musicologie

29 octobre 2021 —— Jean-Marc Warszawski.

Raquele Magalhães et Marie Josèphe Jude en mode adaptation

Raquele Magalhães et Marie-Josèphe Jude, Flute transcriptions, Ravel, Schumann, Debussy. NomadMusic 2021 (NMM 075).

Élève d’Anne Queffélec au Conservatoire de Nice, sous l’œil bienveillant de Gyorgy Cziffra, Marie-Josèphe Jude intègre, au Conservatoire national supérieur de Paris, les classes d’Aldo Ciccolini et de Jean Hubeau (musique de chambre), où elle décroche à l’âge de seize ans les deux premiers prix. Elle obtient aussi, à l’École normale de musique de Paris, le diplôme de harpiste concertiste : dans la vie, il faut savoir s’occuper. Après quelques années de flottement, de recherche, de perfectionnement auprès de diverses sommités du clavier et de sa pédagogie, sa rencontre avec Maurice Ohana, qui lui confie la création de ses œuvres, et plus tard sa performance au concours international de piano Clara-Haskil, marquent le début d’une carrière à la renommés mondiale.

En musique de chambre, y compris et avec appétence à deux pianos, elle s’est acoquinée avec Laurent Korcia, Laurent Cabasso, Henry Demarquette ou Sonia Wieder-Atherton, Lluis Claret, Henry, Pascal Moraguès, Xavier  Phillips, Michel Portal,  Gary Hoffmann, Michel Béroff, David Grimal, Philippe Graffin, Gary Hoffmann, Stéphanie-Marie Degand et Mireille Delunsch, Jean-François Heisser, Claire Désert …

Elle a été nommée professeure au Conservatoire national supérieur de Lyon en 2012, et en 2016 à celui de Paris.

À 9000 kilomètres de Nice, sans compter les déviations, Raquele Magalhães a étudié la flûte à la faculté de musique de Rio de Janeiro avec Celso Woltzenlogel, a empoché au Brésil une série de Premiers prix de concours et une bourse, grâce au flûtiste Alain Marion auquel cet enregistrement est dédicacé, qui lui a permis de gagner la plus belle ville du monde et d’y étudier en son Conservatoire national supérieur de musique (mais aussi à celui Lyon), avec Alain Marion, Philippe Bernold, Philippe Pierlot.

Depuis sa onzième année, elle se produit en soliste, puis, parallèlement, en premier pupitre, dont ceux de l’Orchestre symphonique de Shanghai ou actuellement l’orchestre Divertimento. Ses complicités chambristes sont assez impressionnantes : Sanja Bizjak, Maurice Bourgue, Sergio Azzolini, Wu Wei, Kenneth Weiss, Davitt Moroney, Jonas Vitaud, Joel Bardolet, Delphine Haidan, Karina Sabac, Lise Berthaud, Alain Planès, Teodor Coman, Frédéric Stochl, Romain Garioud, Lorène de Ratuld, Alain Meunier, Philippe Bernold, Ariane Jacob, Xu Zhong, Émilie Gastaud, Victor-Julien Laferrière…

Ses enregistrements avec le chœur Accentus des Brumes d'enfance de Leoš Janáček (Naïve 2013), et en compagnie de la pianiste Sanja Bizjak, Patchwork (Évidence 2016), avec des œuvres de Georges Enescu, Erwin Schulhoff, Sergeï Prokofiev, Robert Muczynski, ont été très favorablement salués.

Elle enseigne au Conservatoire de Strasbourg.

Ce qui imprime, à première écoute de ce cédé, est la qualité du jeu en duo, la fusion sonore des deux instruments. C’est évidemment une très belle rencontre musicale.

L’incrustation d’œuvres de Robert Schumann entre celles de Maurice Ravel et de Claude Debussy n’est pas aussi incongrue à l’oreille qu’on aurait pu le penser à la lecture du programme. Elle ne provoque pas de rupture notable, le sentiment de changer de planète.

Ce cédé est une réussite, qui maintient l’attention sans une mesure de relâchement, de la première à la dernière seconde, en continuum. La germanophobie maladive de Claude de France lui fera peut-être grincer les dents pour être en si mauvaise compagnie…  mais il y a si longtemps.

