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 Caen, 6 janvier 2022 —— Alain Lambert.

3 works for 12 : Alban Richard et ses « dansantes machines humaines »

Photo © Agathe Poupeney.

Le chorégraphe Alban Richard reprend à Caen, où il dirige le Centre chorégraphique national, une pièce créée en octobre dernier au festival Musica de Mulhouse autour de trois œuvres minimalistes du dernier quart du xxe siècle qu’il nous donne à entendre et à voir par le biais de la danse. Un spectacle passionnant.

Hoketus (1976) du compositeur Louis Andriessen pour 2 cornemuses, 2 saxophones altos, 2 guitares basses, 2 pianos, 2 pianos électriques, 2 congas, est une pièce, fortement compacte au niveau instrumental, violente et tonitruante comme une grande machinerie industrielle déployée en cellules rythmiques stravinskyenne se décalant dans l’inexorable répétition pendant vingt minutes avec quelques ruptures imprévues. De « gigantesques et dansantes machines humaines » selon ses mots repris par le chorégraphe. Les douze danseurs, alignés sont d’abord symétriques dans leurs mouvements syncopés, mais les décalages engendrent des dissymétries, des asymétries, des développements effrénés dans l’espace puis des évasions et des retours au grand groupe avant le silence final. 

La première Variation sur le canon de Pachelbel de Brian Eno, Fullness Of Wind, est un instrumental où l’orchestre conduit par Gavin Bryars, enregistrée en 1975, fonctionne comme un synthétiseur géant générant des nappes planantes où se reconnaissent parfois les rares notes du modèle, surtout vers la fin, quand la déconstruction harmonique semble se simplifier. Ici les danseurs sont tous solistes au milieu des autres, sans interaction visible, comme des monades baroques qui se croisent sans se voir, sinon pour s’éviter.

Pulsers de David Tudor (1976) est joué au modulator par le compositeur accompagné de Takehisa Kosugi au violon électronique. Une musique à la fois chaotique et en mouvement perpétuel par un musicien qui a travaillé avec John Cage et Merce Cunningham. D’où l’attrait pour le chorégraphe de s’y confronter. La situation des danseurs emportés par cette folie sonore d’abord par quatre puis huit puis douze, et diminuant sur le même rapport dans la dernière séquence, se joue sur le mode de solistes dans un groupe, mais avec des approches, des frôlements, des attractions, des évitements qui gouvernent cet immense mouvement brownien.

Les musiques sont bien choisies, la troupe de jeunes danseurs énergique et fluide, les intentions chorégraphiques intrigantes. Un bel ensemble donc.

A voir aussi du 12 au 15 janvier à Paris au théâtre de Chaillot.
Le 28 à La Rive Gauche de Saint-Étienne du Rouvray.
Le 10 mai au Zef, scène nationale de Marseille, dans le cadre du festival Propagations

Prochain spectacle de danse au théâtre de Caen les 27 et 28 janvier avec Magma du duo Marie-Agnès Gillot et Andrés Marin. 

Alain Lambert
6 janvier 2022
© musicologie.org


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Dimanche 9 Janvier, 2022 0:38