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27 juin 2020 —— Alain Lambert.

L'Histoire des Zazous par Gérard Régnier : de la légende à l'histoire

Zazous

Gérard Régnier, Histoire des zazous, Paris, Prague, Bruxelles, Berlin (préface par Pascal Ory). L'Harmattan, Paris 2020 [216 p. ; ISBN : 978-2-343-19409-7 ; 22 €].

De l'avènement du swing (en France avec Ray Ventura ou Fred Adison) dans le mode de vie des jeunes européens du milieu des années trente à l'histoire des zazous, sous toutes ses coutures, à Paris, mais aussi Bruxelles, Prague ou Berlin, ce livre nous la donne à vivre à travers les témoignages des témoins de l'époque et les articles de la presse des années noires, surtout la presse collaborationniste (Le Pilori, La Gerbe, Je suis partout ou Le Réveil du Peuple...)

Le zazou apparait donc en France, vers 1941, héritier à la fois d'un refrain de Cab Calloway et de ses tenues vestimentaires. La presse collaborationniste,  plus que l'occupant lui-même, va faire une fixation sur eux car ils  représentent, par leur style de vie provocateur l'antithèse de la jeunesse patriote et laborieuse de « la révolution nationale » (« Swing qui peut », « Razez le zazou » sont leurs slogans de choc, avant de les envoyer aux travaux des champs en 1942 puis au Service de travail obligatoire en 1943).

En Europe, on retrouve des Zazous à Bruxelles, à Prague (les putapka), à Hambourg, Francfort et Berlin aussi où les musiques jazz et swing ont été introduites par les musiciens du pays au moment de la pause des Jeux Olympiques de 1936, avant de devenir, dès l’année suivante, des musiques dégénérées.

Un chapitre est consacré à la vie et aux écrits de Boris Vian à cette période à partir du témoignage de Michèle Vian et d'extraits de Vercoquin et le plancton ou des Cent Sonnets.

Si Johnny Hess était « wing », il ne se reconnait pas dans « ces petits agités » au contraire de Irène de Trébert ou de Charles Trenet, à la fois swing, jazz ou zazou selon les publics, et très mal vu des collabos. Il y a d'ailleurs de la part des amateurs de jazz, Panassié comme Delauney, un refus  des zazous turbulents peu mélomanes, excités par un solo de batterie ou un aigu stridulant de trompette, et juste intéressés, à leurs yeux, par le rythme et la danse. Un chapitre concerne d'ailleurs le détournement de l'interdiction de la danse par les soirées privées ou les cours de danse clandestins.

Mais si le zazou ne pense qu'à s'amuser, il en est un petit nombre qui a participé à la manifestation de solidarité du 7 juin 1942 en arborant des étoiles jaunes marquées swing ou zazou. S'ils n'ont pas été des résistants, leur mode de vie provocateur a malgré tout constitué, selon l'auteur de ce livre documenté, une opposition passive au pouvoir nazi et pétainiste.

Il termine en disant qu'il « faudra attendre les yéyés puis les punks pour leur assurer une véritable succession » sans questionner la relation entre les zazous et la jeunesse existentialiste, non-conformiste, jazzy et dansante des caves de Saint-Germain dont « Bison ravi » (Boris Vian) était dans la continuité l'un des chefs de file.

 

Alain Lambert
27 juin 2020

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Lundi 29 Juin, 2020 23:25