Après le charme des sens, le plaisir de l’intellect en passant. Ce cédé confirme un nouveau frissonnement pour les arrangements, réductions, adaptations que l’on peut déceler depuis quelque temps. En effet, la flûte remplace ici le hautbois ou le violon des originaux, le piano sort quant à lui de son rôle de piano pour faire l’orchestre dans l’Après-midi d’un faune. On nous rappelle à l’occasion, comme c’est le cas dans ce livret, qu’il s’agissait d’une pratique courante avant la généralisation de l’enregistrement sonore. Cela permettait de faire entrer au salon bourgeois l’actualité symphonique et lyrique… et de vendre des partitions. Et dans ce but bien des œuvres de chambre avec soliste, étaient prévues pour violon ou flûte, basson ou violoncelle, etc. Mais à y regarder de près, cette justification ne tiendrait pas à l’heure du flux multimédia, s’il n’était que rien ne remplace la musique vivante (en plus ce serait un contresens, puisqu'il s'agit ici d'un enregistrement).

En réalité, en dehors des réductions fonctionnelles de l’orchestre au piano pour le travail des opéras, on est dans un type de création musicale, on en est assuré depuis les réductions et paraphrases de Franz Liszt, le merveilleux renversement du choral BWV 639 de Johann Sebastian Bach et autres par Ferruccio Busoni, ou la géniale mise au piano de La Mer de Debussy par André Caplet.  C’est aussi de la curiosité sonore pour entendre le même dans une autre perspective, voire renouveler le plaisir (l’Après-midi d’un faune se décline eb des centaines de versions), et pour les interprètes une manière d’enrichir sur mesure leur répertoire, voire de surprendre.

Robert Schumann, Trois romance, opus 94, III. Nicht schnell, plage 7.

1. De Maurice Ravel, un mouvement de sonate d’étudiant paradoxalement posthume, le compositeur l’ayant écarté de son catalogue (transcription de Raquele Magalhães).

2-4. La sonate opus 105, no 1 (1851) de Robert Schumann, non pas dédicacée  à son grand ami et grand violoniste Joseph Joachim, mais à Joseph Wasielewski, qui l’a créée avec Clara Schumann. Elle exploite les tessitures graves, c’est chaud pour la flûte. La pianiste Fanny Davies (1831-14934) rapporte comment sa professeure Clara Schumann  la jouait avec Joseph Joachim au début, sous haute pression, avec un crescendo impulsif du violon au-dessus de l'agitation haletante des triades brisées du piano ; le deuxième mouvement comme un poème symphonique d'une simplicité pastorale ; le final coulant comme dans une pièce de Bach. Inoubliable la façon dont Joachim a fait sonner son violon comme une corne au moment de l'apogée triomphal du finale (transcription de Raquele Magalhães).

5-7. Les Trois romances, opus 94 (1849), étaient prévues pour violon, ou hautbois, ou clarinette (et piano). Jean-Pierre Rampal a réparé l’injustice en y ajoutant la flûte. En réalité ce sont des ajouts de l’éditeur, car après sa demande, Shumann lui avait répondu « Si j'avais composé pour clarinette et piano, cela aurait probablement donné quelque chose de tout à fait différent. ». Une œuvre pour plaire dans les salons, entre ballade et chanson, cadeau de Noël 1849 offert à Clara Schumann.

8. Le Prélude à l’Après-midi d’un faune, œuvre à l’immense succès dès ses premiers cris, symbole du style dit impressionniste par analogie aux peintres de l’époque, est ici dans la version de Gustave Samazeuilh, dont l’attitude peu glorieuse pendant l’occupation nazie contraste avec la germanophobie de Claude Debussy.

9-11. Ce dernier avait mis en plan six sonates pour divers instruments à la gloire de la musique française puisant dans son dix-huitième siècle : Rameau, Couperin, pour dégager Wagner. Il ne put achever que cette troisième en urgence et peine, le cancer battant allegro (transcription de Raquele Magalhães et Marie-Josèphe Jude).

 Jean-Marc Warszawski
29 octobre 2021


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