université d’Évry Val-d’Essonne Paris-Saclay ; Réjane Hamus-Vallée, Université d’Évry Val-d’Essonne Paris-Saclay ; Laurent Jullier, Université de Lorraine ; Inès Taillandier-Guittard, Université d’Évry Val-d’Essonne Paris-Saclay

Bibliographie indicative

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