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8 janvier 2021 —— Alain Lambert.

Cinq cédés jazzy pour oublier la neige en nivôse

D’abord deux cédés de la nouvelle année, Olivier Laisney avec son groupe Yantras, et Stéphane Edouard (sortie le 15 janvier) de PondiCergy. Plus trois retenus d’une année 2020 riche de musiques malgré le virus sourdingue, Décorum, le Rembrandt trio avec invité et Mico Nissim en solo.

Monks of Nothingness (Onze Heures Onze 2021) du trompettiste et compositeur Olivier Laisney navigue entre jazz expérimental et progressif, porté par les claviers inventifs de Romain Clerc-Renaud, la triple basse de Damien Varaillon, et les envolées rythmiques de Franck Vaillant à la batterie. On retrouve aussi la flûte derviche de Magic Malik en alliage avec la trompette fulgurante. Et sur deux morceaux (Spiral Down et Sonnet) le chant rappé de Mike Ladd, parfaitement intégré, non simplement rapporté. Les yantras hindouistes réfèrent aux forces dynamiques, et cette musique s’en nourrit fortement, en évoluant et se construisant au milieu des convulsions sonores.

 

Pondicergy Airlines (Cjazz Productions 2021) est un voyage entre les deux cultures du batteur, claviériste, compositeur, Stéphane Édouard, accompagné de toute une lignée d’invités de tous les horizons musicaux, en petits groupes ou grands ensembles. Et en quatorze étapes, brèves ou longues. La flûte de Sylvain Barou, les tablas de Prabhu Edouard, la guitare folk d’Emmanuel Heyner servent de base, à laquelle s’ajoutent la basse de Michel Alibo, des cuivres, des voix, l’accordéon de Vincent Peirani, les flûtes de Malik Mezzadri, le violon de Baiju Bhatt, la guitare de Nguyên Lê (Full Metal), le piano de Bojan Z, et j’en passe, dans un grand brassage multi coloré.

 

Traces (Trois Quatre 2020) du pianiste Mico Nissim est un album de piano solo intime écrit et improvisé avec Un soupçon d’innocence en ouverture, dont les arpèges sonnent presque impressionnistes. Malgré tout ne s’oppose pas, mais vient tel un second moment tout aussi évanescent, avant le Blues for Arnold, puisune trace éphémère, Décidément, précède My Yiddish Song toute en finesse. Suivent encore cinq titres, dont une relecture syncopée de la Pavane de Fauré qui s’entend d’une autre oreille, tout comme L’île de Ré de Nougaro, évoquée en larges touches harmoniques. Plumbago for ever clôt ce joli disque dans une dernière chanson sans paroles.

 

Same self, same silence (Just Listen Records 2020) est l’aboutissement en deux ans de la rencontre du trio du pianiste hollandais Frerichs Rembrandt avec le musicien iranien Hossein Alizadeh au Shurangiz. Tony Overwater est à la viole et Vincent Planjer aux percussions douces. Ici l’improvisation jazz est confrontée à l’ancien principe Nava de la musique modale persane classique, et transposée sur des instruments occidentaux moins modernes comme la viole ou le pianoforte, qui résonnent intimement avec le shurangiz, luth iranien modernisé par Alizadeh. Un double renouvellement de la tradition pour ce beau jazz du monde méditatif.

 

Décorum (Petit Label 2020) est à la fois le titre de l’album et le nom d’un nouveau groupe caennais composé de Betty Jardin à la voix et aux mots, Pierre Millet à la trompette et aux compositions, Jean Baptiste Julien au piano, Patrice Grente à la contrebasse et Pascal Vigier à la batterie. Dès Yellow Box, le ton est donné, le piano, enjoué, propulse voix et trompette dans un jeu de bergamasque, fortement soutenu par la basse et la batterie. Kerala princesse permet à chacun de s’exprimer, après l’intro voix piano très prenante. Tout comme l’ouverture en trompette de Napoli. Deux modes de vocalisations qui s’entrecroisent et se répondent dans l’écrin de la section rythmique.

À noter que le Petit Label vient de publier Cartophonie, un jeu de plateau musical de l’Omedoc (Orchestre de musique expérimental du Doc à Saint-Germain d’Ectot dans le Calvados) à écouter et commander, comme les autres cédés, sur le bandcamp du Petit Label.

 

Alain Lambert
8 janvier 2021

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Dimanche 10 Janvier, 2021 3:25