musicologie

samedi 13 mars 2021

Demi-journées d’études étudiantes sur les musiques populaires de l’ACEMuP

3- 4 juin 2021

15h-18h – en ligne

Appel à Communications

En s’inscrivant dans des perspectives épistémologiques relativement récentes, les musiques populaires sont ici définies comme nées avec la reproduction mécanique et le développement de l’industrie musicale au tournant du XXe siècle (Maisonneuve, 2009). Dans le but de s’affranchir d’une distinction stricte entre«  musiques industrielles » et« musiques folkloriques », le terme« populaire » est bien appréhendé dans la multiplicité des processus de catégorisation dont il est le produit, et dans la diversité des représentations sociales qu’il véhicule. Il peut ainsi recouvrer son acception anglo-saxonne de« popular » (grand public), qualifier des formes musicales produites à l’écart des principaux circuits commerciaux ou encore désigner des pratiques qui se développent à différentes échelles, du local au global (Martin, 2006 ; Julien, 2010). De cette hétérogénéité sémantique résulte une variété de prismes d’analyse témoignant de l’évolution de ce champ d’étude : à la critique des représentations médiatiques (par exemple, Peterson, 1997) se sont ajoutés des travaux traitant de la production et de la réception comme un continuum (Pecqueux et Roueff, 2009), tout en faisant de la dimension acoustique et sonore de la musique une variable d’analyse essentielle (Stern, 2015). Cette journée d’étude s’inscrit donc pleinement dans les« popular music studies » développées dans les années 1980 et rassemblant chercheur.e.s, revues (Popular Music and Society, IASPM Journal, Popular Music, Volume !, etc.) et acteurs institutionnels (IASPM, ISMMS, etc.), qui en font un espace de discussions résolument pluridisciplinaire et diversifié.

Dans le cadre de l’ACEMuP, nous souhaitons encourager les propositions issues aussi bien des sciences humaines et sociales (anthropologie, économie, éco-gestion, géographie, histoire, sciences de l'information et de la communication et sociologie), que de l'esthétique, la musicologie, l'ethnomusicologie ou encore les sciences de l’acoustique. L’objectif est avant tout de permettre aux étudiant.e.s de présenter leurs travaux et de créer un cadre d’échanges fertiles, d’abord entre pairs , mais également avec des chercheur.e.s expérimenté.e.s.

Dotée d’un nouveau comité scientifique, la cinquième édition de cette manifestation, organisée en 2021 sous la forme de deux demi-journées d’étude thématiques, s’articulera autour de quatre axes principaux, non-exhaustifs et non-exclusifs, conservant un espace pour des propositions généralistes ou transversales.

Axe 1 « Musiques, scènes et territoires », en partenariat avec le projet ANR SCAENA

Si de nombreux travaux analysent l'articulation entre activités musicales et enjeux territoriaux, nous souhaitons ici mettre en avant les approches qui mobilisent la notion de scène (Guibert et Bellavance, 2014 ; Bennett et Peterson, 2004 ; Straw, 1991 ; 2014). Dans ses différentes conceptions, la scène renvoie à des réseaux stylistiques (Turbé, 2014), des ambiances urbaines (Silver et Clark, 2014), ou encore des clusters (Florida, 2015). La scène peut se référer également à des représentations médiatiques (Guibert, 2011), mais aussi à des marquages culturels et des processus de construction identitaire (Stokes, 2004). Cet axe a pour objectif de discuter la notion de scène dans ses différents aspects et usages, en questionnant l'intériorité et l'extériorité des scènes, ainsi que les différents jeux d'échelles qu'elle permet (quartier, ville, région, etc.). Une attention particulière sera accordée aux travaux portant sur les encastrements territoriaux des activités musicales (production, diffusion, réception). Parce que les pratiques musicales peuvent fortement marquer les territoires et la mémoire des lieux, les phénomènes de patrimonialisation et de mise en tourisme des scènes musicales peuvent également être étudiés (Baker, 2019).

