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Portrait de femmes

 

Sophie Hanne et Katia Weimann

Commarin, 29 septembre 2013, par Eusebius ——

Portées par quelques amoureux de la musique, fondées sur un total bénévolat, n'ayant pour ambition que de faire partager leur plaisir, les initiatives sont toujours bienvenues. Ainsi, à Commarin, en Bourgogne, était organisé, pour la seconde année, un récital de Sophie Hanne, mezzo soprano, et Katia Weimann, piano, à la faveur d'attaches familiales locales. Une population relativement éloignée des centres lyriques, géographiquement et culturellement, se voyait offrir une découverte du répertoire et une relation privilégiée aux interprètes.

Celles-ci, issues du Conservatoire à Rayonnement Régional de Boulogne-Billancourt, poursuivent leur formation musicale, technique et universitaire au plus haut niveau et se produisent ponctuellement depuis 2011.  Elles présentent un programme éclectique qui conduit de Monteverdi (le Lamento d'Ariana) à Menotti (The Consul) en traversant le xixe siècle, puis passant par Debussy et Falla. Les adieux de l'hôtesse arabe, à juste titre la plus célèbre mélodie de Bizet, permet d'emblée d'apprécier la voix bien timbrée, l'égalité de registre et la conduite de la ligne vocale. La flûte de Pan, des Chansons de Bilitis, de Debussy, est stylistiquement très juste, d'une articulation impeccable. Et les deux Schumann (Frauenliebe und –Leben, 2 et 3), comme l'air d'Eglantine, d'Euryanthe, de Weber, traduisent à la fois la maîtrise remarquable de la prosodie allemande et celle du lied. L'air de La Périchole, comme celui de La belle Hélène (« Amours divins »), écrits par Offenbach pour Hortense Schneider, remarquable soprane, sont l'occasion de démontrer, par-delà les qualités vocales, la présence et les qualités dramatiques de Sophie Hanne. Dans un registre voisin, mais écrit pour mezzo, la « Cancion de Paloma » du Barberillo de Lapaviès, zarzuela célèbre de Barbieri, ouvre le répertoire espagnol. « Nana », puis la sensuelle « Jota »* des 7 chansons espagnoles de Falla sont l'autre versant, qui fait la part belle au piano, accompagnant le chant coloré de la soliste. La « Chanson bohême » de Carmen relève aussi de cette couleur hispanique. Prise dans un tempo particulièrement retenu, l'accélération progressive ouverte par les « tra, la, la… » conduit à une fin endiablée. Si « Nana » était une belle berceuse, celle du Consul de Menotti, « I shall find for you shells and stars » est superbe, l'émotion en plus. La vocalité, toujours juste, est nuancée à souhait. Le chant paraît naturel, évident. Mais c'est dans le rôle d'Isabella, de L'Italiana in Algeri, de Rossini, que l'on attendait notre soliste : air redoutable, à l'ambitus large, que « Cruda sorte ! », illustré par les plus grandes cantatrices. Et c'est un régal car elle en a les moyens techniques et musicaux. À 18 ans, la toute jeune Cecilia Bartoli le chantait à merveille, la puissance et la projection en moins. Nous retiendrons donc le nom de Sophie Hanne et suivrons une carrière qui s'annonce prometteuse.

Seule la facilité de rédaction m'a interdit de souligner la complicité de sa talentueuse accompagnatrice, Katia Weimann. Cette dernière s'est montrée remarquable, en outre, dans la transcription de Gretchen am Spinnrade par Liszt : un très beau jeu, toujours lisible, plus proche de l'esprit du lied que les interprétations histrioniques trop souvent rencontrées. À suivre !

 

Eusebius
27 septembre 2013

* donnée en second bis, le premier était une mélodie de Leonard Cohen, que chantait Joan Baez, il y a quelques décennies (Alleluia).

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