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Nice 24 octobre 2019 —— Jean-Luc Vannier.

De Guangzhou 广州 à Monte-Carlo : itinéraire d’un jeune ténor chinois

Cherong ZhangChengrong Zhang. Photographie © D. R.

Chengrong Zhang est un jeune ténor qui a choisi de quitter sa Chine natale pour venir en France étudier le chant et commencer une carrière lyrique. Rencontré lors de Luisa Miller à l’opéra de Monte-Carlo en tant qu’élève de la FIPAC (Formation Internationale Professionnelle des Artistes de Chœurs), il a accepté, après en avoir terminé avec cette formation, de répondre aux questions de Musicologie.

Musicologie : Pour quelles raisons avez-vous choisi la France afin de suivre votre première formation vocale à l'étranger ?

Chengrong Zhang : je n’imaginais jamais qu’un jour, je ferais du chant dans ma vie. Avant 18 ans, je voulais être un sportif, un basketteur professionnel. Durant l’année de mes 16 ans, j’ai été touché par la musique et les chants dans un film français: « Les choristes ». Mon père m’a acheté un DVD du ténor Roberto Alagna dans lequel il chantait et parlait français. Je ne pouvais pas comprendre plus d’un mot. C’est ainsi que j’ai commencé à découvrir le chant lyrique français et européen. Lors d’un événement, le Conservatoire du Grand-Chalons était venu dans ma ville de Guangzhou 广州 pour y recruter les élèves : j’y suis allé pour être auditionné.

Musicologie : Que pouvez-vous nous dire de votre expérience à la FIPAC de l'Opéra de Monte-Carlo ?

Chengrong Zhang : La FIPAC de l’Opéra Monte-Carlo m’a donné une formation complète et rigoureuse. Notamment lors de masterclasses avec les chefs de chant internationaux, les cours de déchiffrage, le théâtre, la danse, la phonétique internationale et les cours de différentes langues. Aussi la formation m’a permis de gagner de l’expérience scénique et une chance précieuse de répéter avec des musiciens professionnels. J’ai beaucoup investi dans cette formation dans le but de m’améliorer. Surtout au déchiffrage : on m’a proposé de pouvoir chanter une mélodie ou un Lied couramment avec une dizaine de 10 minutes de préparation sans piano. Au début, je n’étais pas habitué à cette vitesse de déchiffrage. Et j’avais beaucoup de mal à déchiffrer les notes, dans une langue qui, en plus, n’est pas ma langue maternelle. Finalement avec beaucoup d’entrainement et la patience d’un coach, j’ai bien avancé. Pendant la saison lyrique 2018-2019, j’ai eu la chance d’être dans une partie du chœur dans la production de Luisa Miller de Verdi en version de concert avec l’orchestre et les chœurs de l’Opéra de Monte-Carlo. Et j’ai aussi chanté dans le chœur de Guillaume Tell de Rossini aux Chorégie d’Orange. Puis, une participation dans les répétitions de Falstaff de Verdi. Ainsi qu’une présentation d’ensemble vocal Les amours de Ronsard de Darius Milhaudavec les jeunes chanteurs de la FIPAC.

Cherong ZhangChengrong Zhang. Photographie © D. R.

Musicologie : Quelle serait, selon vous, la principale difficulté vocale pour chanter le répertoire français ?

Chengrong Zhang : comme je suis une personne qui n’a pas grandi dans un pays francophone, j’apprends le français par le chant et par la vie en France. Lors de mes interprétations de chant français, je fais notamment attention à faire la différence entre les voyelles particulières de la langue française. Par exemple, on voit souvent les voyelles « ə » « ø » « œ » et les voyelles nasales « ɛ̃ » « ɑ̃ » « œ̃ » « ɔ̃ » en sachant que ce genre de voyelle n’existe pas beaucoup dans les autres langues. Surtout pour les voyelles nasales qui risquent de mettre du son dans le nez et empêcher la sonorité de bien sortir par la voix si on ne fait pas attention. C’est pour cette raison que l’on m’a proposé de trouver des voyelles « voisines » sur « A, E, I, O, U «  afin d’avoir plus de facilité à chanter. En tant que chanteur, on garde une conscience aiguë pour bien articuler et rester sur les voyelles pendant qu’on chante dans une langue étrangère. Car c’est toujours la voyelle qui nourrit le son.

Musicologie : Comment définiriez-vous votre voix et quel serait le répertoire dans lequel vous aimeriez chanter ?

Chengrong Zhang : c’est Madame Catherine Decaen, mon professeur de chant lyrique au Conservatoire de Nice qui m’a défini ma voix dans celle de ténor léger. Selon le timbre et la largeur de ma voix, on m’a proposé de travailler les airs des rôles de Mylio dans Le roi d’Ys, de Nadir dans Les pêcheurs de perles, de Gérald dans Lakmé, de Steuermann dans Der fliegende Holländer et de Nemorino dans L’elisir d’amore…etc. Parfois, elle me propose de travailler et d’étudier des airs un peu plus larges, juste pour trouver la consistance de ma voix. C’est ce qu’il faut développer pour que la voix soit riche, généreuse et épanouie. Mes airs préférés pour chanter sont les airs de Mylio et de Nadir.

Musicologie : Quels sont vos projets immédiats ?

Chengrong Zhang : Je suis actuellement en train de préparer les Dichterliebe, un cycle de Lieder de Robert Schumann. Je me prépare aussi pour intégrer l’Opéra Studio ou les chœurs d’Opéra. Je suis en double cursus au conservatoire, travaille les morceaux qui traversent les différents styles (baroque, classique, romantique, contemporain) et les langues différentes (Français, Italien, Anglais, Allemand et Russe) afin de passer le diplôme DEM de chant lyrique et chant baroque en 2020.

Musicologie : Quels premiers constats tirez-vous de votre séjour en France, et en particulier, de celui à Nice ?

Chengrong Zhang : c’est Confucius qui le dit : «  ,好 » : « Mieux vaut l’aimer que la connaître seulement et mieux vaut encore en faire ses délices que de l’aimer seulement ». J’ai eu la possibilité de mieux apprendre la langue française et avoir plus de connaissance de la culture et de l’histoire européennes. C’est ma première rencontre musicale, avec les mélodies de Gabriel Fauré, qui m’a fait m’en rendre compte. Plus je connais les langues, plus je m’amuse dans le chant. Au travers de mes expériences des études à Nice et à la FIPAC, j’ai constaté que je dois apprendre plus de langues différentes pour m’aider à continuer de progresser dans le chant. Il y a aussi la proximité avec l’Italie, qui m’a permis de me faire des amis italiens, avec qui je parle notamment linguistique et culture. Je suis d’ailleurs en train d’apprendre l’italien.

Nice, le 24 octobre 2019,
Propos recueillis par Jean-Luc Vannier


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