Axe 2 « De l'écoute à la réception »

Dans une démarche alliant sciences sociales et phénoménologie du sonore/de l’écoute, cet axe s’intéresse à la diversité des modes de réception de la musique, comprise comme une performance à la fois collective et personnelle (Hennion, 2004 ; Segré, 2014a). En cherchant à sortir de la distinction entre publics passifs et publics actifs, les propositions pourront ainsi porter sur l’expérience de l’écoute comme événement situé (Pecqueux et Roueff, 2009), les pratiques de fans (Segré, 2014b), ou bien sur les réappropriations et les interactions entre la forme musicale, sa production et les audiences (Martin, 2012). La perspective des sound studies (Sterne, 2015) est enfin également encouragée pour repenser les processus de catégorisation musicale.

Axe 3  « Intersectionnalité : genre, classe, race »

Dans un cadre relevant des cultural studies, il s’agira premièrement d’interroger les inégalités quantitatives et qualitatives de répartition et de reconnaissance (Fraser, 2011) liées à la race, le genre et la classe dans les musiques populaires. Ces notions seront également appréhendées comme des outils originaux (Lauretis, 2007), permettant d’élargir des questionnements relatifs aux genres musicaux (Hill, 2016) ainsi qu’à l’inscription culturelle, territoriale et générationnelle des pratiques musicales. Seront également développées des problématiques telles que l’identité, l’hégémonie (Hall, 2007) ou le prestige (Hughes, 1996). Elles seront d’abord abordées au travers des activités de production (Hesmondhalgh et Saha, 2013), entre division et valorisation structurelle (économique, juridique, institutionnelle, etc) et symbolique (représentations et valeurs), (McRobbie, 1999). Celles-ci seront particulièrement évoquées via des analyses musicologiques (McClary, 2015 ; Walser, 1993), discursives (Foucault, 1971) ou iconographiques de l’œuvre musicale. Enfin, les questions de réception genrée/racialisée seront envisagées via les concepts de goût (Hennion et Teil, 2003 ; Glevarec, 2009), de pratiques différenciées (McRobbie, 1975 ; Turbé, 2017) selon des méthodes explicitées (ethnographie, observation, corpus, etc).

Axe 4« Musiques et (nouvelles) technologies »

Cet axe portera sur les enjeux technologiques - voire scientifiques - de la musique. Nous nous demanderons d’abord de quelles manières innovations, technologies et musiques se font et se défont mutuellement, tant du point de vue des artistes (Théberge, 1997; Ribac, 2008), des industries musicales (Beuscart, 2007; Wikström, 2013; Hesmondhalgh et Meier, 2017), des pratiques amateurs (Nowak, 2016; Maisonneuve, 2019) que des acteurs médiatiques (Heuguet, 2018; Eriksson et al., 2019). Un intérêt spécifique sera accordé aux approches analysant de manière critique la construction de«  nouvelles » technologies : par exemple d’instruments (Pinch et Trocco, 2002; Harkins ,2019) ou de dispositifs d’écoute (Maisonneuve, 2009; Sterne, 2012; Morris, 2015). A l’inverse, les pratiques« low tech » et« lofi », les bidouillages ou le hacking (Nova et Ribac, 2019; Benhaïm, 2019) seront également pertinents.

Conditions de participation

Les propositions de communication (3000 signes maximum) devront comprendre un descriptif de la communication, le cadre théorique et la problématique, la méthodologie, ainsi qu’une description du corpus/terrain et une bibliographie. Merci d’y préciser l’axe dans lequel s’inscrit la communication.

Cette proposition sert de base à une présentation orale qui, si elle est sélectionnée, sera d’une durée de 20 minutes suivie d’un temps de discussions et d’échanges.

Seront retenues en priorité les propositions s’inscrivant dans les thèmes susmentionnés et proposées par des étudiant.e.s pouvant justifier d’un travail aboutissant à un écrit de type mémoire ou thèse (M1, M2, D1 voire D2). Un intérêt particulier sera porté aux propositions innovantes et pertinentes. Nous tenons par ailleurs à mettre en avant le fait que cet appel s’adresse également à des étudiant.e.s de Master Professionnel qui feraient preuve d’une démarche réflexive et d’un intérêt pour la recherche sur les musiques populaires.

