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17 novembre 2020 —— Alain Lambert.

Hugues Panassié - André Hodeir : la querelle des « raisins aigres » et des « figues moisies »

Fargeton Pierre, Mi-figue mi-raisin : Hugues Panassié - André Hodeir, correspondance de deux frères ennemis (1940-1948). Suivi de Exégèse d'un théologien du jazz : la pensée d’Hugues Panassié en son temps. Outre mesure 2020 [540 p. ; ISBN 978-2907891936 ; 34 €]

Pierre Fargeton enseigne à l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne en études et recherches sur l'expression contemporaine. Dans ce gros livre composé de deux parties, il propose d'abord une présentation de la correspondance Panassié-Hodeir entre 1940 et 1948 puis un long essai replaçant la pensée de Panassié, présenté comme un théologien du jazz, dans le contexte de son époque.

On s'aperçoit dans la correspondance, à sens unique, car les courriers du jeune André Hodeir sont pour l'instant introuvables, que les premières années ce dernier est  comme le disciple du maître. Venu de la musique classique, il découvre avec lui le jazz, les meilleurs disques que l'autre  lui conseille ou lui fait parvenir.

C'est à partir de la lettre numéro 34 du 7 mars 1942 que l’on sent que Hodeir se pose des questions sur le catholicisme de son correspondant et que le sujet jazz n'est plus le seul abordé. Et la correspondance  s'arrête au mois de mai 1942. elle ne reprendra que le 10 novembre 1947 sur cette affirmation « je ne vous ai pas attaqué d'une façon inamicale » à propos des articles d'Hodeir dans Jazz 1947. Les quatre lettres suivantes, la dernière datée de mars 1948, sont des tentatives de justification mêlées d'injures de Panassié contre Charles Delauney, Boris Vian et Franck Ténot qui avec Hodeir défendent le jazz moderne.Mais ce dernier  va demander la fin de cette correspondance, car en tant que rédacteur en chef de Jazz Hot, il a choisi son camp,  celui des « raisins aigres » contre celui des « figues moisies », selon l'image de l'époque.

Cette controverse, autour d'un concert de Rex Stewart à la salle Playel en 1947, on en retrouve les échos beaucoup plus loin dans le même livre, à partir de la page 390, dans la seconde partie qui explique surtout l'itinéraire intellectuel et spirituel de Panassié, mélange de catholicisme réactionnaire, de pétainisme déçu, l'amenant à une écoute religieuse du jazz, d'abord épiphanique puis théophanique. Le jazz noir primitif ou rien ! « De la révélation à l'aveuglement » comme l'annonce le titre du chapitre.

Quant au be-bop, contraire à toutes les croyances de Panassié, et de bien des façons, l'auteur l'explique aussi en détail dans cet ouvrage touffu et fort documenté qui raconte d'une autre façon, dans un contexte culturel particulier, l'histoire du jazz en France dans le milieu du xxe siècle.

Alain Lambert
17 novembre 2020
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