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Sophie Hanne et Katia Weimann

 

Sophie Hanne et Katoia WeimannSophie Hanne et Katia Weimann.

Commarin, 28 septembre 2014, par Eusebius —

Vous ne connaissez pas Commarin ? On vous pardonne, à moins que vous soyez bourguignon, ou lecteur de Henri Vincenot, son chantre (le Pape des escargots…) disparu en 1985. Si Commarin s'enorgueillit de posséder un magnifique château, propriété de la famille de Vogüe depuis le xive siècle, c'est à l'église que donnent leur récital les deux jeunes artistes, compagnes d'études et partenaires depuis plusieurs années. Ayant maintenant intégré le CNSMD, Sophie à Lyon et Katia à Paris, elles se produisent annuellement dans ce ravissant village à la faveur d'attaches familiales.

Comme l'an passé, un nombreux public, relativement éloigné des centres lyriques, géographiquement et culturellement, se voyait offrir une découverte du répertoire et une relation privilégiée aux interprètes. Le thème retenu était l'ouverture au monde. Sous le titre « Evocations d'ailleurs », une bonne douzaine de mélodies et deux des Estampes de Debussy allaient l'entraîner aux quatre coins de l'Europe et du monde.

Mise en voix, mise en confiance, Sophie Hanne aime l'inspiration orientale de Bizet. Si elle ouvrait son récital de l'an passé par Les adieux de l'hôtesse arabe, c'est l'air de Djamileh, « Nour-Eddin, roi de Lahore » auquel nous avons droit. La chanson mélancolique de la charmante esclave est rendue avec beaucoup de grâce et de sensibilité. Contraste saisissant avec le célèbre « Una voce poco fa » du Barbier de Séville de Rossini, que chante Rosine qui vient d'écrire à Lindoro. Dans toute la tessiture, l'agilité, la couleur et la projection sont là, et le public apprécie. L'air que Mignon chante à Wilhelm Meister, « Connais-tu le pays » (de l'opéra éponyme d'Ambroise Thomas), fait également partie du grand répertoire. Sophie Hanne campe ainsi son personnage simple et tendre, avec une qualité de diction enviable. Avec Kaddish, des deux mélodies hébraïques de Ravel — écrites il y a tout juste un siècle — on atteint un sommet : le texte rituel de la prière des morts est psalmodié avec ses merveilleuses inflexions vocales, servi par une conduite de la voix émouvante jusqu'à l'amen final. Je ne connais guère que Poulenc qui partage le sens inné du texte dont fait toujours preuve  Reynaldo Hahn. Seule, dont le cadre est Constantinople, chanté par Théophile Gautier, est une véritable « peinture sentimentale » où la voix s'épanouit sur le bercement régulier du piano. Le chant donne tout son sens à la profonde tristesse de cette page intimiste. Trois des Mélodies populaires grecques de Ravel (« Le réveil de la mariée », « Là-bas vers l'église », « Tout gai ») permettent de conclure cette première partie d'une manière plus sereine, puis animée, enfin joyeuse.

Antiféministe le Nimmersatte Liebe de Hugo Wolf (Mörike Lieder) ? Avec la grandiloquence d'un sermon sur l'insatisfaction de la femme, illustré par l'accompagnement figuraliste, nous tenons là une pièce savoureuse que Sophie Hanne chante avec un plaisir manifeste. Gravité de l'Invitation au voyage de Baudelaire, chef-d'œuvre de Duparc : Une ligne parfaite soutenue par un accompagnement flamboyant, ruisselant, rendu à la perfection par Katia Weimann. Le contraste est puissant avec la « Chanson de Solveig », du Peer Gynt de Grieg, où la fraîcheur l'emporte avec la tendre vocalise qui conclut chaque couplet. Beau rôle de mezzo que celui d'Erika, dans la Vanessa de Barber, à laquelle Sophie Hanne confère une dimension pathétique. Avec le George de William Bolcom, le plus francophile des compositeurs contemporains américains, nous retrouvons un esprit proche de celui de la comédie musicale, qui abolit les frontières entre musique savante et populaire : c'est pétillant, plein de finesse, d'humour, de joie de vivre. Une splendide conclusion pour un récital dont on sort heureux.

Les mérites de Katia Weimann sont connus. Elle accompagne tout avec une attention permanente au chant de son amie et un dosage subtil de ses interventions. Mais prodige il y a dans la mesure où l'instrument, piano d'étude de bas de gamme des années 70, sauf erreur, se prête évidemment fort mal au rendu du chatoiement des couleurs debussystes, particulièrement dans Soirée dans Grenade comme dans Pagodes. Or, à notre grande surprise, elle tire de cet instrument des sonorités insoupçonnées, que l'on croyait irréalisables dans ces conditions. Ce n'est pas un mince mérite, et c'est en tous les cas la confirmation que nous avons affaire à une pianiste particulièrement talentueuse.

Nous nous proposions l'an passé de suivre Sophie Hanne dans une carrière qui s'annonçait prometteuse. Les progrès accomplis sont indéniables, le travail et la maturité aidant. C'est maintenant une artiste accomplie, une déjà grande mezzo. L'enseignement de Françoise Pollet, fabuleuse straussienne, qu'elle a la chance d'avoir pour mentor, ne manquera pas de porter ses fruits.

Eusebius
29 septembre 2014

 

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