musicologie

2020 —— Jean-Marc Warszawski.

Le Chant de la Création volcanique et autres créations de François Meïmoun

François Meïmoun

François Meïmoun, Le Chant de la Création et autres œuvres. Triton 2019 (TRIHORT 567).

François Meïmoun a commencé des études de piano au Conservatoire d’Angers avant de suivre les cours d’analyse musicale de Michael Levinas  et de composition avec Allain Gaussin au Conservatoire national supérieur de Paris, où il est aujourd’hui, à son tour, professeur d’analyse musicale. Il est directeur de collection aux éditions Aedam Musicae, il a soutenu en mai 2019 une thèse de doctorat, dirigée par Michael Werner, sur le langage musical de Pierre Boulez.

Son catalogue compte une cinquantaine d’œuvres. François Meïmoun a été gratifié, en 2017, du grand Prix SACEM de la musique symphonique des jeunes compositeurs et bénéficie de commandes d’institutions, d’ensembles, de festivals, tels Radio-France, les festivals de Chaillol ou Zeitkunst de Berlin, ProQuartet, etc. Pour un jeune compositeur, ses œuvres sont relativement bien diffusées (c’est-à-dire loin de ce qu’il faudrait) et mises en valeur par des interprètes de premier plan, tels les quatuors Ardeo, Arditti, Tana, les Percussions de Strasbourg, l'Orchestre Philharmonique de Radio France, et autres solistes.

Ce cédé rassemble diverses de ses œuvres, pour la plupart enregistrées lors de leur création : 1er et 5e quatuors, par les quatuors Ardeo et Tana, La Danse selon Matisse pour piano (Roger Muraro), La Danse du Peyotl et Hora, pour piano quatre mains ou deux pianos (Vanessa Wagner, Marie Vermeulin), Accolades pour piano et alto (Sylvain Durantel, Emmanuel Christien).

La « locomotive » du programme est une pièce symphonique à grand orchestre, commande de l’Orchestre national de Bordeaux et de son chef Paul Daniel : Le chant de la création en trois mouvements.

Comme les intellectuels de l’Antiquité grecque qui se demandaient ce que pouvait bien être la musique des planètes, tout corps en mouvement émettant un son, et pourquoi il ne leur parvenait que silence, François Meïmoun s’est posé la question de la première musique des planètes, celle du Big Bang. Il a interrogé l’Ancien Testament et la Kabbale, là où d’autres auraient questionné les physiciens.

Il fait sans aucun doute une démonstration très concrète de sa maîtrise d’écriture, pour l’orchestre, les instruments, les timbres, dans une succession de salves éruptives roulantes au paroxysme, entre lesquels évoluent des respirations plus aérées, libres de mouvement, de mélodies, de beaux assemblages sonores qui ne refusent pas les résonances harmoniques, et se densifient pour à nouveau jaillir en une salve à la densité maximum, souvent soulevée par les plaques tectoniques des percussions. Le Big Bang est pour le compositeur un paysage de volcans et de geysers, où les éléments libres n’arrêtent pas de se condenser pour vomir à intervalles réguliers des jets de lave. Ce n’est pas une histoire qui est racontée, mais un paysage en mouvement dans lequel l’auditeur se déplace.

Cette même esthétique personnelle, qui ne manque pas du souffle épique des Écritures et de la colère de Dieu, sinon des convulsions des éléments, se retrouve dans les autres pièces de cet enregistrement, que ce soit en quatuor ou au piano, qui ont la même qualité de facture. Je ne sais pas si on peut parler ici de développement ou de prolifération. Il semble qu’on ne cherche pas une voix dans la musique du monde et l'expansion de ses diversités de ses histoires, de ses tribulations, mais la concentration sur l’Idée essentielle, le Un universel. Au bout du bout, ce n’est pas particulièrement optimiste, mais c’est beau, même beau selon Plotin : la contemplation du beau, dans ce monde si faux et imparfait, permet de se mettre en relation avec la perfection de l’Idée, qui est Une et Origine.

François Meïmoun, Le Chant de la Création, III. La lumière, Orchestre national de Bordeaux Aquitaine, sous la direction de Paul Daniel (plage 3).

1-3, Le Chant de la Création, I. Le,Chant, II. Danse du ciel et de la Terre, III. La lumière, Orchestre national de Bordeaux Aquitaine, sous la direction de Paul Daniel.

4. La danse, selon Matisse, Roger Murro (piano).

5. Quatuor à cordes no 1, Quatuor Ardeo.

6. La Danse du Payotl, pour piano à quatre mains (Vanessa Wagner et Marie Vermeulin).

7. Hora, pour deux pianos (Vanessa Wagner et Marie Vermeulin).

8. Accolades, Sylvain Durantel (alto), Emmanuel Christien (piano).

9. Quatuor no 5, « Le Livre des songes ».

 Jean-Marc Warszawski
29 février 2020

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