musicologie

3 février 2021 —— Jean-Marc Warszawski.

Pourquoi tant de tintamarre une fois l’an pour une chanson ?

Honoré Daumier, Le joueur d'orgue de Barbarie.

Samedi dernier, je voulais écouter Jean-Luc Mélenchon au cours de l’émission de Laurent Ruquier « On est en direct » à vingt-trois heures et des briquettes. Donc à vingt-trois heures et des briquettes et quelques poils, je vais chercher France 2 par le Web et n’y comprends rien. Je vois l’insupportable Stéphane Bern, celui qui parle d’histoire à toute la France, lequel sans jamais avoir ouvert un livre d’histoire pense délicieusement que les civilisations émergent, voguent et coulent par des secrets d’alcôve ou des confidences sur l’oreiller, à ses côtés une autre bonimenteuse des Grands-Boulevards, j’ai recherché son nom : Laurence Boccolini. Ça parle, très fort dans le micro, c’est excité, on tente de faire croire aux téléspectateurs qu’ils sont en train de vivre un moment historique devant leur écran, on y fabrique une émotion factice à partir de l’émotion factice de ces deux marionnettes à médias.

Il fut un temps où le chauffage de salle, voire Monsieur Loyal du monde circassien, préparait le public à un spectacle ou à des numéros (j’adorais l’esbroufe démesurée lors des concerts de James Brown), là ils sont devenus le spectacle et le spectacle est devenu un prétexte. C’est très moche et très vulgaire.

Bref, je relance la page, je clique ici et là, je vérifie date et horaire, j’appelle la page de l’émission, je reviens à France 2, toujours cette émission embrouillée et tapageuse dont je comprends enfin qu’elle a un rapport avec l’Eurovision de la chanson, j’y entends une chanson qui attire l’oreille, assez originale pour qu’on s’y attarde, une voix acidulée et nasale, donc bruitée qui porte bien, qui ne manque pas de souplesse, quand même un peu à la corde dans les aigus, une chanson et une chanteuse qui ont ensemble, un truc, un je-ne-sais-quoi, et un-je-sais dans la manière qu’avait Édith Piaf de lancer la ritournelle à la limite du chanté et du déclamé. Dans la foulée on annonce un retard de vingt minutes avant de passer l’antenne à l’émission de Laurent Ruquier.

Le lendemain deux contacts Facebouque, chanteuses de variétés, pas jalouses pour deux ronds, saluent la chose « enfin une bonne chanson » : Barbara Pravi dans « Voilà ».

Les commentaires sont beaucoup moins naïfs, plus savants : ce serait coupé-collé (le mot plagiat a disparu de notre vocabulaire) de « Padam Padam » de Piaf, la France va encore se rétamer, ce n’est pas adapté pour un tel concours, etc.

En fait cette artiste avec sa chanson ne serait qu’un prétexte et le concours le but. Pourquoi tant de tintamarre une fois l’an pour une chanson ? Pourquoi les bonnes chansons et leur découverte ne sont-elles pas le quotidien de l’empire médiatique grand public ? Que change ce concours au fait qu'une chanson soit bonne ou pas ?

 

 Jean-Marc Warszawski
3 février 2021


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Mardi 2 Février, 2021 16:22