musicologie

22 mai 2021 —— Jean-Marc Warszawski.

Le pianiste Daniel Propper joue Gershwin

George Gershwin, Rhapsody in Blue, Three Preludes, The Songbook et autres pièces pour piano, Daniel Propper, Toccatina, Daniel Propper (piano). Forgotten records 2021 (fr 1890).

Enregistré en novembre-décembre 2020, Studios Forgotten, Rennes.

Le pianiste Daniel Propper commence les études musicales dans sa ville natale, Stockholm, passe par la Juilliard School de New York, quitte les rudes contrées frigorifiques scandinaves pour la France ensoleillée, chaude et riante. Il se perfectionne au Conservatoire national supérieur de Paris, puis développe une carrière commencée quelques années plus tôt au festival de Salzburg.  Son catalogue discographique compte une vingtaine de cédés.

Parmi eux, notons au crédit du pianiste des œuvres de compositeurs peu connus et peu joués (Yvon Bourrel, Antonio Santana), et Edvard Grieg tient une place de choix s’étendant à l’enregistrement de l’intégralité des œuvres pour piano... Avant de passer à George Gershwin.

On a coutume de penser la musique de Gershwin comme un pont entre jazz et classique, une coutume que nous ne partageons pas. Le jazz, comme la musique dite classique, disons plutôt académique au sens positif, sont des océans de formes, de styles, de genre, tant pas leurs dépôts historiques que par l’ensemble des pratiques à un moment donné. Ce sont des concepts extrêmement abstraits. Il faut parler de gospel, blues, dixieland, New-Orleans, ragtime, be-bop, free-jazz, jazz progressif, et bien d’autres genres ou styles. De même pour le classique. En vrai, « musique » devrait être un mot toujours au pluriel.

S’il y avait pont, voire fusion, on entendrait quelque chose qui ne serait ni jazz, ni musique académique. Quand nous entendons les deux, c’est qu’il y a juxtapositions, citations, emprunts, inspiration.

Les relations de l’écriture à l’improvisation sont fort différentes en Jazz et en académique, comme la tonalité du jazz tonal est différente de la tonalité de la musique académique tonale, de même entre musique académique modale  (plain-chant ou résurgence romantique) et jazz modal, même si les jazzmen classent leurs modes avec des noms empruntés à l’antiquité grecque. À mon avis, ce n’est que dans l’expérience progressive ou dans l’improvisation libre que toutes les barrières s’effacent. Ajoutons qu’un jazzman ne joue pas pour qu’on l’identifie à un musicien académique, et inversement de même.

George Gershwin  est un compositeur académique qui, comme ses collègues de partout depuis la fin du xixe siècle, a puisé son inspiration dans les pratiques populaires, mais il les a aussi nourries par de nombreuses chansons (les songs)… à succès. On peut penser qu’après Charles Ives faisant table rase avant Schönberg, pour rompre avec l’Europe viciée et penser une musique propre au Nouveau Monde, ses immenses étendues « vierges »  et ses fermiers travailleurs, aussi après que les bonnes dames de New York aient invité Antonin Dvořák pour qu’il invente, comme il l’avait fait pour son pays, une musique classique nationale américaine, c’est en fait George Gershwin qui a fait le job en donnant ses airs de noblesse à la comédie musicale.

La Rhapsody in Blue pour piano et orchestre, composée à la base pour deux pianos est surtout connue dans la troisième orchestration de Ferde Grofé, avec le célèbre solo de clarinette ajouté par Ross Gorman lors d’une répétition. Elle a été mise après coup à un piano par George Gershwin. Avec les Trois préludes, elle fait partie du répertoire des orchestres et des pianistes « classiques ». Le Songbook, collections de dix-huit chansons à succès arrangées pour le piano en 1932, est peut-être moins joué, plus rares encore les relevés par Artis Wodehouse d’improvisations sur des chansons que Georges Gershwin enregistra entre 1917 et 1928 (des ragtimes).

Le programme est complété d’extraits de l’opéra Porgy and Bess, de la musique du film Shall we dance, et de la Second Rhapsody pour orchestre, arrangée par le pianiste ainsi qu’une courte Toccatina du même.

Un disque alerte et lumineux en direct de Brodway.

George Gershwin, « Got Rhythm », extrait de la comédie musicale Girl Crazy (1930), plage 21.


 

 Jean-Marc Warszawski
22 mai 2021


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Samedi 22 Mai, 2021 0:57