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Liz McComb met le blues à l'orchestre symphonique

Pour sa 18e année, Opéra en plein air, institution qui organise chaque été une tournée d’opéra d’une quinzaine de dates, dans des lieux historiques servant aussi en partie de décor,  avec des metteurs en scène improbables tels Patrick Poivre d'Arvor, Jacques Attali, Arielle Dombasle ou Julie Gayet, a laissé en fin de parcours  ses tréteaux, ses lumières, l’orchestre symphonique Anne Gravoin sous la direction de Nicolas Guiraud, à la chanteuse de gospel Liz McComb. Le 2 septembre au Château d’Haroué en Lorraine, et le 9 septembre dans la cour de l’hôtel des Invalides à Paris, qui est en soleil et chaleur.

L’accueil est un peu pagailleux, la numérotation des billets ne correspondant pas à celle des sièges, la seule ouvreuse présente est bloquée côté cour par de nombreux spectateurs un peu perdus, les autres se débrouillent gentiment. Il est tout de même plus agréable d’être bien accueilli, avec un programme, ici manquant. C’est la première impression du concert.

Celui-ci est pompeusement intitulé « Spiritual Symphonic Suite », avec le côté amerlocain pour l’exotisme authentique qu’on espère peut-être vendeur. En réalité il s’agit essentiellement d’extraits de Porgy and Bess, opéra de George Gershwin, un compositeur à la peau blanche, religieusement normalement plus proche de la psalmodie synagogale que du gospel de l’église évangélique, de standards de Jérôme Kern, première génération d’immigrés allemands, de Duke Ellington, d’Abel Meeropol, militant communiste issu quant à lui de l’immigration juive de Russie, dont le poème puis chanson Strange Fruit, est une réaction au lynchage et à la pendaison de Thomas Shipp et d’Abram Smith  le 7 août  1930 en Indiana. Pour changer d’atmosphère, le célèbre What a Wonderful World (Quel monde merveilleux) de Bob Thiele et George George David Weiss en 1967. À cela s’ajoutent des chansons traditionnelles et gospel, tels Jéricho, I told Jesus, In the Upper Room, Rock my Soul, Lord How Come Me Here, et des chansons de Liz McComb dont son fétiche Peacemaker.

Ce tour de chant, dont le dénominateur commun n’est pas le gospel, mais le blues orchestré est une gageure. La rencontre d’un monde oral et improvisateur avec celui de l’écrit. Ce n’est pas souvent réussi, d’abord parce que le grand orchestre ne swing pas, ne groove pas, même si aujourd’hui bien des musiciens classiques maîtrisent jazz et blues. C’est le grand orchestre.  On note au passage qu’il n’y a pas ici le renfort d’une section rythmique (batterie, guitare, guitare basse voir orgue Hammond), comme c'est le cas en général dans ce genre de mariage un peu hors nature.  Bien des amateurs peuvent préférer les beaux thèmes de Porgy and Bess joués par des petites formations nerveuses à la version originale nécessairement moins incisive, mais porteuse d’un autre type de richesse. Il y a les pointes du diamant, il y a ses reflets et miroitements.

D’un autre côté, Liz McComb habituée à jouer avec des musiciens rompus à l’exercice entre jazz, blues, rock et funk, répondant au moindre de ses gestes, doit se mettre à la discipline d’un texte strictement écrit, dans une machine qui ne répondra à aucune improvisation ni écart, ne rattrapera rien, ne suivra rien de ce qui n’est pas écrit.  C'est une question de mise en place technique, mais aussi de cohérence esthétique.

Et cela s’est passé ainsi.  La voix arrondie par un boostage des basses, sonorisée à hauteur de l’orchestre et non comme à l’habitude une brassée de décibels au-dessus, Liz McComb a abandonné une partie de son exubérance de prédicatrice au profit de la concentration. Cela lui va fort bien, c’est avec finesse qu’elle fond son art du groove dans l’orchestre symphonique. Les Gershwin sont taillés à cet effet, lui vont comme un gant. Les autres morceaux sont habillés de bonnes orchestrations de Bertrand Richard, de Jean François Rougé et de Jean Philippe Audin pour un Jéricho original qui a donné un peu de fil à retordre à la diva.

Curieusement, il faut à Liz McComb une scène musicalement excessive (il lui reste la surface d’un mouchoir de poche pour évoluer), ici dans un décor grandiose, et un enjeu de très grande envergure, pour ne pas elle-même tomber dans les excès, et fouiller dans la musicalité tous les ressorts du spectacle. Mais il est vrai que le public venant au concert pour retrouver les émotions du service évangélique et sa prédication du dimanche matin, n’était pas dans la cour de l’hôtel des Invalides ce dimanche 9 septembre 2018.

 

Jean-Marc Warszawski
17 septembre 2018

 

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bouquetin

Lundi 17 Septembre, 2018 1:38