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22 mars 2019 —— Jean-Marc Warszawski.

Psaumes du xvie siècle : le psautier de Genève

Psaumes du xvie siècle : le psautier de Genève, Centre de musique ancienne de Genève, Ensemble Les Éléments, Ensemble Clément Janequin, Cascavelle 1986, 2010, 2018.

Ce que ne dit pas la première de couverture de la pochette, sobre, est que trois ensembles ont participé à cet enregistrement :

un quatuor formé au sein du Centre de musique ancienne de Genève : Christine Gabrielle Frantzen (luth), Gabriel Garrido (flûte à bec), Ariane Maurette (flûte à bec), Marinette Extermann (orgue) ;

l’ensemble Les Éléments, un quatuor de violes, Arianne Maurette de nouveau, Nanneske Schaap, Alison Crum, Sarah Cunningham ;

l’ensemble vocal Clément Jannequin, mené par Dominque Visse, avec Michel Laplénie, Philippe Cantor, Josep Cabré, Antoine Sicot et de nouveau Sarah Cunningham (basse de viole).

Pour répondre à l’étonnement des bien informés du monde de la musique ancienne, il s’agit d’une réédition de 1986, même d’une troisième édition, après celle de 2010.

Le psautier de Genève a été réalisé dans le mouvement réformiste — ici calviniste — qui impose une liturgie en langue vernaculaire en remplacement du latin. Il s’agit d’un livre réunissant les 150 psaumes dits de David traduits en français, avec les mélodies, venant de fonds plus anciens, ou attribuées sans certitudes à divers compositeurs, tels Guillaume Franc, Loys Bourgeois, Pierre Davantès, Wolfgang Dachstein, Mathias Greiter.

L’aventure, supervisée par Jean Calvin commence à Strasbourg en 1539 par l’édition d’un petit psautier, contenant vingt-deux psaumes (avec mélodies), traduits en français par Clément Marot et Jean Calvin en personne. Un livre tout à fait confidentiel, dont un exemplaire a été « découvert » à la fin du ixie siècle à la Bibliothèque royale de München. De retour à Genève en 1541, Jean Calvin ne lâche rien, il publie un nouveau livre contenant 30 psaumes, toujours traduits par Marot et Calvin, dont les mélodies sont attribuées (indirectement) à Guillaume Franc.

Clément Marot, réfugié à Genève en 1543, est prié de continuer de projet. Il traduit une cinquantaine de psaumes qui font l’objet de plusieurs éditions, y compris sans mélodies. Il meurt à Turin en 1544. Jean Calvin fait alors appel à Théodore de Bèze. En 1551 paraissent quatre-vingt-trois psaumes (avec des mélodies en partie de Loys Bourgeois, arrivé à Genève en 1545), en 1556, paraissent quatre-vingt-neuf. L’édition finale est celle de 1562.

Entretemps, bien entendu, il y a eu des éditions parallèles, y compris comprenant d’autres traductions, et les compositeurs se sont emparés de ce corpus bien avant 1562, comme les Cinquante Pseaulmes de David à voix de contrepoint égal consonante au verbe et vingt-quatre autres, publiés en 1547 par Loys Bourgeois, d’ailleurs emprisonné en 1551, pour avoir « modifié sans licence » des mélodies du psautier. On retrouve aussi, par exemple, des mélodies variées et ornées de ces psaumes dans les éditions de 1644, 1649 et 1654, de Der Fluyten Lust-hof (airs pour flûte) de Jacob van Eyck. De son côté, Claude Lejeune met en musique à 4 et 5 voix les paume dans des textes de Jean-Antoine de Baïf, Agrippa d'Aubigné ou d'anonymes.

Ce n’est pas exactement le Psautier de Genève qui est ici réalisé, mais quinze compositions pour le salon ou le concert, inspiré du psautier, dans des formes prohibées pour le culte. On y retrouve des expositions en plain-chant (psaume 33 de Paschal de l’Estocard ou 118 de Jan Pieterszoon Sweelinck), de la mélodie accompagnée (mélodie et basse continue) comme le mode s’étend à l’époque (psaume 137 par Nicolas Allet ou le 50 par Adrian Leroy), de la polyphonie, genre qui décline à la fin du xvie siècle, où l’on retrouve clairement la mélodie d’origine en cantus firmus (psaumes 1 et 140 de Sweelinck), ou pas du tout (psaumes 29 et 23, 37 par Loys Bourgeois, le 130 par Pierre Certon…).

La merveilleuse langue de Clément Marot et de Théodore de Bèze, devenant, avec le temps et sa poésie  recherchée, incompréhensible, a été depuis remplacée, en y gagnant autant en compréhension (avec des écarts sémantiques) qu’il y a de pertes poétiques. Mais cela est dans l’esprit de la Réforme : on s’adresse aux gens dans un langage qu’ils comprennent.

Claude Goudimel (Théodore de Bèze), Psaume 87, Dieu pour fonder son tresseur habitacle, plage 1.

1. Claude Goudimel (théodore de Bèze), Psaume 87, Dieu pour fonder son tresseur habitacle.

2. Loys Bourgeois (théodore de Bèze), Psaume 29, Las en ta fureur aigue.

3. Paschal De L’estocart (Clément Marot), Psaume 7, Mon Dieu j’ay en toy esperance.

4. Adrian Leroy (Clément Marot), Psaume 50, Le Dieu, le Fort, l’Eternel parlera.

5. Adrian Leroy (Clément Marot), Psaume 104: Sus. Sus mon âme. Il te faut dire du bien.

6. Loys Bourgeois (Clément Marot), Psaume 23, Mon Dieu me plaist sous sa puissance bauté.

7. Pierre Certon (Clément Marot), Psaume 130, Du fond de ma pensée.

8. Loys Bourgeois (Clément Marot), Psaume 37, Ne sois fasché si durant ceste vie.

9. Paschal de L’estocart (Clément Marot), Psaume 33, Resveillez-vous chacun fidèle.

10. Jan Pieterszoon Sweelinck (Clément Marot), Psaume 1, Qui au conseil des malins n’a esté.

11. Jacob van Eyck (Théodore de Bèze), Psaume 133, O combien est plaisant et souhaitable.

12. Nicolas Vallet, Præludium.

13. Nicolas Vallet (Clément Marot), Psaume 137, Es tans assis aux rives aquatiques.

14. Jan Pieterszoon Sweelinck (Théodore de Bèze), Psaume 140, O Dieu. Donne moi delivrance.

15. Jan Pieterszoon Sweelinck (Clément Marot), Psaume 118, Rendez à Dieu louange et gloire.

 

 

 Jean-Marc Warszawski
22 mars 2019

 

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