Ce colloque est encadré par un comité scientifique de sélection composé de doctorant.e.s et jeunes docteur.e.s, et un parrainé par un comité scientifique constitué de chercheurs et chercheuses confirmé.e.s.

Les communications sont à adresser par mail à : colloque.acemup@gmail.com

Comité d’organisation

Charlène Benard, doctorante en information-communication à l’Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle ; Manuel Bocquier, doctorant en histoire à l’EHESS ; Rémi Boivin, docteur en sociologie, ATER à l’Université Paris 3-Sorbonne Nouvelle ; Étienne Capron, doctorant en sciences de gestion à l’Université d’Angers ; Loïc Riom, doctorant en sociologie à l’Ecole des Mines-Paris Tech ; Cécile Verschaeve, Coordinatrice de la vie associative et de la mise en œuvre du projet de la FEDELIMA

Bibliographie sélective

Baker A. 2019. The Great Music City : Exploring Music, Space and Identity. Palgrave Macmillan.

Benhaïm S. 2019.« DIY et hacking dans la musique noise. Une expérimentation bricoleuse du dispositif de jeu ». Volume  !, 16 : 1. pp. 17-35.

Bennett A. et Peterson R. 2004. Music Scenes : Local, Translocal and Virtual. Vanderbilt University Press.

Beuscart J.-S. 2007.« Les transformations de l’intermédiation musicale ». Réseaux, 141-142 : 2, pp. 143-76.

Butler J. 2006 (1990). Trouble dans le Genre. La Découverte.

De Lauretis T. 2007. Théories Queer et Cultures Populaires. La Dispute.

Eriksson M., Fleischer R., Johansson A., Snickars P. et Vonderau P. 2019. Spotify Teardown: Inside the Black Box of Streaming Music. MIT Press.

Emin S. et Schieb-Bienfait N. (dir.). 2019. Scènes locales, clusters culturels et quartiers créatifs. Les ressorts et enjeux territoriaux du développement culturel. Presses universitaires de Rennes.

Florida R., Mellander C. et Stolarick K. 2010.«  Music Scenes to Music Clusters : The Economic Geography of Music in the US, 1970–2000 ». Environment and Planning A: Economy and Space, 42 : 4, pp. 785-804.

Foucault M. 1971. L’Ordre du Discours. Editions de Minuit.

Fraser N. 2011 (2005). Qu’est-ce que la justice sociale ? La Découverte.

Glevarec H. et Pinet M. 2009.« La " tablature" des goûts musicaux : un modèle de structuration des préférences et des jugements ». Revue Française de Sociologie, 3 : 50, pp. 559-640

Guibert G. 2012.« La notion de scène locale. Pour une approche renouvelée de l’analyse des courants musicaux », in Dorin S. (dir.). Sound Factory. Musique et Industrie. Seteun. pp. 93- 124.

Guibert G. et Bellavance G. 2014. « Présentation ». Cahiers de recherche sociologique. 57. pp. 5-15.

Hall S. 2008 (2007). Identités et Culture : Politique des Cultural Studies. Editions Amsterdam. Harkins P. 2019. Digital Sampling : The Design and Use of Music Technologies. Routledge.

Hennion A. et Teil G. 2003.« Les protocoles du goût. Une sociologie positive des grands amateurs de musique, dans Donnat O. Regards croisés sur les pratiques culturelles. La Documentation française. pp. 63-82.

Hennion A. 2004.« Une sociologie des attachements. D'une sociologie de la culture à une pragmatique de l'amateur ». Sociétés. 3 : 85. pp. 9-24.

Hesmondhalgh D. et Saha A. 2013.«  Race, Ethnicity and Cultural Production ». Popular Communication. 1: 3. pp. 179-195

Hesmondhalgh D. et Meier L. M. 2017.« What the Digitalisation of Music Tells us About Capitalism, Culture and the Power of the Information Technology Sector ». Information, Communication & Society. 1 : 16. pp. 1555-1570.

Hill R.-L. 2016.« Masculine pleasure ? Women’s encounters with hard rock and metal music

», in Brown A.-R. et al. 2016. Global metal music and culture. Routledge. pp. 277-293

Heuguet G. 2018.« Métamorphoses de la musique et capitalisme médiatique. Au prisme de YouTube (2005-2018) ». Thèse de doctorat, Sorbonne Université.

