musicologie

2020 —— Jean-Marc Warszawski.

13 Noëls français pour orgue

Noëls français, Danie Meylan, orgue de la basilique de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume, œuvres de Jean-François Dandrieu, Louis-Claude Daquin, Michel Corrette, Claude Balbastre, Daniel Meylan. Hortus 2019 (HORTUS 173).

Issu de la classe d’orgue du Conservatoire de Genève, notamment sous la direction de Pierre Segond, Daniel Meylan est titulaire de l’orgue de l’église du Sentier, en Suisse, et du temple de Nyon. Il mène une carrière de concertiste, fonde en 1992 La camerata baroque et a enregistré une dizaine de disques chez Préludio, Cascavelle et Hortus. Il a été 25 ans durant Président de l'Association des organistes romands et expert de la restauration des orgues historiques auprès e l’Office fédéral de la Culture.

Dans cet album, il propose  un florilège de Noëls français couvrant le xviiie siècle, de Jean-François Dandrieu, Lois-Claude Daquin, Michel Corette, Claude Balbastre… et de Daniel Meylan en personne, dans des variations en pastiche.

Pour les catholiques, le début de l’année liturgique est Pâque : la crucifixion, la descente aux enfers, la résurrection. Ce fut même longtemps le début de l’année civile. Mais pour les peuples, une chose bien abstraite. C’est pourquoi Noël (dont la liturgie est calquée sur celle de Pâque), occupant le temps des fêtes païennes du solstice d’hiver, s’est imposé. La naissance d’un enfant, la grange, les animaux de la ferme, la visite de rois venus des quatre coins du monde sont des choses plus concrètes, « qui parlent », pour un peuple presque totalement rural (83% au début du xviiie siècle).

La liesse populaire païenne imprime sa marque sur la fête religieuse. Ces Noëls sont des musiques populaires, alertes, joyeuses avec quelques épisodes lyriques, dansants, dans lesquels l’oreille d’aujourd’hui peut saisir des fragments des chansons et comptines de son enfance.

Daniel Meylan évoque le succès de ces Noëls qui attiraient les foules la veille du jour de la nativité, des concerts que les autorités ecclésiastiques, inquiètent de ce succès, ont pu à l’occasion interdire. Ces interdictions n’étaient pas directement motivées par le succès, mais pas la nature populaire de ces pièces, lesquelles aux oreilles de l’autorité, franchissaient certainement le seuil de la décence admise dans le lieu de culte, comme plus tard on fera scandale des airs célèbres d’opéra, que les organistes mettaient au programme pour attirer le chaland.

Le choix de l’orgue de la basilique de Saint-Maximin, construit dans la seconde moitié du xviiie siècle par le frère dominicain Jean Esprit Isnar, est pour beaucoup dans la séduction  de cet enregistrement. L’instrument n’a pas été modernisé quand a soufflé la mode de l’« orgue symphonique » au siècle suivant ni d’ailleurs par la suite. Les mixtures adoptées par Daniel Meylan jouant également dans cette affaire, le clairon des jeux bruités, comme la douceur chaleureuse des registres flûtés, sonnent clairement et sincèrement, évoquant pour l’oreille contemporaine l’instrument soliste ou le couple de musiciens de village avec ses tambourins et les bourdons évocateurs de la vièle, des danses et rondes y compris chantées.  Voire le flageolet (Noël provençal, de Corrette). Plus que joie populaire, ces musiques ont la fraîcheur des rondes, refrains et comptines enfantines.

Louis-Claude Daquin, Noël sur les jeux d'anches, sans tremblement et en duo, plage 4 (extrait).

1-3. Jean-François Dandrieu (1682-1738), Chantons de voix hautaine, Noël de Saintonge, Or nous dites Marie.

4-6. Louis-Claude Daquin (1694-1772), Nouveau Livre de Noëls (1757), « Noël, sur les jeux d’anches sans tremblant et en duo », « Noël Grand Jeu et duo », « Noël en récit en taille ».

7-9. Michel Corrette (1707-1795), Nouveau Livre de noëls (1753), « Vous qui désirez sans fin », « Je me suis levé, Noël provençal ».

10-12. Claude-Bénigne Balbastre (1727-1799), « Joseph est bien marié », « Où s'en vont ces gais bergers ? », « Au jô deu de pubelle ».

13. Daniel Meylan (1953), Voici le jour solennel, variations à la manière des maîtres classiques français.

 

 Jean-Marc Warszawski
10 février 2020

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