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Mimoza Koïke, Bruno Roque et Gaëtan Morlotti des Ballets de Monte-Carlo dansent « Ma vie » de Marc Chagall

 

Nice, 6 décembre 2014, par Jean-Luc Vannier ——

Il y a un an, presque jour pour jour, débutait au Musée Chagall de Nice le cycle des « Pas croisés » : des performances, « spectacle donné une seule fois et plus jamais » rappelle le chorégraphe Gaëtan Morlotti,  réalisées avec le concours des Ballets de Monte-Carlo, puisant dans la « transversalité artistique » et inspirées par l'œuvre de Marc Chagall. La découverte de l'année passée drainait, vendredi 5 décembre à Cimiez, une foule curieuse venue assister à une nouvelle création, en présence de la petite fille du célèbre artiste : Mimoza Koïké, Bruno Roque et Gaëtan Morlotti, trois danseurs des Ballets de Monte-Carlo proposaient une « performance dansée » autour de l'ouvrage autobiographique du peintre « Ma vie » (Editions Stock, 2003) qui raconte plusieurs épisodes de son enfance à Vitebsk, ville biélorusse frontalière avec la Fédération de Russie .

Gaëtan Morlotti. Photographie © DR.

Aiguillée par Gaëtan Morlotti, la chorégraphie des trois danseurs met en exergue, dans leurs évolutions scéniques, une relation essentielle, à la fois anthropomorphique et spirituelle, aux paroles et à la lumière : les phrases tirées du livre et prononcées en « off » insufflent la vie aux corps immobiles, renversant dans ce spectacle le schéma freudien selon lequel « c'est dans le langage que l'homme trouve un substitut à l'acte » : la gestuelle des trois solistes retranscrit, expose même au public la « parole comme plainte ou expression d'un secret pesant » (Freud, Études sur l'hystérie, 1895). Les mouvements exubérants ou lents, palette physique de couleurs, laissent à l'audience l'entière liberté de pigmenter ces tableaux vivants en raison de la blancheur immaculée des costumes qui vêtent les danseurs.

Koïke Mimoza. Photographie © Ballets de Monte-Carlo.

Loin de constituer un artifice technique,  la lumière volontairement blafarde du projecteur tout comme celle du néon amovible, nourrissent la densité dramaturgique de la scénographie : ces éclairages se font tour à tour halo divin que les artistes tentent d'atteindre en rampant, tels les nouveau-nés cheminant péniblement vers la vie. Ils deviennent des lucioles virevoltantes au cœur d'insouciants étés de l'enfance ou des jeux d'ombres projetées et dessinant de fantasmatiques silhouettes angéliques si chères à l'auteur. Ils reflètent enfin une lueur écrasante pour la « solitude » du peintre, exprimée par un danseur qui plonge littéralement sa tête entre deux projecteurs, au risque de la folie et de la mort. Les trois solistes « qui travaillent ensemble depuis dix ans » nous entraînent aisément dans une succession de saynètes, rythmiquement séquencées par ces brusques interruptions et surgissements lumineux. « La seule maladie », explique Chagall, « c'est la soif de stabilité ».

Bruno Roque. Photographie © Ballets de Monte-Carlo.
Outre la conquête réussie de ce subtil équilibre entre les suggestions induites par le riche contenu du livre et leur affranchissement par l'imaginaire de leurs interprètes,  ces « pas croisés » de Mimoza Koïké, Bruno Roque et Gaëtan Morlotti, plus sophistiqués dans la recherche et mieux élaborés dans la créativité chorégraphique que ceux de l'année passée, nous rendent impatients de découvrir les prochaines performances programmées au Musée Chagall de Nice les 10 avril et 10 juillet prochains.

 

Nice, le 6 décembre 2014
Jean-Luc Vannier

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Dimanche 7 Décembre, 2014 13:22

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