Hughes E-C. 1996 (1971). Le regard sociologique. Essais choisis. Editions de l’École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Julien O. 2010.« "Musiques populaires" : de l'exception culturelle à l'anglicisme ». Musurgia. 17 : 1. pp. 49-62.

Maisonneuve S. 2009. L’invention du disque 1877-1949 : Genèse de l’usage des médias musicaux contemporains. Archives contemporaines.

—. 2019.« L’économie de la découverte musicale à l’ère numérique ». Réseaux. 1 : 213. pp. 49–81.

Martin D.-C. 2006.« Le myosotis, et puis la rose ... Pour une sociologie des musiques de masse ». L'Homme. 1-2 : 177-178. pp. 131-154.

- . 2012.« '' Auprès de ma blonde...'': Musique et identité », Revue française de science politique, 62 : 1, pp. 21-43.

McClary S. 2015. Ouverture féministe : musique, genre et sexualité. Philarmonie de Paris. McRobbie A. 1975. « Filles et Subculture ». in Glevarec H., Macé E. et Maigret E. 2008.

Cultural Studies : Anthologie. Armand Colin.

McRobbie A. 1999. In the Culture Society : Art, Fashion and Popular Music. Routledge.

Morris J. W. 2015. Selling Digital Music, Formatting Culture. University of California Press.

Nova N. et François R. 2019.« Musi[ha]cking : Ce que la musique fait au hacking (et inversement) ». Volume !. 16 : 1. pp. 115-126.

Novak R. 2016. Consuming Music in the Digital Age : Technologies, Roles and Everyday Life. Springer.

Pecqueux A. et Roueff O. (dir.). 2009. Écologie sociale de l’oreille : enquêtes sur l’expérience musicale. École des Hautes Études en Sciences Sociales.

Peterson R. 1997. Creating Country Music. Fabricating Authenticity. The University of Chicago Press.

Pinch T. J. et Trocco F. 2002. Analog Days. The Invention and Impact of the Moog Synthetizer. Harvard University Press.

Ribac F. 2008.« Feedback! : pour une généalogie des musiques populaires ». Thèse de doctorat. Université de Metz.

Segré G. 2014a.« Écouter les fans écouter. Les chansons d’Elvis : ce qu’elles font aux fans. Ce qu’ils leur font. Ce qu’ils en font.  ». Volume !. 10 :1. pp. 111-126.

—. 2014b. Fans de... : sociologie des nouveaux cultes contemporains. Armand Colin.

Sharpley-Whiting T.-D. 2007. Pimps Up, Ho’s Down : Hip Hop’s Hold on Young Black Women. New York University Press.

Silver D., Clark T. N. et Laporte M.-N. 2014.« La puissance des scènes : Quantité d’aménités et qualité des lieux ». Cahiers de recherche sociologique. 57. pp. 33-60.

Sterne J. 2012. MP3: The meaning of a format. Duke University Press.

—. 2015 (2003). Une histoire de la modernité sonore. La Découverte.

Stokes M. 2004.« Musique, identité et “ville-monde”. Perspectives critiques ». L'Homme. 171- 172. pp. 371-388.

Straw W. 1991. "Systems of articulation, logics of change : Communities and scenes in popular music". Cultural Studies. 5 : 3. pp. 368-388.

—. 2014.« Scènes : ouvertes et restreintes ». Cahiers de recherche sociologique. 57. pp. 17- 32.

Théberge P. 1997. Any Sound You Can Imagine : Making Music/Consuming Technology. Wesleyan University Press.

Wikström P. 2013. The Music Industry: Music in the cloud. Polity.

Turbé. S. 2014. « Observer les déplacements dans la construction des scènes locales : Le cas de la musique metal en France ». Cahiers de recherche sociologique. 57. pp. 97-113.

—. 2017. « Mesurer les degrés d’engagement dans les mondes musicaux : du public au non- public de musique metal », Revue Interrogations, 24.

Walser R. 1993. Running with the Devil: Power, Gender and Madness in Heavy Metal Music. Wesleyan University Press.


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Mercredi 17 Mars, 2021